Culture

2011 : le cinéma bulgare a la banane !

Article publié le 8 décembre 2011
Article publié le 8 décembre 2011
Avec deux films présentés en compétition à Cannes, sept films soutenus par le Centre National du Film bulgare et de nombreuses sorties, le cinéma bulgare se porte bien. Il s’exporte, même, et on ne peut que lui souhaiter une année 2012 tout aussi pleine.

Cannes 2011 : deux films bulgares en compétition et un prix

Pour la première fois depuis le tournant de 1990, le cinéma bulgare est très médiatiquement représenté à Cannes : The Island de Kamen Kalev est en compétition à la Quinzaine des Réalisateurs, Avé de Konstantin Bojanov à la Semaine de la Critique. Love.net de Iliyan Djevelekov était présenté au marché et le court-métrage de Doroteya Droumeva, pour son premier film Der Brief (La Lettre), a reçu le premier prix de la Cinéfondation le 21 mai 2011. Les deux longs métrages The Island et Avé ont été achetés pour la distribution en France.

The Island, tourné en partie en France, en grande partie en Bulgarie, pourrait être le film européen par excellence : d’un réalisateur bulgare (Kamen Kalev), les acteurs principaux sont français (Laëtitia Casta) et finois (Thure Lindhardt). Le film dépeint un couple qui se retrouve en vacances sur une toute petite île de Bulgarie, et vite déconnectés du reste du monde… ou d’eux-mêmes ?

Kamen Kalev, jeune réalisateur très populaire en Bulgarie, n’en est pas à son coup d’essai à Cannes : déjà en 2009, Eastern Plays, sélectionné à la Quinzaine des Réalisateurs, mettait en scène la dure réalité de deux frères vivant dans une banlieue de Sofia, chacun des deux frères dans sa folie : l’un (l’artiste), la drogue, l’autre l’extrémisme. Le premier frère, Itso, était interprété par Christo Christov, qui ne jouait d’autre rôle que le sien : réellement dépendant de la drogue comme l’est son personnage à l’écran, Christo Christov est décédé pendant le tournage. Interprété par Ovanes Torosyan, le deuxième frère, est lui un personnage de fiction : il reflète une certaine jeunesse désabusée, qui parcourt le cinéma bulgare actuel. C’est le même acteur que l’on retrouve aussi dans Avé, où il tient le rôle principal aux côtés d’Anjela Nedyalkova, deux jeunes gens dans un road-movie au travers de la Bulgarie.

La jeunesse et l’amour au centre des interrogations

Présente dans la douzaine de films sortis sur les écrans bulgares en 2011, la jeunesse forme comme une sorte de fil rouge : non seulement dans Avé, mais aussi dans Podslon (Abri en français) de Dragomir Cholev, Ketsove (Sneakers en anglais) d’Ivan Vladimirov et Valeri Yordanov, Lora ot sutrin do vecher (Lora from morning till evening) de Dimitar Kotsev et Tilt, des frères Chouchkov. Ce dernier film relate l’histoire d’amour entre deux jeunes gens Stash (Yavor Baharov) et Becky (Radina Kardjilova), membres d’un groupe de copains qui rêvent d’ouvrir leur bar, peu de temps avant le tournant de 1990. Séparés par les évènements tragiques des changements politiques qui ont bousculé l’Europe, les deux amis se retrouveront dans des conditions dures dans lesquelles ils devront se battre pour leur amour. Ce dernier forme aussi une deuxième récurrence des films actuels.

Ainsi Love.net, comme son nom l’indique présente une galerie de portraits de personnes amoureuses, de destins croisés et de la justesse de leur médiation par l’internet. Qu’est-ce qui est ? Qu’est-ce qui est juste ? Qu’est-ce que la réalité dans un monde de relations dématérialisées ?

Au-delà des thématiques de la jeunesse, c’est un cinéma veiné de métaphysique qui fait pour le moment le cinéma bulgare, un cinéma en ébullition qui s’interroge sur son passé récent, comme dans Tilt mais aussi Stypki v pyasyka (Footsteps in the sand en anglais) de Ivaylo Hristov, une tragi-comédie avec Ivan Barnev sur le changement de régime en Bulgarie.

Des difficultés de production et de distribution

Ainsi, sur les écrans sofiotes, ce sont une bonne douzaine de films qui sont sortis en 2011. Cette apparente bonne santé en doit pas laisser le spectateur se tromper : le cinéma bulgare connaît de gros problèmes de financements. Ainsi le Centre National du Film bulgare n’a-t-il pu, en 2011, soutenir la production que de 7 films, contre 28 films en 2010, tous genres confondus. On peut espérer que l’avenir du cinéma bulgare passera par la coproduction, entre autres européenne, comme c’était le cas d’Eastern Plays et de The Island, tous deux coproduits avec la Suède, mais aussi de Svetat e golyam i spasenie debne otvsyakade (The World is big and salvation lurks around the corner, en anglais) de Stefan Komandarev, qui, coproduit avec la Slovénie, l’Allemagne et la Hongrie, a connu une longue carrière dans les festivals du monde entier. L’accord de coproduction franco-bulgare, signé le 22 septembre dernier à Paris par le ministre de la Culture Frédéric Mitterand et son homologue bulgare Vejdi Rachidov, devrait permettre de remédier à au moins une partie des difficultés financières de la production.

L’autre vrai problème auquel est confrontée la jeune création bulgare est le problème de la quasi-absence de véritable circuit de distribution : à Sofia, seuls trois cinémas programment régulièrement des films européens, et donc bulgare. En dehors de Sofia, les cinémas d’art et d’essai se font rares. C’est donc un parcours semé d’embûches pour les films une fois produits. Mais quoi qu’il en soit, le cinéma bulgare, malgré de vraies difficultés, réussit à produire des films d’excellente qualité, pleins d’interrogations sur le passé et le présent. Et il est à espérer que son futur soit de plus en plus brillant.

Photo : Une © http://www.themovielove.net/ ; Vidéo (cc)youtube