Culture

Chasse à l'homme : les femmes "prédatrices" des Balkans

Article publié le 6 octobre 2010
Article publié le 6 octobre 2010
La femme aux mœurs légères est-elle un phénomène paneuropéen ? Écoutons des voix émanant des Balkans, ainsi que celle d’un expert, d’un rappeur et de l’auteur du livre, Prédatrice.

« D’après ce que j’ai pu observer depuis vingt ans, les femmes sont de plus en plus prêtes à approcher un homme au lieu de toujours attendre qu’il fasse le premier pas », explique Tony White, un spécialiste britannique des interactions. Mais ce qui est marquant dans ces approches est qu’elles restent en général sexuellement limitées au niveau du flirt : « La plupart des femmes n’approcheront pas un homme avec en tête l’idée d’avoir un contact sexuel complètement consommé avec lui. Cette motivation reste l’attribut de la psyché masculine, donc finalement, il n’y a pas grand-chose qui a changé ».

...Mais les hommes ont encore de l'avance

Comprendre la promiscuité

Toutefois, il y a quelques exceptions à la règle. « Certaines femmes peuvent avoir un nombre élevé de partenaires dans un temps relativement court. En parallèle, un homme qui a de nombreuses partenaires pendant une courte période peut être vu comme ayant du succès.De nombreux garçons sont effrayés par les nouveaux rôles inversés, mais ils sont plutôt ouverts à l’idée de devenir les victimes des nouvelles femmes prédatrices », commente Matko Cerniar, croate de 28 ans, qui nous offre une vision masculine de la question.

Prédatrice

Plus de 130 000 exemplaires de Prédatrice viennent juste d’être imprimés en Serbie pour un prix unitaire de 199 dinars serbes. Le livre qui fait controverse s’inspire de l’histoire tirée de la réalité d’une jeune femme qui adopte peu à peu des mœurs légères. Un site Internet a vite suivi avec un forum sur lequel les femmes parlent des hommes, de sexe et où elles peuvent écrire au personnage principal pour obtenir des conseils. Cela montre que lever ce tabou a véritablement bouleversé l’ esprit des femmes issues des nouvelles générations.

Dans ce livre, une fille monte en ville pour trouver des merveilles à gogo

Un roman rose trash ?

 « Il n’y a pas de différence entre l’Ouest mis à part le fait que, là-bas, on est plus ouvert. »

Le livre a été désigné comme un roman rose teinté de sexe, ce dont l’auteur, Simonida Milojkovic, conteste, en s’interrogeant « que signifie avoir des mœurs légères ? Qui décide combien de partenaires vous avez le droit d’avoir ou pas ? » Cette journaliste serbe admet qu’il est discriminatoire d’affirmer qu’il n’est pas naturel pour une femme d’être légère. « Cela dit, de la même façon que les femmes n’aiment pas les hommes qui se comportent comme des petits chiens bien élevés, les hommes n’aiment pas les femmes qui les attaquent et leur courent après. » Quelque soit la polémique, le livre est un succès.

« Je n’aime pas le terme de "prédatrice" », reconnaît une lectrice du Monténégro, « mais j’ai eu de nombreux partenaires sexuels. C’est une façon de devenir plus mature. Même si je préfère me montrer discrète. Je n’ai pas honte de mes choix mais je déteste qu’on me demande le nombre d’hommes que j’ai connu jusqu’à présent. Et je pense que cela vient juste du regard critique de la société. » Simonida confirme qu’il est normal d’avoir une vie sexuelle plus secrète en Serbie. « Il n’y a pas de différence entre l’Ouest mis à part le fait que, là-bas, on est plus ouvert. »

Vu de l'Ouest

Mais de nombreux hommes réagissent encore d’une façon réactionnaire : un garçon qui multiplie les conquêtes est perçu comme un étalon ; une fille comme une prostituée. Le très controversé rappeur serbe Ognjen Kostic-Struka, dont les filles légères sont une forte inspiration, atteste : « Les Balkans sont encore une région conservatrice. Pour les garçons, la légèreté est comprise comme une vertu tandis que les filles sont critiquées. » Et Kostic-Struka d’ajouter : « La critique des femmes devrait être constructive et faire réfléchir les filles sur leur comportement pour qu’elles empruntent le droit chemin ».

Pas étonnant que les femmes dans les Balkans soient plus conservatrices. « Les femmes en Serbie sont conservatrices dans le sens où elles préfèrent que leur situation financière et leur bonheur dépendent de quelqu’un d’autre », souligne la biélorusse Alla Levcovets, 23 ans, qui a vécu en Grande-Bretagne avant de déménager en Serbie il y a six mois. « En général, les femmes d’ici préfèrent les hommes qui expriment leur domination dans la relation. La situation est différente en Europe de l’Ouest où les femmes sont indépendantes, préférant gagner leur propre argent et où il est très impopulaire de se marier tôt. » L’âge moyen au moment du mariage est situé autour de 30 ans en Suède et au Danemark. « Au cours des dix dernières années, il y a eu une forte pression pour avoir des enfants avant l’âge de 30 ans », indique Marija Senic, 24 ans, vivant en Serbie. « Mais elles sont de plus en plus nombreuses à moins paniquer, au contraire de nos mères qui se mariaient plutôt vers leur vingt ans. Les femmes devraient profiter de leur jeunesse, sortir avec davantage d’hommes et ne pas rester avec leur premier petit ami comme nos mères le faisaient. Les relations libres ne sont pas une mauvaise idée, mais je ne sais pas jusqu’à quel point elles sont bien acceptées ici. »

On ne peut nier l’influence de l’Ouest. Cette influence a été porteuse d’une confiance en soi, de liberté et de nouveaux horizons, mais la question de savoir si cette ouverture sur de nouveaux choix est en adéquation avec le climat social actuel mérite encore d’être posée.

Photos : Une (cc) Έλενα Λαγαρία/ Elena Lagaria/ Flickr; mateur : gagilas/ Flickr; Couverture du livre 'Grabljivica'