Culture

Berlinale: 60 ans de cinéma et de politique

Article publié le 15 février 2010
Article publié le 15 février 2010
L’histoire du festival international du film de Berlin est pavée d’enjeux politiques. Fondée par les alliés à Berlin-Ouest pour en faire une vitrine du monde « libre », un pied de nez aux dictatures communistes, la Berlinale est devenue au fil des ans un rendez-vous immanquable du cinéma mondial. Flash-back.

La Berlinale ou l'arène de combats idéologiques. C'est Alfred Hitchcock qui en 1951 inaugure la première édition du festival et l'ancre ainsi dans la tradition du cinéma ouest-européen et américain. Lorsque Willy Brandt, le maire de Berlin de l'époque, tient le discours d'ouverture en 1958, il souligne l'importance du festival comme emblème d'une ville ouverte sur le monde, tolérante, en opposition au géant communiste. Quelques jours plus tard, Nikita Khrouchtchev, le dirigeant de l'Union Soviétique pose l'ultimatum aux alliées de quitter Berlin-Ouest. Il faudra attendre le milieu des années 60 et la privatisation de l'organisation du festival (jusque-là dans les mains du gouvernement ouest-allemand) pour qu'il s'ouvre au cinéma d'Europe de l'Est, sans pourtant que les tensions disparaissent.

Guerre froide

Affiche de la première BerlinaleLa controverse marquée par la guerre froide ne s'arrête pas là. En 1970, O.K. de Michael Verhoeven, mettant en scène le viol et l'assassinat d'une jeune vietnamienne par des soldats américains cause scandale et mène à l'annulation de la compétition. Le jury risquait en effet de lui décerner l'Ours d'argent, une décision indéfendable pour certains organisateurs. En 1979, The Deer Hunter (Voyage au bout de l'enfer) de Michael Cimino décrivant d'une manière très critique la société vietnamienne communiste est sévèrement accueilli par les Etats socialistes qui, en partie, boycottent le festival. La Berlinale est également le théâtre de litiges entre Etats communistes : Der Aufenthalt (RDA, 1982-3) de Wolfgang Kohlhaase, mettant en scène des prisonniers allemands dans des camps polonais dans l'immédiat après-guerre, est retiré de la compétition par l'Allemagne de l'Est suite aux protestations de la Pologne.

Avant-garde

A ces combats idéologiques s'ajoutent le soutien à une avant-garde artistique provocante. La « nouvelle vague » de réalisateurs des années 60 qui bouscule les conventions cinématographiques tout comme les mœurs étriqués de l'époque, marque le festival. Ainsi Jean Luc Godard obtient en 1960 l'Ours d'argent pour A bout de souffle qui lance de nouveaux standards narratifs. Michelangelo Antonioni (La notte) est mis à l'honneur tout comme des réalisateurs allemands tels Werner Herzog, lauréat de l'Ours d'argent en 1968 à l'âge de 26 ans pour Lebenszeichnen (Signes de vie) et président du jury cette année, ou l'incontournable Rainer Werner Fassbinder (Die Ehe der Maria Braun).

Cette défense de l'avant-garde fait également surface en 1976 lorsqu’Ai no corrida (L'Empire des sens) de Nagisa Ôshima, déjà interdit dans plusieurs pays, est projeté au cours du festival. Lors de la première projection, la bobine est  confisquée par la police allemande à cause de son contenu « pornographique ». Et puisque la Berlinale fête ses 60 ans, elle célèbre son histoire en projetant une sélection de ces chefs-d’œuvre, avec entre autres : Ikiru d'Akira Kurosawa, A bout de souffle, La notte, Lebenszeichen, Central do Brasil, The Deer Hunter. Bien que prévu, O.K. ne sera pas projeté comme l’a décidé son producteur.