Culture

«Après la gauche» : y-a-t-il encore une gauche en Europe ?

Article publié le 8 juin 2011
Article publié le 8 juin 2011
Dans Après la gauche, 13 personnalités de la gauche d'hier s'expliquent devant les caméras posées par Jérémy Forni, Geoffroy Fauquier et Gaël Bizien sur ce qu'il reste de la gauche pour notre génération. Alors que le Portugal est passé à droite et les socialistes espagnols sont concurrencés par la rue, toute l'Europe se pose la même question : y-a-t-il encore une gauche européenne ?

« On doit tirer les conséquences de ses idées. C’est ce que la gauche n’a jamais compris. » Susan George, écrivaine et co-fondatrice d’Attac, ne tourne pas autour du pot. C’est la préoccupation de toute une génération d’Européens qui manifeste en Espagne et en Grèce contre les mesures des gouvernements socialistes, perçues comme une trahison des petits employés. Qui, en Allemagne, voit vert plutôt que rouge et, écœurée, se détourne d’une gauche qui s’entre-déchire. Qui gémit après la débâcle de DSK en France: « Pour qui devons-nous voter, maintenant ? »

La gauche est morte, vive la gauche ?

Trois de ses représentants ont, dans un documentaire génial, soumis la génération de leurs pères à un interrogatoire double. Treize membres de la vieille garde des intellectuels de gauche français, dont l’ancien Premier ministre et candidat à la présidentielle Lionel Jospin, l’éditeur Eric Hazan, l’ancien rédacteur en chef du Monde et fondateur du média en ligne Médiapart Edwy Plenel ou encore l’essayiste et scientifique Albert Jacquart, ont été soumis à leurs questions. Le reproche : comment sommes-nous censés renouer avec vos idées ? Le communisme est tombé avec le Mur. Depuis, des partis socialistes ont gouverné. Ils se sont révélés être de bons administrateurs du statu quo capitaliste. « Pour la gauche, il n’est pas question de grandes idées. La gauche veut être élue. C’est terrible », comme le dit le philosophe et journaliste français Bernard Stiegler.

Sortie le 1er juin en FranceL’objet d’identification du prolétariat actuel s’appelle télévision et pas chaîne de montage. Solidarité ? On en ressent pour l’Afrique et l’Amérique latine. Négociations des salaires ? Nous vivons dans l’ère du travail à temps partiel et de la précarité des stagiaires. Camarades de parti ? On les a remplacés par des groupes facebook. Veux-tu être mon ami ?

« Réinventer le futur »

« L’impossible est possible. Mais il faut vraiment s’engager », rétorque le philosophe italien Antonio Negri. Ce faisant, il gesticule des deux mains et sa petite chaise en bois maculée de vernis en tangue. Derrière lui, vue sur l’intérieur d’une usine désaffectée. C’est dans ce lieu désolé dans une banlieue pauvre au nord de Paris que les trois réalisateurs ont réunis leurs invités pour l’interview.

Le bâtiment se dresse là, gigantesque, désert et nu. Comme la gauche. Et cependant, l’esthétique du film métamorphose comme par magie le crépi qui s’écaille et les flaques sur le sol. Le caractère de chaque interviewé remplit les salles vides, de gestes, de regards et de réflexions. L’enthousiasme communicatif avec lequel leurs idées sont ici développées donne à la pitoyable bâtisse un peu de dignité.

Mais la poésie peut-elle être la réponse au manque de visions, de crédibilité et de charisme ? Que va-t-il advenir de la gauche européenne ? Les vénérables maîtres réunis dans Après la gauche le déclarent : « Nous devons réinventer le futur ».

 Après la gauche, un documentaire de Jérémy Forni, Geoffroy Fauquier, Gaël Bizien, en salles depuis le 1er juin.

Photo : (cc)garko88/flickr; Vidéo (cc)ApresLaGauche/Daily Motion