Culture

Annett Louisan: «Le look blonde platine, je n'en ai plus besoin»

Article publié le 1 février 2010
Article publié le 1 février 2010
Elle pousse la chansonnette en Allemagne depuis quelques années et ne cache pas son admiration pour Carla Bruni à son époque guitare et mélodie. La belle désormais brune de 31 ans était pour la première fois sur scène à Paris fin janvier. Rencontre avec une starlette « made in Germany », une ambassadrice de charme au service des relations franco-allemandes.

« Ça va être complet », s’exclame en passant l’un des organisateurs de la soirée avant de passer la porte du New Morning, le haut-lieu du jazz parisien ouvert en 1981 dans le quartier Château d’eau à Paris. C'est là que l'Allemande Annett Louisan a fait ses débuts en France le 20 janvier 2010. A l'extérieur, une longue file d'attente d’environ 400 personnes s'allonge pour ce concert gratuit, s'enthousiasme Harald Schmidt de l’Office franco-allemand de la Jeunesse (OFAJ) qui organise l'événement. Excité et pas peu fier de lui, il s’éclipse précipitamment en direction du vestiaire. Sur la scène, majestueuse et grave, la contrebasse attend les spectateurs.

«Paris m’a littéralement transformée. Je ne connais pas d’autres villes en Europe où l’on puisse autant flirter »

Dans la salle, la soirée débute sur une conférence de presse. Ambiance petit-fours avec toute la clique franco-allemande qui suit à la trace l’ambassadeur d’Allemagne en France. A moins qu'elle ne cherche à s'approcher de Luc Chatel, le ministre de l’éducation en exercice qui vient de déclarer : « Quand nos deux pays vont ensemble, on déplace des montagnes… ». On ne pouvait pas trouver meilleure ambassadrice qu'Annett Louisan, la plus française des chanteuses allemandes, pour remettre une couche de crème sur le gratin parisien des relations franco-allemandes. D’une voix de petite impératrice, elle inaugure avec un peu de retard sur le timing une soirée de bon voisinage sous les auspices du traité de l’Elysée [qui fixe les objectifs d'une coopération accrue entre l'Allemagne et la France dans les domaines des relations internationales, de la défense et de l'éducation] dont on fête cette année le 47e anniversaire. Elle déclare être fière de chanter aujourd’hui pour la première fois dans la Ville-Lumières.

Bidon ou pas bidon, on ne peut que la croire en voyant s’ouvrir ses grands yeux en amande alors qu’elle vous explique : «Tout ça est pour moi encore un peu incroyable. Je suis née à Havelberg en Allemagne de l'Est. Enfant, j’ai toujours rêvé d’être ici. A Paris ! A l’âge où l’on nourrit de grands rêves romantiques, particulièrement en regardant de vieux films. J’y suis venue pour la première fois en 1981 avec ma grand-mère [dont Annett a emprunté son prénom en guise de nom de scène]. Et cela m’a littéralement transformée. Je ne connais pas d’autres villes en Europe où l’on puisse autant flirter. »

Trois « boys » sexy

Annett s’empresse de mettre à l’épreuve ses techniques de séduction sur la scène du New Morning. Elle connaît les pouvoirs cachés de sa voix audacieuse et de ses coquetteries. Un battement de cils suffit pour que Friedrich Paravicini, Olaf Casimir, Martin Gallop empoignent leur instrument et commencent à jouer avec brio. Le défi n’est pas mince car ce soir, ils doivent faire face à un public très diversifié, bariolé et multicolore où l'ado tout Nike côtoie le tout Gucci à l'âge plus avancé.

(annett-louisan.de)

Elle qui cache jalousement son âge (31 ans), a déjà quatre albums et une centaine de concerts à son actif. Elle traverse le parterre où est assis le public tappant gentiment dans les mains au rythme d’un air de musette ou d’une bossa-nova. Elle semble sûre d’elle-même pourtant le trac est toujours là : « Ca va mieux, rassure-t-elle, je suis toujours crispée et je ressens toujours une grande crainte face à la scène qui m’impressionne. Mais je ne souhaite pas que ça change. Je ne suis pas une vieille routarde mais je suis une routarde quand même... »

Annett aujourd’hui ne regrette rien : « Tu n'es pas obligée de rester blonde et de porter un béret simplement parce que les gens t'ont identifié comme cela. Quand je jette aujourd’hui un petit coup d’œil en arrière, je réalise que je me suis raccrochée à des choses très naïves. Entre 25 et 30 ans, on se cherche encore beaucoup. Mais ce look de blonde platine, aujourd’hui je n’en ai plus besoin. » C’est donc en petite brune bottée de cuir noir laqué, dans le style femme fatale, perchée sur pas moins de dix centimètres de talons, qu’elle entreprend de charmer son public. Aussi bien avec des passages mélancoliques sur le thème de la perte du père que dans l’une de ces chansons à texte, chéries des cocottes et des chanteuses réalistes, où il est sempiternellement question d'amour. De sa recherche, de sa rencontre... de son ironie. 

Influences françaises

C'est en 2003 qu'Annett effectue une belle percée en Allemagne avec le titre Das Spiel, « le jeu ». Mais ce sont ses morceaux à la cadence rapide qui plaisent ce soir-là, comme Eve qui fait d'ailleurs beaucoup penser à If réunissant Etienne Daho et Charlotte Gainsbourg la même année. Il n’est donc pas surprenant d’apprendre que Frank Ramond, son parolier et producteur est à moitié français. D’ailleurs, Louisan n’entretient aucun mystère à ce sujet. Certaines de ses chansons ne cachent pas leur paternité hexagonale. Il y a là dedans comme un petit parfum de Piaf ou d’Aznavour. « Le premier disque de Carla Bruni, Quelqu’un m’a dit [sorti en 2002], a été pour moi une grande source d’inspiration. Très chic, différent et intime. » Et puis, Gainsbourg qui plane au dessus d'elle lorsqu'elle réclame sur scène « quelque chose à boire, pas d’eau, quelque chose de plus fort si possible ! » et qu'elle papillonne sous les flashs des photographes de presse la clope à la main. Selon Annett, « l’Allemagnea d'un point de vue musical encore beaucoup de choses à rattraper sur la France. Nous avons eu pendant longtemps un problème avec notre propre langue. » Mais depuis, l'allemand a fait son entrée sur le marché européen de la musique. Partout en Europe, et avant tout en France, on se met à apprécier l’Allemagne et cela pas uniquement grâce à Tokyo Hotel.

Or, ce soir là au New Morning où la salle était presque exclusivement occupée par ses compatriotes expatriés, Annett s’était aussi fixée comme objectif de conquérir son public français. Les jours prochains, elle se retrouvera dans la salle de classe d’une école d’Auneuil, petite commune du pays de Bray à 60 kilomètres au Nord de Paris où elle est conviée à chanter et réciter ses propres textes. A part un furtif « Voulez-vous ? » en français qu’elle vous lance en même temps qu’un clin d’oeil, Annett se sent plus à l’aise dans sa langue maternelle. Elle a déjà imaginé apprendre la langue de Molière mais est convaincue que ses chansons resteront pensées et composées en allemand : « Je chante comme je parle. »

Les trois lieux préférés d'Annett Louisan à Berlin:

Le Kirk Royal où l'on peut manger de très bons steaks (quartier de Kreuzberg/Paul-Lincke-Ufer)

Le Luzia, un bar génial où l'on peut tranquillement boire un café ou un cocktail le soir (Oranienstraße/ Kreuzberg)

Le Kuchenkaiser sur l'Oranienplatz : mon favori pour avaler un petit-dèj' allemand bien copieux !