Culture

Benjamin Paulin : Le dandy post-moderne

Article publié le 26 octobre 2010
Article publié le 26 octobre 2010
Sur sa page Internet, il se fait passer pour un « vrai Français ». Son premier album, paru le 16 octobre, a pour nom L’Homme moderne. Benjamin Paulin est-il le prototype du nouveau Français ? Entretien avec le chanteur à propos de contradictions, de stéréotypes et de pourquoi Benjamin Paulin se sent plus « humain » qu'Européen.

Un vendredi après-midi au coin d’un bistrot parisien, Benjamin Paulin s’est mis à l’aise (en costume, style oblige). Vue sur la rue délavée par la pluie. Il a commandé un café et cherche maintenant quelqu’un à qui donner le morceau de chocolat servi avec : «Tu veux du chocolat ? » Le chanteur, né à Paris en 1978, fait montre d’assurance, à tel point qu’on dirait qu’il quitte tout juste le tournage de son single Dites-le avec des flingues : mélange de Gainsbourg et de Dorian Gray. Aux titres de son album comme celui cité plus haut, viennent s’en ajouter d’autres tout aussi positifs (du genre Notre futur n’a pas d’avenir). Benjamin Paulin est-il un pessimiste ? Il boit une gorgée de café, se passe la main dans les cheveux, puis se penche en avant : « Je pense être plus un réaliste qu’un pessimiste. Dans une époque comme la nôtre, il n’y a pas grand-chose de positif. Ce serait plutôt sombre. Il suffit de voir le retour des extrémismes. Malgré cela, avec ma musique, j’essaie de maintenir un équilibre entre gaité et tristesse. Parallèlement, je me suis essayé à l’ironie et mes textes ne sont pas exempts d’une certaine légèreté. » Pour ce faire, il s’inspire de presque tout, et même de l’actualité. Toutefois, faire dans le « fait divers » n’est pas son truc : « Je parle plus volontiers de choses qui traversent le temps, qui vont rester dans l’histoire de l’humanité. »

« Tout le monde est un homme moderne, même toi »

 Concert à Lyon en décembre puis en juin à ParisPaulin a de la bouteille côté écriture. À 16 ans, il décide de quitter l’école pour se consacrer à la création littéraire. « J’ai fait partie d’un groupe de hip-hop », confie-t-il. Et l’espace d’un instant, je suis déconcerté : le bling-bling et les bimbos se trémoussant sur les voitures dans les clips de rap ont du mal à coller avec le jeune premier en costume me faisant face. Mais Benjamin Paulin est tout à fait sérieux : « Dans le rap on a la possibilité de dire tellement de choses : tu peux les faire éclater pour mieux les recomposer. » Le chanteur ne veut pas se fixer musicalement : « Ma musique est une sorte de métissage de pleins de courants : rock, pop, chanson, rap. Je mélange un peu tout ça. Mais j’essaie aussi de faire quelque chose de nouveau. Dans ma musique et mes textes, il y a plein de références, mais dans une interprétation moderne. » À propos de « moderne », cher Benjamin : « Ton album s’intitule L’Homme moderne. Pourquoi ce titre ? » Benjamin Paulin se penche à nouveau au-dessus de la table : « En principe, tout le monde est un homme moderne, même toi. » En s’apercevant de mon air sceptique, il rigole et poursuit : « L’homme moderne, c’est l’homme postmoderne, celui qui vit avec ses contradictions, qui les accepte et qui souhaite s’exprimer. » Ces antinomies sont explicitement transposées sur la jaquette du CD : Benjamin vise avec un pistolet en direction de l’objectif, un bouquet de roses au bras. Sur une autre photo, il paraît hésiter entre des flingues et des fleurs. « Benjamin, j’ai l’impression que ton image compte beaucoup pour toi. Essaies-tu de te forger une certaine image auprès du public ?», le provoque-je. « De nos jours, nous avons malheureusement besoin de catégoriser les gens. Il faut avoir recours à la caricature pour mettre les personnes à leur place », concède-t-il.

Sans attache

  « Réussir signifie mourir avant d’avoir tout gâché »

Et pourtant, le chanteur ne tient pas tant que ça à son idée de petites boîtes à gens. Lui-même ne tient pas à se faire enfermer dans une catégorie. Que ce soit dans la musique ou dans la vraie vie : « Je ne me vois pas dans un univers franco-français et je me considère plus « humain » qu’Européen. Aujourd’hui, toutes les frontières s’estompent, qu’il s’agisse des frontières de la communication (avec Internet et tout le toutim) ou des frontières politiques. Je ne me sens attaché à aucun lieu. » Mais quoi qu’il en dise, il est très Européen : « Ma mère est Polonaise, mon père était moitié Italien moitié Allemand. » Son père, le designer Pierre Paulin, connu pour ses meubles excentriques, décédé en 2009. C’est peut-être à lui que Benjamin doit son sens de l’esthétique et son goût pour le non-conventionnel : « J’ai beaucoup voyagé avec mon père. J’ai été aux États-Unis, au Japon, en Corée… mais pas en Allemagne », de rajouter gentiment Paulin, mon « charmant accent » ne lui ayant pas échappé.

Son nouvel album vient juste de paraître, et le chanteur ne veut pas parler de succès. « J’ai franchi une étape. La carrière en est jalonnée. Réussir signifie mourir avant d’avoir tout gâché ». Il y a quand même des fois où Benjamin serait plus un pessimiste qu’un réaliste.

Photo: ©Paul Kemler/myspace.com/benjaminpaulin; Video: ©clipetzik/Youtube