Culture

Berlinale : Juliette Binoche à la conquête de l’Arctique

Article publié le 13 février 2015
Article publié le 13 février 2015

Le 5 février dernier, Personne n’attend la nuit, le film de la réalisatrice espagnole Isabel Coixet, donnait le coup d’envoi de la Berlinale. Une première moyennement convaincante.

Pour commencer, Josephine Peary abat un ours polaire. Elle se réjouit d’avoir tué si gros animal. L’Inuit, qui découpe l’animal, tente pourtant de lui expliquer qu’il s’agissait d’un ours relativement petit. Tout est question de perspective – un problème on ne peut plus visible dans Personne  n’attend  la nuit, qui a ouvert cette nouvelle édition du Festival international du film de Berlin

Le film se veut être un grand film. Mais, au final, ce n’en est pas un. L’histoire de Josephine Peary (Juliette Binoche) et de son voyage en Arctique reste fade. Le point de départ est pourtant prometteur : en 1908, Josephine Peary, une femme de la haute société américaine, s’apprête à rejoindre son mari parti en expédition au pôle Nord. Elle veut partager avec lui le moment où il deviendra le premier homme à atteindre ce lieu mystérieux. Quant aux mises en garde du chercheur spécialiste de l’Arctique, Bram (Gabriel Byrne), sur la rudesse de l’hiver, elle n’en a cure.  Sa fille naîtra d’ailleurs dans le froid polaire et sera baptisée « Bébé blanc » par les Inuits, en raison de la blancheur de sa peau.

Bande-annonce de Personne n'attend la nuit.

Josephine fait le voyage en traîneau, en compagnie de Bram et de deux Inuits, pour rejoindre son mari Robert. Mais, peu de temps après avoir atteint le camp de base, elle se rend compte qu’elle doit se débrouiller par elle-même. Seule la femme inuit, Allaka (Rinko Kikuchi), reste à ses côtés dans cette étendue déserte. Les deux femmes dépendent l’une de l’autre et, bientôt, il devient évident que la riche américaine et l’Inuit sont plus liées que ce que Josephine pouvait imaginer : Allaka est enceinte de Robert. 

L’amour comme moteur

La réalisatrice espagnole Isabel Coixet (qui n’est d’ailleurs que la deuxième femme à présenter le film d’ouverture du festival de Berlin) a trouvé des images magnifiques et d’une netteté incroyable pour appuyer l’histoire de Josephine et Allaka : des tonnes de neige qui se déversent, des nuages qui s’accumulent pour préparer la tempête et des étendues toujours plus blanches. Malheureusement, les personnages et leurs actes ne permettent pas d’en saisir le sens et les performances exceptionnelles de Juliette Binoche et Rinko Kikuchi ne peuvent rien y changer. 

Josephine Peary était une femme d’exception qui, très tôt, a rejeté la division sexuelle traditionnelle. Elle trouvait tout à fait normal d’accompagner son mari dans son voyage de recherche. Cependant, dans le film, ce qui pousse Josephine à entreprendre ce voyage n’est pas le goût pour la recherche mais plutôt l’amour qu’elle porte à son mari. Elle voulait vivre son moment de gloire et c’est uniquement pour cette raison qu’elle fait ce voyage.  

Évidemment, le « choc des cultures » entre Josephine et Allaka offre quelques moments amusants. Josephine parvient ainsi à inviter Allaka à manger dans sa cabane pour la remercier (Allaka, elle, vit dans un igloo) et à la forcer à manger avec un couteau et une fourchette. Ce moment réussit particulièrement bien à illustrer le comportement raciste avec lequel les chercheurs blancs de l’Arctique, à l’exception de Bram, traitent les « Esquimaux ». 

Josephine se considère comme une personne courtoise et ouverte, mais elle ne l’est pas. Peut-être que, parfois, Isabel Coixet crée également un trop grand contraste. Ainsi, Josephine mange dans une tente un dîner préparé avec soin, tandis qu’à l’extérieur Bram se fait les dents sur une viande séchée. Autre exemple, Josephine est horrifiée face aux seins nus des femmes inuits, puis la caméra se tourne vers Josephine, la montrant boutonnée jusqu’au cou et assise sur un banc. 

L’art de narrer

On remarque très souvent que Personne n’attend la nuit craint que son message ne soit pas suffisamment clair. C’est pourquoi un narrateur commente – ou raconte –ce qu’il se passe. Lorsque, à la fin, Josephine est sauvée par l’un des collègues de son mari, recouverte d’une fourrure et déposée sur une traîneau, nous n’avons vraiment pas besoin du narrateur pour nous décrire cette scène. Le point positif, c’est que la Berlinale a enfin commencé. Un départ poussif mais qui n’a rien de rédhibitoire. 

Cet article fait partie de la coopération entre la Berlinale et le journal The European, où l’article a d’abord été publié.

Cafébabel Berlin à la 65e Berlinale

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