Culture

Craig David : «Laissez-moi faire de la musique»

Article publié le 6 mai 2008
Article publié le 6 mai 2008
Il a marqué les esprits en Europe avec son Walking away entêtant en 2000. Aujourd’hui, cet artiste de la scène RnB britannique a 26 ans et huit ans de carrière derrière lui. Plus sage, il évoque son quatrième opus, la scène musicale ‘grime’ et son nouveau look.

« J’ai tendance à être assez excessif : quand je fais quelque chose, je m’obstine », déclare le chanteur Craig David. Face à ce physique imposant, on peine à reconnaître l’adolescent maigrichon serti d’une barbichette qui était apparu au grand jour avec la sortie du tube Rewind en 2000. « J’ai essayé de devenir un grand garçon ! », s’amuse-t-il, depuis son hôtel sur les Champs Elysées. « Je me suis entraîné avec un bon ami, Faisal Mohammed, ancien boxeur professionnel. Cela vous met en confiance au moment d’entrer en studio, genre ‘on va conquérir le monde’. »

Craig David nie avoir volontairement changé de look après avoir été caricaturé, de manière un tantinet abusive, par le comédien Avid Merrion dans l’émission Bo’Selecta ! sur la chaîne anglaise Channel 4. Pour lui, tout s’explique autrement : après une enfance marquée par l’obésité dans la cité de Holyrood à Southampton, il a décidé de se prendre en main au moment du décès de sa grand-mère. Un personnage important puisqu’elle avait pris en charge son éducation après le divorce d’une mère mi-juive et d’un père grenadin quand le petit Craig avait huit ans.

Faites-lui confiance

Les orientations musicales de Craig David ont également connu un sacré tournant : sa carrière a d’abord commencé sur les platines des clubs, entre l’âge de 14 et 21 ans. Son mentor avait alors dix ans de plus que lui, « ce qui m’a bien aidé lorsqu’il s’agissait d’écrire des chansons, car j’étais alors capable de percevoir comment les foules réagissaient aux mélodies. » Son premier album, Born To Do It (2001) a connu un succès retentissant avec 7,5 millions d’albums vendus. « C’était incroyable de vendre autant. J’ai maintenant quatre albums derrière moi, pour un total de 13 millions de copies (dont trois millions vendus au Royaume-Uni). C’est une belle performance, un point de repère qui m’a permis de parcourir le monde. Aujourd’hui, ma mission est de continuer à faire de la bonne musique. Je veux être encore là dans 10, 20, 30 ans », espère-t-il.

Et pour ce faire, une visite à la maison de disque s’imposait. « Je leur ai dit : ‘Allez, laissez moi être un jeune de 26 ans qui fait de la musique, et ne me parlez pas de ce qui passe à la radio en ce moment ou du type de chansons que j’ai pu faire dans le passé’ ». Son quatrième album, Trust Me, est selon lui « un message à mes premiers fans. Ne vous dispersez pas, gardez votre intégrité. La chose la plus difficile est de trouver quelqu’un pour vous manager : vous ne savez jamais si les gens ont à cœur d’assurer au mieux vos intérêts. Faites la musique avec laquelle vous êtes à l’aise. Vous dépasserez alors toutes les absurdités qu’on peut vous raconter. »

Reggae, dance, RnB, hip hop, soul, pop, jungle, drum’n’bass, garage : la liste susceptible de définir Craig David sur le plan musical se révèle exhaustive. « Honnêtement, c’est quand vous mélangez ces styles ensemble que vous devenez un style, se défend-il. J’aime aussi atténuer le son MC avec une guitare acoustique : c’est appréciable de pouvoir avoir un pied dans différents univers. »Trust Me parle « d’amour et de relations », thèmes qu’il développe en nous décrivant certains de ses singles : « 'Awkward' raconte ce qui peut se passer quand on n’apporte pas de réponse à une fille. Vous la voyez pendant six à huit mois, ‘should I say sorry, pretend that we weren’t together’ (‘devrais-je m’excuser, faire comme si on n’était pas ensemble’), après quoi vous remarquez un anneau à son doigt et vous vous dites ‘there’s another guy who’s thinking that she is worth marrying, maybe I made a mistake and should be with you’(‘un autre gars pense qu’elle mérite qu’on l’épouse, peut-être me suis-je trompé et devrais-je être avec toi’). » CQFD. Quid du premier single de l’album, Hot Stuff, reprise d’une chanson de David Bowie ? « Quand vous allez en boîte et que vous voyez que c’est chaud, c’est cette belle vision qui fait que la nuit démarre. »

L’Europe, c’est aussi la Star Ac’

Craig David raconte en plaisantant qu’à Miami, où il a sa deuxième maison, « c’est chaud pour de vrai, faites moi confiance ! ». Il n’a pas pour autant tourné le dos à l’Europe : « C’est important pour moi de travailler en Europe. La France a été un gros marché par exemple, les gens m’y ont beaucoup soutenu et se sont montrés très respectueux. »

Craig David a eu l’occasion de se rendre à Paris pour chanter dans l’émission de télé-réalité Star Academy mais dans un futur proche, Craig David ne prévoit aucune collaboration française. « MC Solaar fait vraiment de bonnes choses. Il y a de très bons chanteurs, mais je préférerais faire un super album à deux plutôt qu’un simple duo juste pour pénétrer l’industrie française du disque. »

Mais de la France, Craig David a aussi retenu quelques infos sur le phénomène Tecktonik : « C’est un truc de danse, non ? C’est bien ou pas ? Est-ce qu’ils le dansent aussi sans musique ? » Mais que pense-t-il de modes qui fleurissent en Angleterre, comme le two-step et la scène garage, qui sont assez méconnues en France ? « C’est un dérivé de la musique dance. On met du chant RnB, comme la ballade ‘Just in Case’ de Jaheim, sur un rythme garage. Personne n’écouterait vraiment la plupart des ballades, sinon dans sa chambre ou en se relaxant. Désormais, vous pouvez trouver ces slows au Royaume-Uni dans des versions transformées. Les gens n’imaginaient sûrement pas qu’ils se mettraient à danser sur ‘Freaking You’ de Jodeci. Ca redevient un tube aujourd’hui après être passé inaperçu. »

L’arrivée au grand jour d’une nouvelle scène est illustrée par sa collaboration en 2008, sur son single This is the Girl, avec Kano, artiste britannique du mouvement « grime » (un genre musical urbain apparu à Londres au début des années 2000). « J’aime cette transition, le fait que la musique devait aller quelque part. Quand elle est devenue commerciale, la scène a voulu en reprendre possession, mais les mouvements underground l’ont réclamée et l’ont rendue plus sombre. Maintenant, elle revient sur le devant, conclut-il, et on voit réapparaître du house garage génial, d’un nouveau genre. »

Craig David sur

…le remplacement de son producteur Mark Hill

Travailler avec différents producteurs permet de tirer des choses différentes de vous-même. Le but est de toujours essayer de vous pousser à aller de l’avant. Martin Terefe (qui a travaillé initialement avec Pharell Williams) et Fraser T Smith (son guitariste depuis quatre ans) ont vraiment bien travaillé ensemble, ce qui amené de nouveaux éléments pour l’album.

…le parfum cubain de son album

Terefe connaissait plusieurs membres originels du Buena Vista Social Club. Vous connaissez la suite : on est allé là bas (à Cuba) et j’ai vu ces gars arriver pour jouer des percussions, des cuivres, du piano. C’était géant.

… les endroits où sortir à Londres

A la Movida le vendredi, ou au Cabaret le lundi.

Concerts Mars/ Avril 2009 Europe – Album sorti aux Etats-Unis Avril/ Mai 2009