Bruxelles

Promenade dans le Bruxelles colonial

Article publié le 26 mai 2011
Article publié le 26 mai 2011
Par Thomas Mougey Capitale de la Belgique, capitale de l’UE, Bruxelles jouit aujourd’hui d’un prestige international indéniable. Cette récente reconnaissance vient parachever une ambition plus ancienne que personifia le roi-batisseur .
Moquée à la fin du 19ème siècle comme étant « (nom désignant les villages environnants)», Bruxelles entra dans le cercle fermé des grandes métropoles européennes sous l’impulsion visionnaire de Leopold II….. et de ses richesses congolaises !

Capitale de l’Europe, Bruxelles fut aussi par le passé capitale coloniale. Arpentons les rues de Bruxelles en compagnie de Lucas Catherine afin de re-découvrir un héritage colonial oublié.Leopold II la capitale du Pajottenland

En effet si le Léopold modernisateur et bâtisseur est aujourd’hui toujours admiré, le Leopold capitaliste et colonisateur demeure une obscure facette qui pourtant conditionna la modernisation de la Belgique. C’est bien de cet aspect historique là de Bruxelles, oublié ou dissimulé, que tenta de réinscrire dans l’héritage architectural et historique bruxellois au travers de son ouvrage .

Lucas Catherine«Promenade au Congo : petit guide anticolonial de Belgique»

Centre du pouvoir, centre colonial.

Léopoldien avant de devenir belge, Le Congo permit au Roi de financer ses Grands Travaux. Ainsi dès 1885, la colonisation du Congo s’installa au cœur du pouvoir, politiquement, économiquement… et géographiquement. C’est en effet près de 70 ans de colonialisme qui furent entreprit, planifié et administré d’une main de fer depuis la puis autour du

rue BrederodeParc Royal

La Rue Brederode fut le cœur battant du Congo léopoldiens. De nombreux marchands/industriels tentés par l’aventure congolaise si installèrent et se retrouvaient au , adossé au palais royal, pour décider avec le roi de la brutale exploitation du Congo. Le centre décisionnel se déplaça ensuite autour du Parc Royal, suite à la session (fictive) du Congo à l’Etat belge.

Pavillon Norvégien

L’étroitesse des rapports entre pouvoir royal et milieu d’affaires est symbolisée par la, . En effet, on apprend par l’inscription apposée au pied de la statue que cette dernière fut érigée grâce au cuivre et àl’étain « ». Poussant la symbolique à l’extrême, l’observateur

leopold equestre statue équestre de Leopold IIplace du Trône gracieusement fournis par l’Union Minière du Haut Katanga

avisé peut constater comme l’indique L.Catherine que la statue fait face non pas au palais mais à un bâtiment qui fut le siège de la, grande pourvoyeuse de fonds de la Belgique naissante et de l’entreprise coloniale Leopoldienne.

Banque Lambert

Prestige ensanglanté.

De l’asservissement du Congo, Leopold II accumula de colossales richesses qu’il déploya à la construction de grands projets architecturaux tels que le . Originellement imaginé pour la célébration des 50 ans de l’indépendance belge, le parc du Cinquantenaire ne fut inauguré que 25 ans plus tard… grâce à l’argent congolais. Décrié par le dirigeant socialiste en 1900 pour avoir « », les arcades de l’arc de triomphe du Cinquantenaire furent en effet réalisées grâce aux profits du caoutchouc, du cacao et de l’ivoire violemment expropriés des congolais. Indissociable du Congo belge, le parc du cinquantenaire est par ailleurs parsemé de nombreuses reliques colonialistes (Campagne arabe du musée militaire, arcades, statue de Thys,…).

Parc du cinquantenaire Vandevelde été construites grâce aux mains coupées et au sang des congolais

C’est du toit de ces mêmes arcades que l’emprise des richesses du colonialisme sur la modernisation de Bruxelles surgit aux yeux du visiteur. Selon L. Catherine, l’ensemble des espaces verts, certains grands axes, le , le et même l’ (vitrine de l’uranium belge du Congo) que l’on aperçoit du haut des arcades furent érigés grâce à la manne congolaise.

palais de Laekenpavillon japonaisAtomium

Plus qu’une manne financière inépuisable, la colonisation du Congo fut également le ciment de l’unité nationale belge.

Colonialisme nationaliste

Au cœur du parc du cinquantenaire se dresse le ; seul monument de grande envergure à la gloire du colonialisme érigé sur le sol belge. Outre l’apparente symbolique raciste de la hiérarchie des races, où, le belge blanc civilisé vient dompter le Congo sauvage et archaïque (crocodile et femme nue), le monument révèle une symbolique nationaliste inédite. Au delà du bilinguisme apparent, le monument laisse une large place à deux figures centrales du nationalisme belge aujourd’hui oubliées : , l’officier francophone et , le sous officier néerlandophone.

Lippens et De Bruynemonument pour le CongoJoseph LippensArthur de Bruyne

Mythe fondateur de l’unité belge, De Bruyne et Lippens symbolisent la solidarité franco-flamande dans l’adversité. Emissaires belges auprès des zanzibarites, ils furent capturés après que Léopold II leur ait déclaré la guerre. Si De Bruyne eut l’occasion de s’échapper il décida toutefois de rester auprès de son officier malade. Ils seront par la suite tout deux exécutés en représailles. Dès lors ils furent élevés en symbole de la solidarité nationale et célébré dans les manuels d’école, au travers de nombreux monuments, de pièces de théâtre et même de pendules décorées à leur effigie. La mystique nationaliste élaborée à partir du tragique destin de De Bruyne et Lippens illustre l’importance attribuée au Congo dans la construction de la nation belge qui, comme l’affirme Catherine, « ».

fut et reste considéré par la monarchie comme le ciment de la Belgique

Rehabilitation

Du simple nom de rue aux icônes architecturales, l’héritage colonial belge est omniprésent à Bruxelles. Toutefois comme le déplore Catherine et l’association , cette emprunte coloniale demeure en grande partie invisible et illisible pour les bruxellois qui oublièrent cet héritage et ses codes de lecture quand l’Etat et le roi s’efforcèrent d’éffacer le colonialisme belge de l’histoire nationale. Toutefois sous l’impulsion d’associations comme mémoires coloniales l’héritage colonial bruxellois commence, lentement, à être réhabilité en étant par exemple intégré dans les parcours des guides touristiques employés par la ville.

Mémoires coloniales