Culture

Berlin : L'eldorado des artistes irlandais en cavale

Article publié le 5 juillet 2010
Article publié le 5 juillet 2010
Alors que des artistes irlandais comme Paul Diamond et You're Only Massive deviennent de plus en plus connus à Berlin, leurs passages dans les bars irlandais ne rameutent pas les foules. Tant que la recherche de nouveaux talents se fera rare en Irlande, la jeune génération continuera à s'expatrier vers Berlin, l'endroit rêvé aujourd'hui en Europe pour donner vie à ses rêves musicaux.

Avec un taux de chômage de 13,7%, autour de 40.000 devraient quitter l'Irlande cette année à la recherche d'opportunité qui n'existent plus sur l'île. Selon l'Institut de recherche économique et sociale irlandais, 40.000 autres les suivront en 2011. L'Allemagne est une de leurs premières destinations européennes, sa capitale accueille quelques 1.700 expatriés irlandais, dont Paul Diamond. C’est un matin ensoleillé à Hackescher Markt au centre de Berlin. La place foisonne de cafés, de boutiques et de galeries. Avec sa basse sur l’épaule, Paul Diamond, un musicien de jazz de 27 ans, explique pourquoi Berlin est le seul endroit où il fait bon être musicien : « C’est un terrain de jeu pour les artistes », dit-il. En janvier, il a acheté un aller simple Dublin–Berlin et, bien qu’il n’avait aucun contact en arrivant, il est maintenant fier de son petit appartement à Wedding, Berlin ouest, et de son quotidien modeste fait d'improvisation avec des musiciens de tout genre venant des quatre coins du monde. « Personne ne vient à Berlin pour gagner le jackpot ou vivre la grande vie » ajoute-t-il, mais le coût de la vie ici lui permet de poursuivre son rêve.

Il croit à la possibilité de faire sa vie comme musicien à Berlin

Berlin, capitale des mélomanes irlandais

alias You're only massive Berlin n’est pas l'endroit rêvé pour devenir riche. Selon la fondation Bertelsmann, la capitale allemande est si pauvre qu’elle a perdu le côté compétitif qu’elle n’a jamais vraiment eu. Un Berlinois sur cinq compte sur une aide de l’Etat pour survivre, un contraste absolu avec l’Etat de Bavière, dans le sud-est de l’Allemagne, où seulement 5% des habitants dépendent de l'Etat. Les Berlinois sont-ils les premières victimes allemandes du déclin économique ?

« Berlin est trop pauvre pour être affectée par la récession », affirme Maebh Cheasty en riant. Elle pose pour des photos à l’intérieur et aux alentours du studio d’enregistrement propre à You're only Massive dans le quartier de Kreuzberg. « De toute façon tout le monde est chômeur ! » Pourtant, l’actrice et musicienne de 25 ans originaire du sud-est de l’Irlande, se trouve chanceuse de vivre dans la capitale de l’Allemagne. Avec Dave Murphy, son compagnon de groupe, elle a quitté l’Irlande au plus fort de la récession de 2008, laissant derrière elle « pleins d'histoires malheureuses de gens qui perdent leur emploi ». En tant que membres du duo électronique You're only Massive, ils dédicacent à présent leur temps à enregistrer leur musique et à jouer de petits concerts autour de Berlin et dans la grande Allemagne. « A Berlin, la musique est l’égal de la santé et de l’éducation» ajoutent-ils. Ils ont l’impression qu’avec toutes les restrictions économiques, l’Irlande a tourné le dos aux arts et sont heureux de ne pas avoir été affectés par la récession irlandaise. « Ici, on ne doit pas justifier notre place dans la société », affirme Dave.

L'opposé de Dublin

Créateur d'une résidence gratuite pour les jeunes artistesLa ville est remplie de centres d’activité où les musiciens sont les bienvenus et où les artistes peuvent se retrouver pour échanger des idées, comme le MMX sur la Linienstrasse dans le centre. Rénové par Philip Eggersglüss, un entrepreneur allemand de 29 ans, c’est aujourd’hui un lieu de rencontre et de résidence gratuite pour les artistes. Le chaleureux Eggersglüss, qui a également créé l’entreprise de développement de software musicaux Songbeat, m’assure que Berlin est la capitale la plus cool et la moins chère d’Europe pour le moment. « Tout le monde veut venir à Berlin », assure-t-il. Berlin n’est jamais en crise, à Berlin c’est toujours la crise ! ». Son argument pour attirer les jeunes entrepreneurs ? Les récessions sont les meilleurs moment pour lancer une boîte : « Quand les temps sont durs, il suffit d’être plus créatif et débrouillard ».

Berlin est à la fois toujours et jamais en crise, diversifiée mais raisonnable, totalement à l’opposé de Dublin. Et alors que ces artistes irlandais commencent à se faire connaître à Berlin, les scènes des bars irlandais restent vides. Avec moins de gens qui investissent dans les futurs talents irlandais, la jeune génération va continuer à migrer vers des lieux ouverts aux artistes comme Berlin afin de poursuivre son rêve musical. Et le fait que 60.000 personnes aient quitté le pays l’année passée ne semble pas perturber Mary Coughlan, vice-premier ministre d’Irlande. « Il faut voir le genre d’individus qui sont partis, parmi eux certains cherchent uniquement à s’amuser et c’est ce que les jeunes peuvent faire.» Le problème, c’est que la plupart vont tellement s’amuser qu’ils risquent bien de ne jamais revenir.

Un grand merci à toute l'équipe de cafebabel.com à Berlin

Photos : ©David Tett/davidtett.com; video onlymassiveTV/Youtube