Culture

10 000 hommes postés en bordure de l'UE

Article publié le 9 janvier 2008
Article publié le 9 janvier 2008
Aucun contrôle de la Pologne au Portugal : des Allemands ne font pas confiance aux fonctionnaires polonais pour assurer la sécurité de l'UE à sa frontière extérieure.

Capitaine Jacek Sonta, vous êtes le porte-parole des douaniers polonais. La frontière orientale de la Pologne vient de devenir une des frontières extérieures de l'Union. Vous avez endossé cette responsabilité. La Pologne y est-elle bien préparée ?

Absolument. N'oublions pas que cela fait près de dix ans que nous y travaillons. Le 'colmatage' des frontières avait commencé avant même l'entrée de la Pologne dans l'Union européenne (UE). Cette longue période de transition nous a permis de nous préparer efficacement et en douceur à cette échéance.

Tout le monde parle de 'frontières colmatées' en Pologne, mais concrètement, de quoi s'agit-il? Davantage de fonctionnaires ? Des barrières plus hautes ?

Il s'agit du renforcement du personnel et de la modernisation de l'équipement à l'Est. Actuellement, il y a 10 000 fonctionnaires qui travaillent à la frontière avec la Russie, la Biélorussie et l'Ukraine, la future frontière orientale de l'UE. Il y avait seulement 7 500 personnes en 2004 au moment de l'entrée de la Pologne dans l'Union. C'est tout de même un tiers de plus.

Les Allemands redoutent que les moyens matériels aux frontières ne suffisent pas à contrôler les flux de migrants de plus en plus importants. Comment voyez-vous la situation ?

Nous avons renforcé les moyens humains et nous avons aussi modernisé notre matériel aux unités frontalières. Près de 124 millions d'euros d'investissement ont été versés jusqu'en 2007 par la Pologne et l'UE pour équiper les poste-frontières en Pologne. Et d'autres acquisitions sont déjà prévues pour les deux prochaines années. Du coup, la douane polonaise dispose sur la frontière Est d'un des arsenaux les plus sophistiqués de l'UE : appareils de vérification des documents, jumelles de vision nocturne, caméras thermiques, véhicules tout terrain. Chaque point de la frontière est surveillé depuis un poste situé à vingt kilomètres maximum. La technicité de notre appareillage et l'accès à la base de données du système d'information Schengen (SIS) me font penser que les possibilités de franchir illégalement la frontières sont extrêmement réduites.

Et la contrebande sur la mer Baltique ?

Nous avons aussi renforcé la frontière maritime : la police des frontières dispose de 57 bateaux et d'un système de protection radar à la frontière russe que nous sommes en train d'étendre sur l'ensemble de la côte, de la baie de Danzig à Swinoujscie.

Cinq milles douaniers polonais sont postés actuellement aux frontières des pays de l'Union. Que vont-ils devenir ?

Soit, ils resteront sur leur zone, soit, ils seront affectés dans le pays pour prendre en charge la surveillance des principaux axes de transport. Ce sont eux que vous croiserez, au détour d'une rue, à Lodz ou Varsovie, contrôlant votre passeport et la carte grise de votre véhicule. Ces patrouilles auront en charge la lutte contre la contrebande, le trafic d'êtres humains et les réseaux d'immigration illégale. Dans la pratique, les compétences de la police des frontières vont être étendues, ce qui va renforcer mécaniquement la sécurité intérieure.

La frontière polonaise orientale

Dix milles fonctionnaires des douanes veillent sur les 1163 kilomètres de la nouvelle frontière extérieure de l'UE entre la Pologne et la Russie, la Biélorussie et l'Ukraine. Soit une moyenne purement quantitative de huit hommes par kilomètre. Ils sont assistés dans leurs tâches par deux mille hommes supplémentaires en charge des aéroports internationaux polonais. A cela s'ajoutent les unités d'intervention spéciales postées le long de la frontière pour répondre aux situations exceptionnelles.

Photos : Hauptmann Jacek Sonta (©Polnische Grenztruppen), Militaires allemands et polonais (©Agnieszka Hreczuk/n-ost.de)

L'auteur est membre du réseau des correspondants n-ost