Culture

Denisas Kolomyckis : être gay en Lituanie

Article publié le 18 mars 2013
Article publié le 18 mars 2013
La timidité de Denisas Kolomyckis semble compatible avec la force de ses actions. Du haut de ses 20 ans, ce danseur de ballet né à Vilnius possède déjà une grande expérience dans le domaine des arts : depuis la capitale lituanienne jusqu’à New York, en passant par Londres.
Et, lorsque le moment vient de parler de son homosexualité, il n’hésite pas une seule seconde « je fais partie d’une espèce d’animaux rares qui en parlent à toutes les interviews. » Il considère Paris comme une ville ouverte, la capitale indiscutable de la culture. Cependant, sa Lituanie prometteuse ne demeure pas en arrière-plan. Voici le troisième témoignage de notre série « Portraits de LGTB ».

« Je suis spécialisé dans les arts, même si je préférerais ne rien avoir à dire si j’avais à me présenter. » C’est avec cette phrase que s’achève l’interview de Denisas Kolomychis. Il semble que les artistes dans son genre n’aiment pas se caractériser. Introverti quoique souriant, ce jeune lituanien, ouvertement homosexuel, n’est pas un interlocuteur facile. Il a vécu ses 20 années de manière si intense qu’il faut toujours attendre la dernière minute avant de pouvoir l'entendre se présenter.

Après avoir passé la moitié de sa vie à apprendre le ballet dans l’école artistique la plus importante de Lituanie, établissement rendant hommage à l’artiste du pays Mikalojus Konstantinas Čiurlionis, il poursuivit sa formation au Conversatoire for Dance and Drama britannique. « A l’âge de 18 ans, j’ai rencontré Johnas Mekas en Lituanie, qui m’a proposé de me rendre à New York. En plus du ballet, j’admets être passionné par la peinture et j’ai également joué dans quelques films : le dernier en date étaitWe Will Riot(2013), réalisé par le jeune directeur lituanien Romas Zabarauskas. »

« Vilnius is the new cool », entend-on tout au long de la troisième pièce audiovisuelle de ce nouveau cinéaste. Kolomyckis va encore plus loin « Dans cinq ans, la Lituanie deviendra le nouveau Paris ». La croissance économique actuelle de son pays, meilleure croissance de l’Union européenne en 2012 après la Lettonie, semble avoir favorisé le développement culturel et l’ouverture au monde de la Lituanie. Kolomyckis révèle néanmoins que ses compatriotes affichent une attitude rétrograde : « Il est clair que les Lituaniens ont l’esprit plus ouvert depuis que le pays est entré dans l’Union européenne. Cependant, j’entends à l’heure actuelle le Parlement de mon pays affirmer que "l’homosexualité est une maladie". »

Il se révèle tout de même optimiste : « Dans cinq ans maximum, le mariage entre personnes de même sexe sera légalisé. Je pense que d’ici là, la société lituanienne sera prête. » Avec l’approbation future du mariage pour tous en France et au Royaume-Uni, Kolomyckis a le sentiment que le moment est venu d’agir. « L’Europe entière débat sur ce thème. Ceci contribue à ouvrir également cette discussion en Lituanie. »

Malgré le fait qu'il s'expatrie beaucoup, l'artiste garde toujours à l'esprit la Lituanie : "Le débat dans mon pays au sujet de la législation du mariage homosexuel me conduisait à ne pas juste me battre pour mes droits mais aussi pour ceux des autres lituaniens gays."

Néanmoins, cette république balte ne semble pas intégrer les personnes LGBT. Le dernier rapport d’Amnisty International souligne l’homophobie préoccupante qui règne sur l’État lituanien. La discrimination qui touche les lesbiennes, gays, bisexuelles et les personnes transsexuelles est soutenue par une loi de protection des mineurs. Prenant les enfants en compte, cette loi interdit le mariage pour tous. « Interdire la propagande gay est une imbécilité », juge Kolomyckis, tout en se roulant une cigarette.

Cependant, il assure qu’il n’a aucun problème à parler de son homosexualité lorsqu’il retourne dans son pays : « Je suis gay et je suis bien comme ça. Je ne suis pas coupable du fait que certains membres du gouvernement refusent de le voir. » Il semble qu’il tienne sa force de caractère de sa mère, qui s'est occupée seule de son éducation et de celle de son frère. Bien que son travail l’ait obligé à vivre loin de sa famille, il confie qu’il souhaiterait revenir chez lui dans le futur. « J’aime vivre en Lituanie. Je me considère entièrement ambassadeur de ma ville et de mon pays. »

Vous pouvez également lire le premier et deuxième article de notre série « Portraits de LGTB »

Photos : Une © Adrien le Coärer; Texte, © Denisas Kolomyckis. Vidéo: Romas Zabarauskas/YouTube.