Culture

A la maison aux Malouines

Article publié le 14 juin 2007
Article publié le 14 juin 2007
Le 14 juin 2007 marque les 25 ans de la libération des îles Malouines de l'emprise de l'armée argentine par les forces britanniques. Comment le petit archipel a t-il vécu sa transition ? Témoignage.

La plupart des Européens -à supposer qu'ils aient déjà entendu parler des Malouines- les associent généralement au conflit larvé qui s'est achevé en juin 1982. Le motif de la controverse ? Un différend entre l’Argentine et le Royaume-Uni à propos de ce morceau de terre situé dans l’Atlantique Sud : l’archipel des Malouines, originellement sous protectorat britannique -partie du Commonwealth- mais constamment revendiqué par l’Argentine.

Les îles Malouines disposent d'une Assemblée de huit membres, élue par près les 3 000 habitants qui peuplent l’île. Les deux circonscriptions se répartissent ainsi : cinq membres élus pour représenter Stanley, la capitale, et trois 'Camp' pour le reste. L’absence de partis politiques suppose que les membres siègent en toute indépendance.

Beaucoup pensent que les Malouines vivent aux crochets des contribuables britanniques. En réalité, l’archipel est indépendant, excepté en matière de défense et d’affaires étrangères. Ces deux domaines relèvent de la souveraineté de la Couronne britannique. Depuis la fin du conflit, les îles ont subi de profondes transformations économiques : le PIB est ainsi passé de 5 millions de livres sterling en 1980 à plus de 72 millions en 2004, les revenus de la pêche constituant la principale source de richesses.

Les Malouines en Europe

En tant que territoire d'outre-mer d'un Etat membre de l'Union européenne, les Malouines ont obtenu un statut particulier depuis les traités de Rome et de Maastricht. En pratique, Bruxelles ne les considère ainsi pas comme un territoire britannique. Non membres de l'UE, les îles sont cependant associées au processus décisionnel grâce à une décision d'association, supprimant les droits de douanes pour les produits issus des territoires d'outre-mer. Les habitants des Malouines jouissent toutefois de la citoyenneté britannique : ils peuvent donc librement vivre et travailler dans l'Union européenne. La réciproque ne s'applique ni aux droits de douane ni aux visas d'entrée.

En outre, les Malouines reçoivent des aides financières de la Commission européenne. Le programme ‘Stabex’ [Schéma de stabilisation des ressources de l'exportation] a mis 4,2 millions de livres à leur disposition. D'autre part, les Malouines reçoivent des aides du Fond européen de développement (FED).

Le FED a fait don de 700 000 livres, divisés en fonds régionaux et territoriaux afin de mettre en place des infrastructures permettant le développement de petites exploitations, 3 millions dans les politiques territoriales et 1,5 millions dans les stratégies régionales.

Chaque année, le gouvernement des Malouines participe au Forum de l'Union européenne et des pays et territoires d'outremer (UE-PTO) aux côtés de la Commission.

D'après Andrea Clausen, membre du conseil législatif des Malouines, « les relations sont au beau fixe. Nous entendons poursuivre le développement de nos relations avec la Commission pour faciliter un accès équitable et permanent aux marchés et aux aides financières afin de développer nos infrastructures ».

Des relations de bon voisinage ?

Côté Ouest, les relations avec l'Argentine voisine se sont récemment détériorées avec l’actuel gouvernement Kirchner, qui avait pour autant insisté pour la mise en place de zones communesentre les deux pays pour la conservation des réserves de poisson.

Aujourd'hui, l'Argentine met en place des sanctions unilatérales qui affaiblissent l'économie des Malouines. Elle a notamment interdit les vols de charters à destination de l’archipel. Elle tente en outre d'empêcher les compagnies pétrolières d'investir sur ce territoire.

Pendant que les Malouines essaient tant bien que mal de faire face, quelques ressortissants argentins s'y sont installés sur place et se sont progressivement intégrés à la société. Certains sont excessivement fiers de leurs relations culturelles durables avec le Royaume Uni, d'autres craignent de perdre leur identité et de n'être plus que les membres d'une 'petite Angleterre'.

Alec Betts, qui se fait maintenant appeler Alejandro, a quitté l’archipel en juin 1982 pour aller vivre en Argentine. Il adhère à présent totalement à la positition de son pays d'adoption. Dernièrement, il s'est même présenté aux municipales d'une petite ville argentine et est parti représenter son nouveau pays au siège des Nations unies à New York, appuyant les revendications de l'Argentine.

Les 25 années à venir vont peut-être faire des Malouines une terre pétrie de multiculturalisme. Une grande partie de la population est ainsi originaire des territoires d'outremer britannique de l'Atlantique Sud. 394 immigrés sont ainsi venus de Sainte-Hélène -l’île où Napoléon a été exilé et est mort-. De plus en plus nombreux, des immigrés chiliens s'installent aux Malouines. En 2001, 65 d'entre eux ont tenté leur chance. Ils étaient 131 en 2005.

D'après le porte-parole du gouvernement de Sainte-Hélène, John Clifford, la société des Malouines tire profit de cette situation. « Les Malouines accueillent les citoyens et les travailleurs dont elles ont besoin et Sainte Hélène reçoit en échange une source de revenus non négligeable et des emplois qualifiés. Beaucoup d'habitants ici considèrent les Malouines comme leur propre terre, grâce aux investissements importants qu'ils ont pu y faire ».

52 degrés Nord : tranches de vie aux Malouines

« Quand je travaillais en tant que reporter dans le Nord de Londres, je me suis rendu compte qu'il était incroyablement difficile de persuader les Anglais qu'il y a bien une vie, et même une vie exubérante, dynamique, voire ensoleillée, vers le 52e parallèle.

Les Malouines offrent un mode de vie basé sur un sentiment de liberté grisant. Vous pouvez dîner sur une plage d'un sable blanc étincelant en observant jouer les pingouins et les dauphins. Le ciel est d'un bleu électrique et la lumière franche, sans pollution. La vie sociale de cette archipel isolé n'est pas en reste, elle file à un rythme affolant. Tout y est tellement facile que les gens se connaissent tous.

Les voitures et les maisons ne sont pas fermées à clef, le vol n'existe pas, les enfants jouent sans violence, il n'y a pas de chômage, pas de centre commercial, pas d'affichage publicitaire agressif. Il est même possible d'engager la conversation ou de sourire à un inconnu sans être reçu par un air renfrogné.

Le 'Camp', nom que donnent les habitants des Malouines à tout lieu qui se situe en dehors de Stanley, la capitale, est un véritable sanctuaire pour les habitants. C'est une terre de solitude et de travail. Les insulaires idéalisent ces grands espaces emprunts de rêve d'auto-suffisance, qui dans les faits attirent de moins en moins de monde.

L'afflux d'habitants du ‘Camp’ augmente la population de Stanley. Des immigrants comme moi-même, et des jeunes désireux de voyager ou qui ont été poursuivre leurs études en métropole, ce que le gouvernement prend entièrement en charge. Quand ils reviennent chez eux, leur enthousiasme et leur loyauté est telle que les autres pays insulaires doivent nous envier.

Contrairement à d'autres villes, pourtant semblables, que leurs habitants fuient pour rejoindre les métropoles afin de travailler, faire les boutiques ou se divertir, Stanley offre tout le nécessaire. Elle a son propre hôpital, aéroport, port, police, supermarché, restaurants et pubs. Une véritable capitale-village.

Sue Gyford, 32 ans, écrit d'Edimbourg où elle est récemment revenue après trois ans et demi d'absence. Elle est l'ancienne directrice de l'information de la radio des Iles Malouines