Culture

AIR : « Nous ne sommes pas des business men »

Article publié le 18 mars 2008
Article publié le 18 mars 2008
Icône de la musique électronique en Europe, le groupe français Air, comme « amour, imagination et rêve », poursuit son voyage musical, entamé il y a dix ans avec l’album Moon Safari.

En backstage de la mythique salle de concert madrilène La Riviera, c’est le branle-bas de combat : trois voitures de police, deux ambulances, des sirènes qui hurlent sans discontinuer... Nicolas Godin, le guitariste d’AIR, vient de se blesser au doigt pendant le réglage des balances. Peut-être les cordes de sa guitare étaient-elles trop affilées. Il est emmené en ambulance pour être soigné. Rien de grave, mais le concert de ce soir tombe à l'eau. Jean-Benoît Dunckel, l’autre musicien du duo, accepte cependant de nous recevoir dans les loges.

Il est difficile de trouver un décor plus sordide que cette pièce anonyme pour mener une interview. Et pourtant, la pièce à peu près vide, avec sa table de bois usée et quelques vieilles chaises, se transforme, au fil de ma conversation avec Dunckel, en un lieu chaleureux. Malin et déterminé, il répond à nos questions. Des murs lézardés émane comme un karma...

Les deux musiciens ont aujourd’hui 38 ans. Ils se sont rencontrés au lycée, dans l’ambiance confinée et bourgeoise de Versailles, tous les deux obsédés par la même musique, celle des années 70. Chacun prend des chemins séparés puis forme un groupe Orange qui ne décolle pas. Godin devient alors architecte. Dunckel envoie ses compositions à Virgin, sans trop de succès, poursuit une carrière de prof de math, et joue toujours du piano dans des clubs.

Une touche, des notes, qui selon les critiques, font tout l’univers mélodique des trois albums d’Air. Des airs qui s’exportent, lors de nombreuses collaborations, de musiques de films et au dernier album de Charlotte Gainsbourg, par exemple.

Compositions japonisantes

Je cherche, en bavardant avec Dunckel, à comprendre comment la musique d’AIR, qui signifie « amour, imagination, rêve », reflète la personnalité du duo. Dans un état de plénitude, nous abordons les similitudes entre leurs morceaux et la culture nippone. « Quand nous allons au Japon, nous sommes ravis par la netteté des choses. La modernité du pays nous fascine également. » Leur album Talky Walky est sans aucun doute le plus « japonisant » de tous. En effet, Alone in Tokyo, ce morceau magique extrait de la bande originale de Lost in Translation de Sofia Coppola, semble être un protagoniste à part entière du film.

Dunckel nous raconte qu'ils connaissaient déjà la fille du célèbre réalisateur depuis l'enregistrement de la bande originale de son précédent et premier film, Virgin Suicide. Parlant comme le son d’une flûte, celle de la chanson Cherry Blossom Girl et toujours sur le même ton, il nous fait part de sa passion pour le cinéma. « Le seul problème dans le cinéma, tempère-t-il, c'est qu'après avoir travaillé énormément, tu peux tout à coup, alors que le film semble terminé et prêt à sortir en salle, t'entendre dire que, finalement, ta chanson ne fait plus partie des plans. Le monde du cinéma, c'est comme ça », conclut Dunckel dans un sourire enfantin.

La musique composée pour la B.O. de Virgin Suicide

Rencontres européennes

En dehors de son travail avec Sofia Coppola, le groupe Air a collaboré avec des artistes d'envergures internationales, comme le dramaturge italien

href=http://www.epdlp.com/escritor.php?id=2531 target=”_blank”>Alessandro Baricco (Seda, Novecento, City), dont ils ont mis les vers en musique. « Personne n'a compris ce travail. On a dit que nous étions devenus fous », se souvient-il.

Au cours de ces expériences autour du monde, Dunckel et Nicolas Godin ont joué devant des publics très différents : « Bien entendu, les spectateurs sont différents, mais je préfère m'intéresser aux similitudes quand je voyage. Nous partageons tous un même objectif, celui d'être heureux. Découvrir cela me rend heureux moi-même. »

« Les publics tchèques et slovaques sont les plus ouverts, poursuit-il, sans doute, parce qu'ils n’ont découvrent l'Occident que récemment. Les Espagnols ont toujours envie de faire la fête. Les Anglais, en revanche, sont plus difficiles à convaincre. Peut-être parce que l'Angleterre compte davantage de groupes que les autres pays », avance-t-il, diplomatique.

No businessmen

Sur la piraterie, la voix du musicien se fait résignée. Le sujet manifestement l'embarrasse et, toujours aussi sympathique, il hésite à trancher. « Ce n'est pas la faute des gens. On ne peut rien y faire », dit-il avant de rectifier : « Je crois quand même que l'Union européenne devrait faire quelque chose pour remédier à cette situation. Elle en a le pouvoir. Certains artistes, comme Radiohead, ont pris les devants, et sont à la recherche d'autres moyens pour combattre la piraterie. Cela nous paraît une bonne initiative, mais cela suppose que l'artiste se transforme en homme d'affaires. Nous ne sommes pas des hommes d'affaires. »

AIR est actuellement en tournée en Australie, jusqu'à la mi-avril 2008. Aucun autre concert n'est prévu.