Bruxelles

Stagiaire aux Nations unies ou comment dormir à la belle étoile

Article publié le 7 septembre 2015
Article publié le 7 septembre 2015

De la Nouvelle-Zélande à Genève pour finir sous une tente ? C’est l’histoire de David Hyde, 22 ans, stagiaire aux Nations unies, et dont on ne cesse de parler sur les réseaux sociaux depuis quelques jours. Une façon de relancer le débat sur la question de l’élitisme et des stages non rémunérés. Même si ce n’était qu’une mise en scène.

Il n’y a rien à redire au travail bénévole. Dans le cas présent, toutefois, la différence de traitement engendre à la fois fascination et tollé : le personnel des Nations unies perçoit souvent une rémunération généreuse. Au titre de diplomates, nombre d’entre eux sont exemptés d’impôts dans leur pays d’accueil. En revanche, des stagiaires hautement qualifiés ne sont pas rémunérés pour leur travail. L’article  23 de la Déclaration universelle des droits de l’Homme énonce que : « Toute personne a droit au travail, [...], à des conditions équitables et satisfaisantes [...]. » Et dans quelles conditions travaillent les stagiaires des Nations unies ?

David Hyde, stagiaire aux Nations unies, s’est exprimé dans The Intercept et a donné son point de vue après avoir fait les titres des médias dans le monde entier. Le jeune homme de 22 ans, originaire de Nouvelle-Zélande, ne disposait pas de moyens financiers suffisants afin de réaliser son stage dans une ville au coût de la vie élevé telle que Genève. L’idée de la tente lui est donc venue. Il voulait en même temps mettre en lumière le problème suivant : les Nations unies interviennent pour lutter contre l’injustice et la violation des droits de l’Homme, mais elles recrutent des stagiaires qu’elles ne rémunèrent pas, et qui se trouvent alors dans l’une des villes les plus chères au monde. C’est pour cette raison que David a laissé les médias annoncer qu’il dormait dans une tente au bord du lac Léman. Il ne pensait pas que les choses prendraient une telle ampleur.

Mis à part l’effet médiatique, ce buzz a permis le 14 août la formation de la Quality and Fairly Remunerated Internships Initiative - QFRII sur Facebook, une initiative qui lutte en faveur de la rémunération juste et qualitative des stages dans le cadre du système des Nations unies.

En quoi la situation est-elle effectivement désastreuse ? Selon des explications apportées par The Economist, les Nations unies ont les mains liées : une résolution de 1997 interdit le paiement des non-fonctionnaires, autrement dit de toute personne qui ne fait pas partie du personnel. Par ailleurs, le coût de la rémunération des quelque 4000 stagiaires s’élèverait à 13 millions d’euros par an. Une somme difficile à réunir, alors que l’organisation réduit actuellement le nombre de ses collaborateurs pour des raisons budgétaires.

Cafébabel a interrogé une jeune diplômée de l’Université de Vienne ayant réalisé un stage cet été dans l’Office des Nations unies à Vienne. Que pense-t-elle de l’histoire de David Hyde ? Aurait-elle dormi dans une tente afin de faire son stage aux Nations unies ? Pour la jeune femme, il est certain qu’elle n’aurait pas traversé la moitié du globe pour un stage non rémunéré. Elle n’aurait pas pu supporter les coûts.

Empêcher des étudiants et des jeunes diplômés de découvrir les Nations unies de l’intérieur, en n’ayant d’emblée pas les moyens de faire face aux coûts de la vie et aux frais de voyage, est-ce vraiment la voie à suivre pour une organisation qui symbolise la diversité et l’internationalité ? D’un autre côté : si les Nations unies devaient payer tous ses stagiaires, elles pourraient très bien n’en embaucher aucun.

Une ancienne fonctionnaire des Nations unies, Sarah, fait le procès de son ex-employeur : « Vous ne devriez jamais être stagiaires aux Nations unies. Vous travailleriez pour une organisation qui tombe en miettes et qui est paralysée par son incompétence. L’expérience pourrait même se retourner contre vous. »