Culture

Erzsi Kiss, la chanteuse hongroise qui a créé une langue

Article publié le 31 octobre 2011
Article publié le 31 octobre 2011
Ce n’est pas du charabia : c’est beaucoup plus sérieux. C’est ainsi que, Erzsi Kiss, chanteuse du groupe hongrois Egy Kiss Erzsi Zene, décrit les paroles de ses chansons. Car la musicienne et marionnettiste a carrément créé une langue pour chanter : le « kiss erzi ».

cafebabel.com : Erzsi, vos chansons sont écrites avec des mots que vous avez créés. D’où vous est venue cette idée de non-langage ?

Erzsi Kiss : Je n’ai pas eu de modèle pour cela. Cela me vient de mon enfance. Lorsque je faisais du théâtre, j’improvisais ou imitais souvent des langues africaines et des sons de tambour. Je trouve que les langues africaines sont comme des percussions et je fais en sorte de trouver souvent des mots onomatopéiques. J’ai donc eu deux sources d’inspiration : des idées occidentales, des éléments musicaux et des chansons sur lesquels je travaille depuis mon enfance, mais également des rythmes arabes et slaves dont je me sers lors d’improvisations sur scène.

cafebabel.com : Que signifient les paroles de vos chansons ? Pouvez-vous nous expliquer la signification de cette soi-disante « langue kiss erzsi » ?

Erzsi Kiss : C’est difficile de trouver un seul mot synonyme de « charabia ». On l’appelle souvent ainsi et, dans une certaine mesure, c’est exact. Cependant, je n’aime pas ce mot car il suggère une sorte d’infantilisme, quelque chose qui n’est pas très sérieux. Quand je vois une personne essayer d’imiter des quasi-langages ou faire seulement semblant de parler dans une langue inventée, je peux dire si c’est ou non absurde.

Par contre, mon langage est en grande partie basé sur la musicalité. J’ai pour habitude de composer les mélodies mélangées aux mots et aux idées. La mélodie sonne et les paroles doivent le refléter. La langue doit fusionner avec ce monde musical que je veux recréer. Par exemple, si l’air ressemble à celui d’une chanson, des paroles à la française seront les plus utiles, alors que si cela ressemble plus à de la musique gipsy, des paroles slaves fonctionneront mieux. À l’intérieur de ça, il y a la possibilité d’exprimer les sentiments de différentes manières, par exemple d’une façon plus douce ou plus forte, ce qui requière des réponses différentes de la part de l’auditeur.

cafebabel.com : Y a-t-il un sens ou une histoire dans les paroles ?

Erzsi Kiss : La signification peut être perçue au travers des émotions. Ce sont des mots et des syllabes compris internationalement, comme « mamma ». Je crois que la plupart des gens de l’Europe centrale arrivent à saisir le sens de ces chansons, mais, selon toute vraisemblance, d’autres peuples les comprennent également.

cafebabel.com : Est-ce que vous écrivez les paroles ou préférez-vous enregistrer et les rejouer ensuite ?

Erzsi Kiss : J’enregistre la plupart d’entre elles. Je veux en fait reproduire très précisément ce que, au départ, j’improvise.

cafebabel.com : Comment avez-vous rencontré les membres du groupe Egy Kiss Erzsi Zene ?

Erzsi Kiss : Le groupe s’est formé en 1996. Je me sentais vraiment prête à chanter et j’ai alors commencé à chercher des personnes pour jouer avec elles. J’ai contacté Csaba Hajnóczy en 1995 et nous avons fait des essais pendant un an. Puis, il a invité Gabi Kenderesi et, plus tard, Árpád Vajdovich, qui fait toujours partie du groupe. Au fil des ans, le groupe s’est reformé à plusieurs reprises.

cafebabel.com : Est-ce que ces changements de membres ont modifié votre style ?

Erzsi Kiss : Oui, bien sûr. Ma musique est influencée par mes propres idées, cette impression de grondement dans ma tête et par la musique qui m’entoure. Vous pouvez entendre l’influence de János, Hunor G. Szabó et de Zoli Farkas, lorsque vous écoutez mes albums.

cafebabel.com : Est-ce que vous vous dévouez entièrement à la musique ou vous impliquez-vous encore dans le théâtre ?

Erzsi Kiss : Heureusement, je ne suis pas obligée de séparer les deux. Cela fait quelques temps maintenant que je compose de la musique pour des spectacles de marionnettes. La première, de ma dernière pièce de théâtre, a eu lieu fin 2010. Avec le réalisateur belge, Karel Van Ransbeeck et Ákos Futó, un marionnettiste de Veszprém, une ville à l’ouest de la Hongrie, je participe à un théâtre de marionnette pour des tout-petits. Nous avons un partenariat avec le théâtre belge de Spiegel et le théâtre de marionnettes de Kabóca à Veszprém. J’ai reçu le prix Michel Indali, au festival Kolibri en septembre, pour ma représentation. J’aime vraiment jouer. Nous chantons pour de très jeunes enfants, accompagnés de ukulélés et d’Ákos. Nous nous servons de marionnettes abstraites, en forme de balles et de cubes. La Hongrie du nord a une tradition de l’abstrait. Il n’y a pas vraiment d’histoire : toute la pièce se compose de petits sketchs. Pendant une demi-heure, ces enfants sont fascinés et regardent sans pleurer. À la fin de la représentation, ils s’approchent des marionnettes. Les enfants d’aujourd’hui, qui vivent dans un monde numérique, tendent les bras, bouche bée, pour toucher les balles en feutrine et les cubes de bois. C’est vraiment merveilleux.

Lisez l’article en entier sur le blog de cafebabel.com à Budapest.

Photos : © / Facebook

Egy Kiss Erzsi Zene