Culture

Dominique A: «Un artiste solitaire peut changer de son d’un jour à l’autre»

Article publié le 9 octobre 2009
Article publié le 9 octobre 2009
Un arc rock, une flèche poétique qui vibre en français. A 41 ans, Dominique A évite les clichés musicaux et les effets de mode. Son double album La musique/La matière est sorti en avril 2009. Rencontre sur le Route du rock.

Dominique Ané est monté sur la scène de la Route du rock de Saint-Malo au mois d’août dernier, avec seulement une boîte à rythme, un synthétiseur et une guitare. Personne d’autre que lui face à ces instruments. Comme quand il « samplait » les sons qu’il produisait pour se transformer en orchestre, au début des années 1990. Cette fois le son est encore plus synthétique et répétitif, explorant la langue française là où d’autres artistes ne s’y risqueraient pas. « Je crois qu’il s’agit d’une question de personnalité. Si tu chantes en français, avec une guitare pop rock, c’est difficile d’être naturel. Moi pourtant, il ne m’a pas fallu longtemps pour être à l’aise avec cette langue. Durant mon adolescence, j’avais commencé à écrire en anglais et je me suis rendu compte que ce n’était pas très réel », se souvient Dominique A, quelques heures avant de monter sur la scène du Fort Saint-Pierre, succédant à Bill Callahan et Andrew Bird.

« Si tu chantes en français, avec une guitare pop rock, c’est difficile d’être naturel »

C’est à 40 ans que ce chanteur né en région parisienne et qui a grandi à Nantes, a décidé de s’acheter un studio numérique de 32 pistes, malgré ses réticences pour l’informatique. Il a ainsi commencé à enregistrer des chansons en solitaire comme s’il reproduisait son premier disque, La fossette, sorti en 1992... 17 ans plus tard. « Je ne pensais pas arriver comme ça jusqu’à la fin du disque. Je croyais au début que je terminerais les chansons avec d’autres musiciens. En réalité, je me suis tendu un piège à moi-même car j’avais bien envie d’aller jusqu’au bout pour voir comment j’avais évolué par rapport à mes débuts. C’était aussi une façon de retrouver le son de La fossette et, en même temps, de m’en éloigner. » 

(©Vicenç Batalla)

Travailler la Matière

Le résultat de ce travail, c’est l’album La musique, douze chansons disponibles dans les bacs et une édition ‘collector’, La matière, douze autre morceaux plus expérimentaux. « L’idée de La musique était de proposer des chansons pour toucher un public profane, à l’aide de morceaux accessibles comme des portes d’entrée dans ma musique. Je ne suis pas sûre d’y être parvenu. Je n’irai pas plus loin », reconnait le musicien qui ne semble pas trop s’inquiéter des réactions. « L’album se vend bien, poursuit-il. C’est un succès discret. Je ne vais pas me plaindre. Ce système m’a permis de réaliser le second album, avec des morceaux plus difficiles que je ne voulais pas sacrifier car ils me plaisaient tout autant. » La musique/ La matière synthétise deux périodes : celle de Tout sera comme avant (2004) alors que Dominique A quittait ses racines indie, entouré des mêmes producteurs que ceux d’Alain Bashung et de l’Orchestre symphonique de Bulgarie ; et celle de L’horizon (2006), et son dispositif plus familier, enregistré par Dominique Brusson dans un studio bruxellois.

Solitude et collaborations

« Quand on est un artiste solitaire, on peut changer complètement de son d’un jour à l’autre car il n’y a pas de dispute de groupe. On n’a pas à se mettre d’accord avec les autres », se félicite le compositeur qui tente les collaborations avec Katerine, Françoiz Breut, Jane Birkin, Jeanne Balibar ou encore Yann Tiersen, Vincent Delerm, Psykick Lyrikah, Calogero… et des formations différentes pour chaque disque et chaque tournée. A l’occasion de cette nouvelle sortie, c’est Sébastien Buffet (Autour de Lucie) qui l’accompagne à la batterie, David Euverte au synthé et à la guitare-clavier, Thomas Poli (Montgomery). Sur les trois, il ne reste que David Euverte de sa précédente tournée (L’horizon). « Il n’y a pas d’instruments à vent. En fait, lors de cette tournée, la batterie était la trompette et les percussions étaient assez minimalistes, ce qui donnait une touche très primitive. »

Dominique A proposera un son « vraiment pop rock » lors de ses concerts qui démarrent en octobre 2009 jusqu’en avril de 2010, avec des incursions à Bruxelles et dans d’autres pays européens comme l’Espagne. Dates encore à définir. Sa maison de disque Cinq 7 a déjà préparé un EP, Kick Peplum, avec quatre nouvelles chansons, pour ne pas perdre le rythme frénétique de ce musicien très inspiré.