Culture

DENA : du bling bulgare à Berlin

Article publié le 2 décembre 2014
Article publié le 2 décembre 2014

DENA ambiance pas mal de monde avec son mix musical composé de battements lourds et de bling-bling berlinois. Elle est actuellement en tournée européenne pour son album Flash. cafébabel l'a rencontrée à Cologne, où elle assure avec insouciance et intelligence.

Lieu de rendez-vous : King George, Cologne. Le club est tout petit mais tout aussi branché. Trop branché pour moi, je m'étais faite refouler la dernière fois. C'est pourtant une des adresses les plus tendances d'Allemagne et une des haltes de la tournée de DENA pour son nouvel album Flash. Je regarde maintenant autour de moi et réfléchit à l'endroit où devrait apparaître DENA, entre les fauteuils pelucheux, les vieilles lampes rétro et le bar. Le propriétaire montre une tache au milieu : « Là ». Ça lui correspond bien en fait. Ici, tout est hip, cool, stylé. C'est ainsi que je m'imagine DENA.

C'est également ainsi que l'on connaît Denitza Todorowa, de son nom civil, depuis son premier single, le tube « Cash, Diamond Rings, Swimming Pool ». C'est avec un pull flottant rose et une chaîne en or de beauf au cou, dans le clip musical le plus désinvolte depuis que les marchés aux puces existent, que DENA s'exhibe à l'été 2012 sur des battements hip-hop clairs, et des hooks pop.

DENA - Cash, Diamond Rings, Swimming Pools, 2012

La posture « Balkan from the block » jumelée à l'ambiance du quartier Berlin-Neukölln a fait l'effet d'une bombe. Tous attendaient impatiemment l'album et ne furent pas déçus. Car depuis Flash (Melting Pot Music), au moins une chose est sûre : ce mix est tout à fait son style. Cool, un peu insolent, direct.

La nouvelle hipstershit alors ?

« Viens, on va au Bagel Shop boire un café. » En fait, ça ne ressemble en rien au chic hipster berlinois. On boit du café, avec les Backstreet Boys qui passent en fond et DENA semble si nonchalante qu'on la croit quand elle dit faire son propre truc et qu'elle se fiche de savoir si cela correspond à un certain style ou pas. Le style est d'ailleurs pour elle quelque chose de plutôt abstrait. « C'est plutôt comme un sentiment que l'on a pour quelque chose. Pour moi, c'est quelque chose d'intuitif. » Une simple façon d'aborder la vie alors ? No bullshit, vraiment ?

Ouais, juste une façon d'aborder la vie. Et d'où cela lui vient-il ? De ses racines bulgares ? Ou bien de la scène hipster de Neukölln ? Ou bien est-elle une représentante typique de la jeunesse cool et européenne d'aujourd'hui ? Ni l'un ni l'autre. DENA a sa propre vision des choses. « L'Europe est un sujet qui m'a toujours préoccupée. »

Cela fait déjà dix ans qu'elle vit à Berlin. Elle est venue en Allemagne à l'époque pour faire ses études, et la phase de début, alors que la Bulgarie ne faisait pas encore partie de l'UE, a été synonyme de stress, à cause du visa et compagnie : « L'UE est bien un club élitiste. C'est devenu normal de prendre l'avion vers Vienne pour passer week-end à l'opéra. Mais ce n'est absolument pas le cas pour les gens de Macédoine ou de Turquie. Je crois vraiment que les passeports, les cartes d'identité ou les appartenances régulent quelques petites choses. Et ces choses sont vraiment une épée à double tranchant - la Bulgarie avant et après l'UE - ça n'a rien à voir. »

DENA - Guest List, 2013

Complètement intégrée alors ?

Alors, représente-t-elle vraiment l'eurogénération jeune et hype ? Un peu oui, car DENA aussi a fait Erasmus. Elle a étudié un semestre à Istanbul et a adopté là-bas une autre vision de l'Europe : « Là-bas, je traînais tout le temps le long du Bosphore et je pensais "OK, c'est ici que l'Europe se termine !" Géographiquement oui, mais au niveau du sentiment des gens, on ne verrait pas les choses comme ça. Ils ne diraient jamais qu'Istanbul est une partie de l'Europe ou quelque chose comme ça. La géographie et ce qui se passe dans la tête des gens sont deux choses vraiment différentes. »

C'est un peu la même chose en Bulgarie, explique-t-elle : « Je n'y suis plus très souvent maintenant, mais en Bulgarie on en fait souvent un débat et on se mesure aux autres : "Sommes-nous européens ?" Le mot Européen est employé comme l'incarnation de la civilisation et des valeurs positives. Mais il devient rapidemment en Bulgarie un vrai terme politique. Ce qui est ressenti comme étant européen, c'est plutôt ce club des cinq grandes puissances. »

DENA feat. Erlend Øye - Flashed (version acoustique), 2014

La chanteuse puise son inspiration le plus souvent chez des amis ou dans la collaboration avec d'autres artistes. Pas si surprenant alors car finalement, elle travaillait déjà avec des gens comme Erlend Øye, Jence de Digitalism et Ballett School. Cela tient-il à la cohabitation à Berlin ? Pour le moment, elle ne pourrait tout du moins pas s'imaginer habiter ailleurs.

De Berlin, elle trouve super « que tout soit si international et mixte et que l'on ne soit pas constamment confronté à la question de notre origine. Rarement quelqu'un vous demande "oh, mais tu as un accent bizarre, d'où viens-tu comme ça ?" » Et cela crée une ambiance tout à fait spéciale à Berlin, que DENA apprécie beaucoup. « J'ai un tel sentiment de liberté. Celui qui ne te fais pas du tout penser à une quelconque langue ou frontière. Je vis en fait complètement libérée des frontières. »

Le style de DENA est une manière de voir la vie. Qui se trouve apparemment quelque part entre la Bulgarie, Istanbul, Berlin et le reste du monde. « Oh, je viens carrément de clasher l'Europe, non ? » Nan, tout va bien. Elle a des idées bien à elles et n'a rien à voir avec le pédantisme hipster ennuyeux. Elle semble simplement se laisser inspirer par son entourage et les gens qui travaillent avec elle. « Haters gonna hate, lovers gonna love, one thing is for sure », chante-t-elle sur le disque. We love ! Car elle est intelligente, cette DENA, et reste tout simplement elle-même. No bullshit. For real.

À écouter : Flash de Dena (Melting Pot Music/2014)