Culture

Edouard François : « Je construis pour séduire »

Article publié le 18 février 2007
Article publié le 18 février 2007
Edouard François, 50 ans, est un designer parisien qui allie architecture et écologie. Constructeur d’immeubles ‘verts’, ce « séducteur » impénitent revendique haut et fort ses envies d’ailleurs.

Paris, Tour Montparnasse. L'architecte Edouard François a visiblement trouvé son univers au rez-de-chaussée d'une copropriété situé dans une zone résidentielle du quartier. Plafonds parsemés de tubes, installations électriques visibles, lumières néon et des kilomètres de plastique amoncelés en pagaille. La cinquantaine pointant son nez, ce parisien de souche cultive un style raffiné. Chemise entrouverte et allure soignée, il déclare posément d’emblée : « Je suis issu d'une famille de l'aristocratie française ».

Une appartenance huppé confirmée par son parcours universitaire : filière urbanisme à la prestigieuse Ecole des Ponts et Chaussées, suivi de cours d’architecture et d’ingénierie aux Beaux-arts de Paris. Aujourd’hui, ce créateur et designer figure comme l’un des spécialistes de ‘l’architecture verte’. Très sollicité, il a conçu nombre de réalisations expérimentales et novatrices comme l’ «immeuble qui pousse» [appelé aussi le 'Château de Lez'] à Montpellier en 2000, une construction de sept étages équipée d'une façade « végétale », à irrigation automatique. Ou encore la ‘Tower Flower’ à Paris, un immeuble d’habitation dont les façades sont décorées de bambous et autres plantes vertes.

Une architecture carrefour

« Mon métier », m'explique l'architecte devant un verre de vin rouge, « est un métier d'arts appliqués, un carrefour de trois éléments. S’il la dimension technique économique et juridique est importante, il faut aussi avoir une conscience générale et se poser des questions, type ‘qu'est-ce qui fait bouger le monde de nos jours ?’. En outre, le créateur doit développer un axe de réflexion sur l'humanité ».

Edouard François met l'accent sur le «sens » de l'architecture en partant d’un constat profond mais élémentaire : « l'homme peut vivre uniquement au sein d'une construction architecturale mais il a besoin d'un édifice qui soit décoré... ce n’est que de cette manière qu’il peut être heureux ».

Selon ce designer iconoclaste, travailler avec la nature offre une diversité et une complexité nécessaire au bien être des hommes. « Observez un arbre : il a mille branches, bouge, grandit, change de couleur ! Ce n’est que de cette manière qu’une oeuvre architecturale reçoit la complexité typique que nécessite l’être humain. » Symboles tangibles de cette pensée : la ‘Tower Flower’ à Paris ou la Maison Française de New Delhi, en Inde, deux chantiers réalisés par François.

Malentendu écolo

Aujourd'hui son nom se rattache inévitablement à l'idée de nature et d'écologie. « L'écologie est un élément qui s'insère enfin dans le discours actuel sur la conscience du monde. La société contemporaine ne s'intéresse plus à l'hygiène ou à la mondialisation...mais se tourne vers la matière, le contexte, les émotions » Pionnier, Edouard François se plait désormais à défendre l'idée d'une construction qui s'insère au sein même de son environnement « comme un caméléon, avec un grand respect pour le paysage urbain».

Autre exemple de sa vision : son dernier projet d'études, pour l'Hôtel Fouquet’s- Barrière sur les Champs-élysées. « Quand on m'a passé commande pour le Fouquet’s, on m’a demandé une oeuvre d'architecture verte... Mais cela n'avait aucun sens », se souvient-il. « Sur les Champs Elysées, une telle idée ne peut fonctionner car il n'y a aucune nature. Et je ne veux pas créer un bâtiment juste pour que quelqu'un passe et dise ‘Wow ! Une construction écolo !’. Je veux montrer une architecture intelligente ».

Aujourd’hui, l’immeuble de 80 chambres du Fouquet’s, ouvert en 2006, reste l’incarnation d'une construction architecturale en harmonie avec son environnement, un édifice « silencieux et libre ».

Outre les lignes de l’architecture, Edouard François revendique clairement sa volonté de « séduire », voire conquérir le public grâce à son art. En me regardant droit dans les yeux, il n’hésite pas à déclarer dans un rire : « le jeune qui passe avec sa copine sur les Champs doit pouvoir s'arrêter, détacher les yeux d'elle, et regarder mon oeuvre. C'est comme ça que je me sens vainqueur … »

Sélectionner la merde

Concernant sa technique, François se dit intéressé par « l'utilisation d'éléments et de matériaux qui soient le plus possible dans l'air du temps, en fusion avec notre époque ». Afin de répondre aux remises en question permanentes du milieu artistique et en accord avec sa sensibilité personnelle, l’architecte n’hésite pas à exploiter toutes les tendances de la société contemporaine.

Quant à ses muses, elles sont éclectiques. « Nous vivons actuellement dans un monde de messages cauchemardesques, il y en tant,  » s’exclame François. »Pour faire un bon travail, il faut s’inspirer de la société puis sélectionner le meilleur de la merde qui gravite autour de nous. Il n'est pas nécessaire d'aller je ne sais où pour trouver de bonnes idées. ».

Un point de vue confirmé par son mode de vie. Malgré ses nombreux voyages, des conférences dans le monde entier et un pupitre à l' Architectural Association School de Londres, l'architecte garde son bureau à Paris. Mais pour combien de temps encore ? « En réalité, la France est trop statique et je ne m'y sens plus très à l’aise. Je crois que ça me plairait de déménager ».

Vers quels horizons ? Edouard François confesse être attiré par le dynamisme de villes comme Anvers, Bruxelles ou Londres. Quant à l’Italie, il juge le pays « extrêmement sophistiqué ». Trop sans doute puisqu’il se demande si « besoin est, à l’heure actuelle, d’un tel raffinement ? »

En se servant un énième verre, ce voyageur infatigable avoue « adorer se déplacer. Certains week-end, à l’insu de mes collègues, je prends un avion pour la Martinique, direction la forêt tropicale ». Quitter la France est donc un objectif facile à atteindre : « j'ai du travail et des chantiers dans le monde entier ! Les clients me contactent par Internet, grâce à mon site web. J'attends d'avoir moins de 10% d'activité en France pour partir ». Et ce créateur de conclure, sur une dernière goutte de vin : « j'ai déjà demandé à ma compagne suisse de m'épouser : je veux changer de nationalité ! ».