Culture

Être vegan au cinéma : vous n'échapperez pas à Romas Zabarauskas

Article publié le 6 novembre 2015
Article publié le 6 novembre 2015

Le réalisateur lituanien Romas Zabarauskas nous explique comment se passe le tournage d'un film vegan et raconte le bonheur sans viande de son équipe pendant les prises de son dernier film You can't escape Lithuania.

« La carotte est THE Health Food #‎carrot ». En guise de réponse à notre demande d'interview, je reçois ce selfie de Romas Zabarauskas. On y voit le réalisateur lituanien, le torse nu et musclé, avec la carotte en question. Une carotte ?

Le réalisateur et activiste de 25 ans a déjà mis en boîte quelques films. Il a terminé cet été le montage du dernier : You can't escape Lithuania. Son moi fictif - un réalisateur homosexuel (joué par Denisas Kolomyckis) veut, avec son petit ami mexicain, aider une amie qui a tué sa mère à fuir le pays. À ses débuts, ce road-movie version queer manque de moyens. « Le Centre cinématographique lituanien avait tout d'abord refusé notre candidature en nous recommandant officiellement de bien vouloir changer de thème. » Bah merde alors !

#veganfilmmakingchallenge

Un projet de financement participatif, quelques mises à nu et un challenge personnel plus tard, Romas a réalisé son projet qui sera projeté en 2016 dans les salles de cinéma d'Europe. C'est là que la carotte entre enfin en jeu. Lorsque Romas est lui-même devenu vegan l'année dernière, il s'est demandé s'il ne pourrait pas servir des plats vegan aux membres de son équipe. « C'est alors que j'ai eu l'idée de prêcher par l'exemple et d'en faire toute une campagne. Les réactions ont été diverses. Certains ont adoré, d'autres ont détesté. »

Grâce à ce Vegan Film making challenge, pour lequel Romas s'est allié à l'association lituanienne de protection animale Tušti narvai (Cages vides), 3 500 euros en plus ont pu être récoltés pour le film indie. Le directeur artistique Giedre Valeisaite et la styliste et costumière Virginija Valeisaite ont pour leur part évité le cuir, la fourrure, la laine et autres matières non vegan. You can’t escape Lithuania est donc « aussi vegan que possible, même si le scénario en lui-même n'a rien à voir avec le véganisme ». Romas a également l'intention de créer des « shoots vegan » et de trouver le moyen de rendre ses tournages les plus eco-friendly possibles.

Faire d'une pierre deux coups

Romas Zabarauskas est un activiste de la communauté LGBT (il a notamment fondé l'Initiative LGBT Friendly Vilnius), se positionne contre le racisme (comme dans son dernier film We Will Riot), un vegan convaincu et un défenseur de la cause animale. Rien que ça. Trop d'activisme tue l'activisme ? « Je ne pense pas qu'il puisse y avoir trop d'activisme. Il y aurait plutôt trop d'injustice. Je pense que nous devrions tous devenir activistes, ce serait bien naturel », dit Romas.

De la Conférence sur le Climat COP21, qui aura lieu dans un mois à Paris, il attend surtout que l'on reconnaisse enfin que le traitement industriel des animaux a une énorme influence sur les gaz à effet de serre. « Mais je ne pense pas que cela arrivera. Si les pays signaient au moins un contrat d'engagement sur la réduction des gaz à effet de serre et les technologies propres, ce serait déjà une bonne chose. »

Avec son film de campagne vegan, Romas a fait d'une pierre deux coups : il a pu rendre public son engagement et, dans le même temps, financer son projet. Je n'ai pas pu m'empêcher de lui demander s'il continuait son truc de vegan comme avant : « Oui. Je suis vegan. Et toi ? Tu continues toujours ton truc d'oeufs et de viande ? ».

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Cet article fait partie d'un projet intitulé #21faces qui propose de faire le portrait de 21 jeunes écolos innovants à travers l'Europe en amont de la COP21, la grande conférence mondiale sur le climat organisée à Paris.