Culture

Black : Roméo et Juliette à Molenbeek

Article publié le 25 février 2016
Article publié le 25 février 2016

Martha Canga Antonio campe la personnage principale de Black, un film qui traite des bandes urbaines bruxelloises à Molenbeek, le quartier belge au centre de l'attention médiatique aux lendemains des attentats de Paris. En France, la sortie du film a tout simplement été interdite par crainte d’émeutes. L'actrice nous confie comment elle l'a vécu de l'intérieur. 

Martha Canga Antonio a fait ses débuts au cinéma en 2015 dans le film Black, des réalisateurs belges Adil El Arbi et Bilall Fallah. L'actrice joue le rôle de Mavela, une ado bruxelloise de 15 ans qui tombe amoureuse d’un gangster d'une bande rivale. Une sorte de Roméo et Juliette dans une jungle de béton, également présenté à la dernière édition de la Berlinale.

cafébabel : Ta relation dans Black avec Marouane (Aboubakr Bensaihï) paraît presque fusionnelle. Comment s'est passé le tournage avec lui ?

Martha Canga Antonio (MCA) : J’adore ce mec ! On s’est tout de suite bien entendus et du coup, tout s’est fait très naturellement.

cafébabel : As-tu des points communs avec ton personnage, Mavela ?

MCA : Je ne sais pas mais, en tout cas, c’était un rôle vraiment intéressant à jouer. Mavela est une ado en pleine puberté qui se cherche, ne connaît pas encore sa place dans le monde. Elle cherche de la stabilité, un endroit où elle serait reconnue. Malheureusement, les personnes de son entourage auxquelles elle s’identifie sont de mauvaises fréquentations. En tombant amoureuse, elle trouve doucement la force de rompre avec cet environnement nocif.

cafébabel : Travailler avec deux réalisateurs aussi jeunes que Adil El Arbi et Bilall Fallah, c’était comment ?

MCA : Ils sont tous les deux fous ! Mais c’était facile de travailler avec eux. Ils savent ce qu’ils veulent, et où ils vont. Quand on les rencontre pour la première fois on se dit : « Mais enfin, c’est quoi ces gens ? ». En réalité, ils sont très cohérents et prennent le temps de vous expliquer en détail ce qu’ils attendent. Ce qui rend le travail beaucoup plus facile.

cafébabel : C’est ta première expérience en tant qu’actrice. Comment le vis-tu ?

MCA C’est seulement après la sortie du film, en novembre 2015, que j’ai commencé à me considérer comme une actrice. Je me suis dit pour la première fois : « Tiens, on dirait bien que je suis vraiment devenue une comédienne ». Ça a été un choc. Avant ça, je n’avais pas vraiment réalisé, mais depuis, je me vois bien continuer sur les plateaux de cinéma.

cafébabel : Il y a énormément de scènes violentes dans Black, comme celle du viol. Comment gère-t-on ce genre de scènes ?

MCA Personne ne veut parler de l’abus sexuel dont sont victimes les femmes. Ces histoires restent un sujet extrêmement tabou. J’avais peur de ne pas être en mesure de rendre justice à cette réalité. C’est pour ça que j’ai joué avec toute mon âme, même lorsque certaines scènes étaient vraiment difficiles. Je me suis mis la pression, pour jouer du mieux que je pouvais, et surtout par respect pour toutes ces femmes, qui n’osent pas parler.

cafébabel : Est-ce que Black reflète la réalité de Bruxelles ?

MCA Bruxelles est une grande ville et il y a des millions d’histoires à raconter… Celle de Black est l’une d’entre elles. Tout le monde voit Bruxelles comme la ville des gaufres et des frites, mais la toile de fond est différente et elle doit aussi être racontée. C’est ce qu’a fait Mathieu Kassovitz avec son film La Haine sur les banlieues parisiennes. On a besoin de ce genre de films qui montrent la face cachée d’une ville.

cafébabel : Beaucoup de scènes ont été tournées dans le quartier de Molenbeek, qui a fait beaucoup parler de lui suite aux attentats de Paris. Quelle a été ton impression sur le quartier ?

MCA : Les gens du quartiers ont été très sympas, serviables et curieux. Ils nous ont beaucoup soutenus et il n'y a eu aucun problème. Molenbeek ne doit pas être identifié au terrorisme comme Black ne doit pas, non plus, illustrer à lui-seul la ville de Bruxelles. Cet aspect est toujours oublié. À Bruxelles, tout le monde est convaincu qu'il ne faut pas aller à Molenbeek, parce que c'est trop dangereux. Mais, il faut toujours se rappeler que c'est une infime partie de la réalité. Ce qui est vraiment dangereux, ce sont les généralisations.

cafébabel : La musique joue également un rôle important dans le film. Et pour toi, tout particulièrement....

MCA : Oui en effet, certaines musiques de la bande-son viennent de mon propre groupe SoulAart. C’est important pour moi de trouver la meilleure façon de m’exprimer.

cafébabel : C’était difficile de faire son entrée dans le monde du cinéma ?

MCA : Avant d’être actrice, j’allais à l’école comme tous les gens de mon âge. Ce n'était pas évident. Encore aujourd’hui, j’essaye de m’y habituer. Peut-être que je ne m’y ferais jamais, mais c’est une des facettes du métier. Être actrice ne veut pas seulement dire jouer la comédie, il y a aussi tous les à-côtés : les shootings photo, les interviews, etc. Le côté artistique reste tout même le plus important pour moi. On peut rester des heures derrière une caméra à réciter des dialogues, mais si tu n'as aucun talent, ça n'a pas de sens. Le cinéma n’est pas seulement synonyme d’interviews et de tapis rouge.

cafébabel : Quels sont tes futurs projets ?

MCA : Pour le moment, rien de concret. Je reçois des propositions, également de personnes que j’ai rencontrées, ici, à la Berlinale. Mais je veux prendre mon temps et faire les bons choix. Je ne veux pas tomber dans le piège de l’actrice qui a juste connu « la chance du débutant ».

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Cet article a été rédigé par la rédaction de cafébabel Turin. Toute appellation d'origine contrôlée.