Culture

Angel Parra : « J’ai l’impression de renaître »

Article publié le 8 octobre 2007
Article publié le 8 octobre 2007
Musicien et auteur chilien vivant à Paris depuis plus de trois décennies, Angel Parra, 64 ans, est le fils de l’icone du folkore sud-américaine Violeta Parra. Il évoque l’exil et les inégalités qui règnent toujours dans son pays natal.

Théâtre Lumen, Bruxelles, septembre 2007. Le public, après deux heures de voyage musical à travers les chansons de Violeta Parra [personnage emblématique du folklore chilien] dit ‘adios’ à son fils, Angel Parra. Comme souvent, la voix et la guitare de ce musicien chilien ont entrainé les spectateurs présents dans une catharsis pleine de nostalgie et de souvenirs. «Septembre est un mois important pour les Chiliens », a souligné Angel Parra avant d’entamer son concert. C’est par exemple au mois de septembre 1810 que le Chili déclare son indépendance et c’est également en septembre de l’année 1970 que Salvador Allende accède au pouvoir.

Des exils mal digérés

Parra n’est pas seulement un musicien qui s’amuse avec les notes mais un aussi un auteur jouant avec avec les mots. Dans son troisième roman, ‘Mains sur la nuque’, il raconte dans une écriture saupoudrée d’humour, un drame qu’il a vécu en 1973, peu de temps après le coup d’Etat militaire du général Augusto Pinochet : l’emprisonnement puis l’exil. Aujourd’hui, Parra procède aux corrections de son dernier livre qui évoque « l’histoire du peuple chilien.»

En 1973, déporté de force, Angel Parra se retrouve dans les geôles chiliennes puis dans le camp de Chacabuco. Ce qu’on lui reproche, c’est d’entretenir des liens politiques avec le parti de gauche de Salvador Allende, l’Unité populaire. Un an plus tard, Parra s’exile au Mexique.

En 1976, c’est le départ définitif pour l’Europe et Paris. « Pour pouvoir vivre le présent, on doit savoir d’où l’on vient », explique t-il aujourd’hui. « L’histoire joue un rôle important pour nous. Lorsque l’on sort vivant de ce genre d’aventures, on peut considérer que l’on est un privilégié et que l’on renaît », souligne t-il encore, lorsqu’il évoque le lien entre sa vie d’artiste et son passé.

Comme tant d’autres, Angel Parra a vécu l’exil. « Cette expérience est douloureuse parce que c’est une obligation, on te pousse vers un abîme et que tu ne sais pas ce qui va se passer. C’est une chose qui est pourtant arrivée à des milliers de personnes. Cet univers inconnu ressemble à un précipice ; il faut s’accrocher à tout ce que l’on trouve. Dans le cas des Chiliens [qui se sont exilés durant la dictature], l’accueil des ‘indigènes européens’ comme je les appelle, toujours très ouverts aux Latino-américains, a été essentiel. » Pour autant, Parra reconnaît s’intégrer « facilement n’importe où ».

Une raison pour laquelle il essaie de « parler en mon nom propre et pas celui des 1 200 000 Chiliens qui ont dû quitter le pays ». Parmi ceux-ci, beaucoup se sont installés «avec leur valise sous le lit, pensant que leur retour n’était qu’une question de jours. 35 ans ont passé et certains ne sont jamais rentrés, ni ne rentreront jamais ».

Cette forte envie de revenir dans leur pays natal a compliqué la vie des exilés car « ils n’ont pas appris la langue de leur pays d’accueil, ne se sont pas intégrés mais ont travaillé, pensant seulement à survivre ».

Un Chili encore inégalitaire

D’ici quelques mois, Angel Parra s’envolera pour une nouvelle tournée dans son pays d’origine. « Je mène une vie de saltimbanque, » reconnait-il. « Comme les gitans, je voyage avec ma tente sur le dos ».

Une série d’excursions diverses et variées qui font honneur à son nom, ‘Angel’, qui signifie le messager. « Je fais un peu le travail d’un facteur : j’apporte des nouvelles. Quand je vais au Chili, je rencontre des gens qui ont vécu à Berlin, à Bruxelles ou à Paris et qui me demandent comment vont les gens qui sont restés en Europe. Et à l’inverse, lorsque je rentre en Europe, on me demande si la situation des Chiliens est positive. Ma profession est délicieuse, elle me permet de rester en contact avec les gens. »

Mais à l’heure actuelle, que pense Parra de la situation politique du Chili ? « Complexe », répond t-il. «Bien que la démocratie ait émergé il y a 17 ans, le capital au Chili reste concentré entre les mains de 10% de la population alors que près de 2 millions de personnes vivent dans une extrême pauvreté ».

Face à cette situation, Angel refuse de se tenir les bras croisés. « En modeste militant communiste, je fais ce que je peux lorsque je rentre au Chili. Je prends la parole à chaque fois que je peux. Bien que les socialistes et les démocrates - chrétiens soient au gouvernement, il semble qu’ils se soient habitués au pouvoir. Posséder de grosses voitures aux vitres teintées, une armada de secrétaires etc etc...Ils ont oublié pourquoi ils sont là, quel est leur rôle, » regrette Angel Parra.

Pour le musicien, le fait qu’une femme [Michelle Bachelet] soit la présidence du Chili est significatif. Parra espère que, dans les deux ans de mandat qui lui restent, elle « changera beaucoup de choses. »

Porteurs d'un héritage

Aux côtés de sa sœur Isabelle et de la Fondation Violeta Parra, Angel souhaite célébrer le 90ème anniversaire de la naissance de sa mère, décédée en 1967. Au programme durant une année, des fêtes et évènements oragnisés dans divers points du globe, sur une période qui s’étalera du 4 octobre 2007 au 4 octobre 2008.

Artiste chilienne emblématique, Violeta Parra a totalement réinventé la musique folk chilienne en important son influence en dehors des frontières. Artiste polyvalente avec à son actif plus de 300 chansons originales, elle a longtemps vécu en Europe avec ses enfants et a été la première artiste sud-américaine à exposer ses toiles au Louvre.

Un héritage trop lourd à porter ? «Ma sœur et moi ne sommes pas les seuls héritiers, tous les gens de ma génération le sont ; les Chiliens mais aussi les Argentins, les Péruviens et les Boliviens, tous les Latino-américains ».

Le jeune chanteur-compositeur Pedro Saavedra interprète la chanson ‘El Árbol’ [L’Arbre], d’ Angel Parra