Bruxelles

Sommet UE-Afrique : « la dame de fer africaine »

Article publié le 8 avril 2014
Article publié le 8 avril 2014

Lors d’un tel sommet une tradition demeure, celle de la conférence de presse où l’on parle de grands et ambitieux projets en matière de coopération économique. Ce qui surprend c’est de trouver cette fois une femme telle que Nkosazana Dlamini Zuma, présidente de l’UA, ne parlant pas des Etats d’une manière détachée mais s’intéressant aux êtres humains vivants derrière ce concept abstrait.  

Du­rant la confé­rence de presse du der­nier som­met UE – Afrique, Dla­mini Zuma n’a pas ré­pété ce que Bar­roso, Van Rom­puy et Mo­ha­med Ould Abdel Aziz, (res­pec­ti­ve­ment pré­sident de la Com­mis­sion, du Conseil Eu­ro­péen et de l’UA) avaient dé­ve­loppé concer­nant les dif­fé­rents ac­cords si­gnés. La na­tu­ra­lité et la cha­leur hu­maine de Dla­mini Zuma est res­sor­tie et son dis­cours sans notes a été ap­pré­cié pour son au­then­ti­cité.

Dans son in­ter­ven­tion, elle a no­tam­ment sou­li­gné que les jeunes qua­li­fiés afri­cains étaient les bien­ve­nus en Eu­rope, en fai­sant ré­fé­rences aux drames qui émaillent cer­taines ten­ta­tives d'im­mi­gra­tion. « Si nous concen­trions nos ef­forts dans la for­ma­tion de nos jeunes, nous ne vi­vrions plus de cas comme Lam­pe­dusa, ils en­tre­raient en Eu­rope par les aé­ro­ports ». Dla­mini Zuma a en­suite men­tionné les avan­tages com­pa­ra­tifs de l’Eu­rope et de l’Afrique. Soit un conti­nent avec de vastes sur­faces culti­vables de grandes zones de pêche in­ex­plo­rées, d'une py­ra­mide des âges crois­sante et d’un grand at­trait tou­ris­tique.

Seule­ment, à tra­vers le dis­cours de Zuma, l'Afrique de­vient un conti­nent qui souf­fre de grandes dif­fi­cul­tés, pour­tant dôté d'un im­mense po­ten­tiel de dé­ve­lop­pe­ment s'il ar­rive à agir d’un seul et même bloc pour ob­te­nir la pa­ci­fi­ca­tion et la dé­mo­cra­ti­sa­tion de tous ses pays. Son in­ter­ven­tion lente et ré­flé­chie s’est conclue avec l'idée selon la­quelle « c'est le mo­ment de mettre en ap­pli­ca­tion ce dont nous avons parlé (au som­met) et de­ve­nir ainsi deux grands conti­nents ».

Une femme for­gée dans l'ac­ti­visme

Née en Afrique du Sud en 1949, Dla­mini Zuma s’est im­pli­quée en tant qu’étu­diante dans l'ANC (Afri­can Na­tio­nal Congress) pour lut­ter contre le sys­tème de l’apar­theid. Exi­lée en An­gle­terre en 1970, elle a achevé ses études en mé­de­cine où elle a conti­nué son ac­ti­visme en s’oc­cu­pant du mou­ve­ment anti apar­theid à l'étran­ger.

Quand l'ANC est lé­ga­lisé en 1990, Zuma re­vient en Afrique du Sud, puis, après les pre­mières élec­tions dé­mo­cra­tiques rem­por­tées par Nel­son Man­dela, elle prend en charge le Mi­nis­tère de la Santé. Dla­mini-Zuma pro­fite alors de cette po­si­tion pour re­for­mer le mo­dèle sé­gré­ga­tion­niste de santé pu­blique en fa­ci­litant l'ac­cès aux soins sa­ni­taires ba­siques aux plus pauvres. Elle gère en­suite, pen­dant 10 ans, le por­te­feuille du Mi­nistre des Af­faires étran­gères, pour en finir avec la guerre dans la Ré­pu­blique Dé­mo­cra­tique du Congo. En 2009 elle prend la tête au Mi­nis­tère de l'In­té­rieur, où elle s'échine à sim­pli­fier la lente et lourde bu­reau­cra­tie du dé­par­te­ment. 

L'ob­jec­tif : une seule une voix afri­caine 

En 2012, elle laisse le Mi­nis­tère de l'In­té­rieur pour de­ve­nir la pre­mière femme à la tête de l'Union Afri­caine (UA). Son pro­gramme élec­to­ral brise une règle im­plicte : les plus grands pays du conti­nent ne doivent pas s'as­seoir sous la pré­si­dence de l'or­ga­nisme à cause de la crainte des pe­tits pays d’une ins­tru­men­ta­li­sa­tion de l'UA. 

Ce­pen­dant la « dame de fer afri­caine » comme cer­tains la sur­nomment, a déjà ex­pli­qué qu'elle se pré­sente à ses réunions en tant que Dla­mini Zuma, et non au nom de son pays. Elle se dé­crit elle même comme une « lea­der vi­sion­naire avec une pas­sion in­croyable pour le conti­nent afri­cain » et sou­haite le re­pré­sen­ter au tra­vers de l'Union afri­caine en « la consti­tuant comme une ins­ti­tu­tion pan­afri­caine de pre­mière ligne ».

*Ré­fé­rence à la tra­gé­die où 300 per­sonnes sont mortes en es­sayant de tra­ver­ser la mé­di­tér­ra­née.