Culture

Allemagne : chez les Valkyries, résolution des conflits en musique

Article publié le 24 août 2009
Article publié le 24 août 2009
Le festival des jeunes artistes de Bayreuth, en pleine Franconie bavaroise, a attiré 300 musiciens en ce mois d’août 2009. Mais sur scène et dans la fosse d’orchestre, il n’était pas uniquement question de partitions. Rencontres et géopolitique dans la ville de Wagner.

«On trouve toujours quelqu’un qui peut traduire du libanais au français ou de l’italien vers le russe»

Sur la verte colline de Bayreuth trône le palais des festivals Richard Wagner. Et sur cette petite ville de Bavière, le compositeur veille. Mais dans les rues baroques des environs, les notes du Parsifal ne sont pas les seules à résonner : entre l’opéra et le vieux château, les rythmes d’une fanfare brésilienne surprennent le promeneur innocent. Il se dirige d’un pas enjoué vers le centre-ville et se retrouve tout d’un coup entre un groupe d’accordéons roumain et un quatuor à cordes franco-allemand. Et n’est-ce pas un ensemble de cuivres qui joue là, devant ?

Israël et Palestine à un même pupitre

(Albert78000 /flickr)C’est une véritable invasion musicale qui déferle sur Bayreuth : le nombre de musiciens de rue, qui a augmenté d’un bond, indique qu’une fois encore, le Festival des jeunes artistes a atteint son but. Avec la devise, librement inspirée de celle de Wagner, « follow your passion », il a attiré 300 jeunes artistes venus de 29 pays différents sur la « scène de répétition pour la jeunesse mondiale ». On veut avant tout y jouer de la musique, cependant acteurs, écrivains et danseurs y trouvent aussi leur compte. Alors qu’à ses débuts, le festival était encore sous le signe de la guerre froide, il est entretemps devenu le reflet d’un monde globalisé : à une soirée de compositions italiennes, espagnoles et turques, succède un voyage entre Orient et Occident. Des musiciens originaires du Liban, de Syrie, d’Irak et de Palestine sont invités à l’atelier « Orient meets Occident» pour exécuter la Passion arabe d’après J.S. Bach sous la direction de Vladimir Ivanoff. Le but du projet est d’inciter les jeunes Israéliens, Palestiniens et Arabes à jouer ensemble, en dépassant les conflits politiques et religieux. Que le chef d’orchestre Daniel Barenboim et son West Eastern Divan Orchestra, composé de musiciens arabes et israéliens, se produisent également, et pour la première fois, le 19 août à Bayreuth, voilà un heureux hasard.

Choc des cultures musical

Si l’on demande à la directrice du festival, Sissy Thammer, qui met tout son cœur dans le projet depuis déjà 24 ans, ce qui la retient, on sent aussitôt l’enthousiasme : « L’art m’a toujours rendue heureuse », lance-t-elle. Pour cette raison, elle veut offrir aux jeunes du monde entier la possibilité de devenir artistiquement actifs. Les enfants et les jeunes particulièrement ont, selon elle, souvent très peur de l’art et de la musique classique et doivent y être amenés de façon toute particulière. Le pompeux Parsifal de Wagner ne plaît pas exactement à tout le monde ! En conséquence, le Festival des jeunes artistes offre à ceux qui sont loin de Wagner, un chatoyant pot-pourri de tango argentin, d’opérettes hongroises et d’improvisations de jazz lituaniennes. Et celui qui ne maîtrise lui-même aucun instrument peut amasser un peu d’expérience en dramaturgie, auprès de la presse ou dans le management culturel dans le cadre du programme de stages « Sprungbrett » (tremplin).

Mais la collaboration avec des musiciens originaires de pays différents n’est pas toujours facile : quel est le plat favori d’un Japonais ? Combien de temps répète un Belge ? Et de quel genre d’oreiller a besoin un Jamaïcain ? Pour Sissy Thammer, ce n’est que très rarement la barrière linguistique qui complique la vie de l’administration et des participants. « Grâce à l’internationalisme du festival, explique-t-elle, on trouve toujours quelqu’un qui peut traduire du libanais au français et de l’italien vers le russe. Par contre, il arrive malgré tout assez souvent que les jeunes ramènent les conflits politiques et sociaux de leur pays d’origine derrière les pupitres de Bayreuth. » La directrice assure que jusque là, le dialogue a toujours permis de détendre la situation. Mais c’est sans oublier la puissance salvatrice de la convivialité franconienne dans la résolution des conflits, car « une bonne gorgée de bière ou de vin est toujours d’une grande aide. »

Pour participer au festival en tant que stagiaire ou musicien, vous pouvez postuler en ligne. Il n’est pas exigé d’avoir déjà des connaissances en allemand !