Culture

Ce qui est à toi est à moi : Facebook et la confidentialité

Article publié le 27 février 2009
Article publié le 27 février 2009
Retrouver un vieux copain ou envoyer des photos de l’autre côté du monde, c’est possible grâce à Facebook qui se nourrit au passage des informations privées fournies volontairement par près de 175 millions d’abonnés. Les associations pour la protection des données personnelles sonnent l’alarme.

Le café fume sur la table à côté du journal. Soudain, à la troisième page… tu découvres ta photo, publiée sans ton autorisation et agrémentée de détails croustillants sur ta vie privée. « C’est impossible, penses-tu, je ne suis pas connu. » C’est aussi ce que pensait Marc L. de Bordeaux, jusqu’au jour où en feuilletant un journal, il s’est trouvé nez à nez avec sa tête sur trois colonnes.

Le magazine français Le Tigre voulait attirer l’attention sur les dangers encourus en publiant des informations personnelles sur Internet. Les journalistes sont tombés sur Marc L. par hasard et ils ont assemblé les bribes d’informations glanées sur sa vie dans le monde virtuel, pour en brosser le portrait. Les informations personnelles se trouvaient sur Facebook, où la frontière entre le privé et le public est souvent floue.

Par ici les données

Peu d’utilisateurs se demandent ce qui advient de toutes les informations communiquées lors de l’inscription et pratiquement personne ne lit le paragraphe en petits caractères sur les conditions d’utilisation. Il y est précisé que tous les détails inscrits dans les profils d’utilisateurs seront utilisés à des fins publicitaires. Comme si cela n’était pas suffisant, Facebook enregistre même des informations provenant d’autres sources, comme les journaux, les blogs et les services de messageries instantanées pour, selon les conditions générales d’utilisation, « être en mesure de proposer des informations utiles et un service personnalisé ».

Et que deviennent les données quand on résilie son inscription sur Facebook ? D’après le service de presse, les informations sont tout simplement effacées. Jusqu'à présent, Facebook conservait malgré tout pendant un certains temps, des copies de sauvegarde des profils dans sa base de données. Facebook a voulu modifier ces conditions : les utilisateurs devaient renoncer à vie, à tous leurs droits sur les informations mises en ligne. Les associations pour la protection des données personnelles et les utilisateurs ont été horrifiés en apprenant la nouvelle, et la vague de protestation qui s’en est suivie a été si importante que le 18 février, le PDG de Facebook, Mark Zuckerberg, a du faire son mea culpa et annuler les modifications. Il ajoutait peu après sur son blog que les conditions générales d’utilisation (CGU) seraient quand même modifiées, car certaines parties étaient « excessivement formelles et protectrices ». En principe, les conditions générales d’utilisation de Facebook peuvent être modifiées « à tout moment et sans préavis ».

Face à un tel flot de données incontrôlables, l’Union européenne donne un coup de frein et prend des mesures. Le 10 février, journée [internationale] de la sécurité sur Internet, la Commission européenne a signé un accord avec les opérateurs de plusieurs réseaux sociaux, dont Facebook, afin de mieux protéger les mineurs qui ne sont pas en mesure d’évaluer les dangers de ces réseaux. Cet accord précise entre autres que les profils des jeunes ne seront plus accessibles aux moteurs de recherche.

Des mafieux et des seins nus

(avlxyz/flickr)L’authenticité du profil est un autre point également difficile à contrôler. C’est ainsi que le footballeur italien Alessandro Del Piero a porté plainte car un inconnu utilisant son nom a créé un profil sur Facebook le présentant comme un sympathisant nazi. Les cas de profils piratés et utilisés pour envoyer des demandes urgentes de don d’argent aux amis se multiplient.

En Italie, les profils et les groupes de fans supportant les dirigeants mafieux Toto Riina et Bernardo Provenzano, ont également provoqué beaucoup d’agitation. Jusqu’à présent, Facebook a refusé de les supprimer, arguant que la « controverse » seule n’était pas un motif suffisant : un réseau social est justement un lieu pour discuter des « différences d’opinion ». D’autres sont pourtant volontiers censurés : à la fin de l’année dernière, Facebook a censuré des photos de mères en train d’allaiter. Le service de presse questionné à ce sujet, a expliqué que bien que l’allaitement soit « magnifique et naturel », d’après les conditions générales d’utilisation, une intervention est justifiée si des photos montrent une poitrine totalement découverte.

Comment échanger des amis contre des hamburgers

La politique aussi a découvert Facebook. Après le succès de Barack Obama sur le Web participatif, ce sont maintenant les hommes politiques européens qui pourraient suivre son exemple. José Manuel Barroso, le président de la commission européenne, s’est vu attribuer un profil Facebook à son nom, une page qui a déjà disparu. Si l’initiative n’a pas été reconnue officiellement par la Commission, on peut tout de même estimer qu’à l’approche des élections européennes de juin 2009, relancer la participation électorale des jeunes qu’il est urgent de mobiliser, en surfant sur ces sites sociaux n’est pas une idée totalement stupide. Le temps de son existence virtuelle et éphémère, Barroso s’est fait 103 amis, ce qui n’est pas énorme dans l’univers de Facebook où l’amitié se mesure plus en quantité qu’en qualité.

Par allusion à cette pseudo-amitié, Burger King a lancé l’année dernière une campagne de publicité assez inhabituelle : « Whopper Sacrifice » promettait aux utilisateurs de Facebook un hamburger en échange de 10 amis. Une amitié vaut donc quelques cents. Il est vrai que Facebook a mis une fin anticipée à cette action. Le motif : elle allait à l’encontre du principe fondamental de Facebook : l'interconnexion des gens. Pour ceux qui se sentent confus après la lecture de cet article, mais qui n’arrivent pas à renoncer à Facebook, il existe maintenant une cure de désintoxication : Facecorette.