Bruxelles

Violeta Bulc : le Parlement séduit par la marcheuse sur le feu

Article publié le 21 octobre 2014
Article publié le 21 octobre 2014

Violeta Bulc, la nouvelle commissaire slovène aux transports, présentée après la déroute d’Alenka Bratušek, a été confirmée sans vote le 21 octobre au matin par le Parlement européen. La candidate slovène, chamane et marcheuse sur le feu à ses heures perdues, a impressionné les parlementaires durant son audition.

Seulement quatre jours d’intense préparation avant de passer sur le grill au Parlement européen. La nouvelle candidate slovène, Violeta Bulc , n’a pas eu droit au même traitement que les autres candidats qui avaient eu plusieurs semaines pour se mettre à jour. Visiblement sous extrême tension, la Slovène a su néanmoins garder son calme malgré les nombreuses difficultés techniques : la candidate a été contrainte à plusieurs reprises d’interrompre l’audition, car elle n’entendait plus l’interprète, demandant par deux fois un changement de casque.

Bluff pour gagner du temps en vue de répondre ou manque manifeste de chance, Violeta Bulc a su convaincre les parlementaires, pourtant très inquiets à la base quant à sa performance. En effet, sa mise à jour sur le dossier était de courte durée et certains eurodéputés ont même refusé de prendre part à l’audition. Mais elle a su toucher à peu près toutes les sensibilités politiques. Elle a parlé tour à tour avec habileté et sourire de libéralisation des marchés, de compétitivité, mais aussi de lutte contre le dumping social, de la nécessité de mettre l’individu au cœur du système, tout en respectant l’environnement, et ceci grâce à l’avènement de l’interconnectivité et de technologies innovantes. D’aucuns au sein de la commission transport y ont vu d’éventuelles contradictions et incompatibilités, mais ces soupçons ont - semblent-ils - été rapidement évacués par la spontanéité et l’apparente sincérité de la Slovène.

Grand chamboulement

Son passage devant le Parlement européen n’était pourtant pas gagné d’avance, notamment à la suite du candidat slovaque, Maroš Šefčovič, qui était désigné à l’origine pour ce portefeuille. Après le rejet de l’ancienne première ministre slovène Alenka Bratušek, Jean-Claude Juncker, le nouveau président de la Commission européenne, avait été contraint d’effectuer un léger remaniement au sein de son équipe. Alenka Bratušek, outre sa piètre performance, avait fait l’objet de vives critiques pour s’être « autodésignée » comme candidate à la Commission après avoir perdu les législatives en avril dernier.

L’eurodéputée Tanja Tajon avait alors été un temps pressentie pour reprendre le flambeau. Elle avait recueilli le soutien des sociaux-démocrates, mais aussi, et étrangement, des conservateurs au sein du Parlement européen. Seuls les libéraux s’opposaient à sa nomination, voyant en cette candidate une manière de « miner le processus de nomination », Tanja Tajon étant une sociale-démocrate et non une libérale, à l’instar d’Alenka Bratušek. Même si le parti de l’ancienne première ministre n’a jamais été affilié à l’ADLE.

Au final, le gouvernement slovène de centre-gauche a nommé Violeta Bulc, bien que sa candidature n’ait pas fait l’unanimité au sein de la coalition de Miro Cerar, l’actuel président du gouvernement slovène.

Une commissaire qui détonne...

Le moins que l’on puisse dire, c’est que le curriculum vitae de la nouvelle commissaire slovène a de quoi dérouter. Violeta Bulc, qui a vécu un temps à San Francisco en Californie, détient ainsi un diplôme en chamanisme, mais aussi une formation en tant que « marcheur sur le feu ». De plus, elle est ceinture noire en taekwondo.

À la tête d’une agence de conseils en entreprise, Vibacom, la commissaire se présente comme une « spécialiste en stratégie en matière de développement durable, en croissance ‘organique’ des entreprises et enfin en écosystèmes propices à l’innovation ». Surtout, on peut lire sur son site, qu’elle « croit en la puissance des réseaux, en l’individu en tant qu’élément d’un tout, et en l’énergie positive ». Ainsi, la Slovène propose des cours pour apprendre « à marcher sur le feu », à « briser des flèches sur la poitrine » ou encore pour entrer en connexion avec « l’énergie spirituelle » et « le divin ».

Une tendance « new age » très prégnant sur son blog personnel, où il est question de « vibration des lions blancs », « d’apport de la conscience dans le milieu des affaires », « de transfert des paroles des anciens dans le monde moderne », ou «  de mystique qui nous entoure ».

Cette tendance au mysticisme n’a été pointée du doigt que par une seule eurodéputée – et encore en aparté – lors de son passage devant le Parlement européen. Néanmoins, son discours était régulièrement empreint d’une certaine spiritualité. Interrogée sur la position de l’UE sur la lutte contre le changement climatique, celle-ci a débuté sa réponse ainsi : « J’adore la nature, je vis dans la nature, je respecte la nature, on doit apprendre à respecter la nature ».

... Mais avec une expérience politique très ténue

Une autre particularité de Violeta Bulc est sa relative inexpérience politique. Même si elle n’a eu de cesse de se référer durant son audition à son expérience au sein du gouvernement slovène, celle-ci n’a été que l’espace de quelques semaines au pouvoir en tant que vice-première ministre en charge du développement.

Attaquée sur son manque d’expérience par un eurodéputé, celle-ci se défendit et affirma que, même s’il n’a jamais eu de mandat officiel, elle était engagée politiquement sur le terrain depuis plus de vingt ans.

Sous la houlette de Maroš Šefčovič, vice-président à l’union de l’énergie, la nouvelle commissaire au transport sera responsable de la supervision de nombreux dossiers liés à l’unification du réseau ferroviaire, au projet du Ciel unique pour le secteur de l’aviation, du développement des voies fluviales, ou encore du programme de développement du réseau de transport transeuropéen.