Culture

Culture française et népotisme : le jeu des 7 familles

Article publié le 16 octobre 2012
Article publié le 16 octobre 2012
En France, on aime bien le jeu des sept familles. Quand les jurés d’un concours censé valoriser les projets cinématographiques anonymes demande la fille et la sœur pour consacrer un scénario, toute la Toile crie à la mauvaise pioche. Mais l’affaire pointe surtout une tradition : le népotisme (la consanguinité ?) du monde culturel français.

Le community manager (CM) de la fanpage « La Collection de Canal + » se souviendra longtemps de ce mois d’octobre 2012. Résumé des faits : en aout dernier, la chaine privée organise un concours destiné aux jeunes talents dont le jury est composé par deux membres d’une même famille d’acteurs populaires français (les Bohringer). Jusqu’ici tout va bien. Sauf que lorsque le verdict tombe on apprend que le père (Richard) et la fille (Romane) ont sélectionné le scénario de Lou Bohringer (respectivement la fille et la sœur des jurés). Si l’affaire ne vous semble pas dépasser le jeu des 7 familles, elle a pourtant fait grand bruit. Et ce, parce qu’elle appuie là où ça fait mal : en plein dans le népotisme du milieu culturel français.

Le gros #fail

Dans le monde du spectacle français (du cinéma au théâtre en passant par la télé), les « enfants de » sont légion. Passe encore quand une seule petite tête blonde accède à la gloire mais la France compte aujourd’hui de vraies dynasties d’acteurs/chanteurs/vedettes. Citons les sœurs Charlotte Gainsbourg et Lou Doillon, filles de Jane Birkin ou encore David et Laura, enfants de Johnny (le premier porte son nom de scène, Hallyday, la seconde a gardé son véritable nom, Smet). Certains ont une belle carrière, comme Charlotte Gainsbourg, actrice-chanteuse-égérie et d’autres ont plus de mal à s’imposer (Anthony Delon, gueule d’amour comme son paternel, qui ne connaît pas franchement son succès).

Récemment, la journaliste Marie-Dominique Lelièvre n’y allait pas de main morte avec la chanteuse/mannequin/actrice Lou Doillon dans les colonnes de Libération. Celle qui vient de sortir un album (créant ainsi une mini polémique entre deux de nos journalistes italien et allemand) y était taxée d’ « enfant d’oligarques » par la journaliste de Next. Jugé sévèrement, l’article ne tendait pas à assassiner Doillon. Il dressait plutôt le portrait d’une fille pas forcément dénuée de talents qui, constamment comparée à sa mère ou sa sœur, se sent obligée de se faire une place dans l’industrie de la hype. En comparaison, une fille d’anonymes avec le même physique et le même filet de voix que Lou Doillon aurait eu plus de mal à se faire un nom.

En bref, on peut dire qu’en France, si la célébrité se transmet, le talent est moins héréditaire. Vous me répondrez certainement que le fils du médecin du village a de grandes chances d’hériter de la vocation et du cabinet de papa ou que, pour les plus Bourdieusiens d’entre vous, que notre milieu influence nos choix. Bon. Soit. Mais admettez qu’entre reprendre la boulangerie de ses parents et jouer dans leurs films ou leurs clips, il y a un pas ! Et la pilule Bohringer a du mal à passer dans le cadre d’un concours censé valoriser les anonymes.

Illustration © Adrien Le Coarer