Bruxelles

Philippe Lamberts : en vert et contre le TTIP

Article publié le 15 juillet 2014
Article publié le 15 juillet 2014

Lors d’une confé­rence de Cafébabel Bruxelles, Phi­lippe Lam­berts, eu­ro­dé­puté belge vert, an­nonce ses ar­gu­ments contre le traité trans­at­lan­tique. Il veut ar­rê­ter les né­go­cia­tions com­mer­ciales avec les États-Unis dès que pos­sible.

Le traité trans­at­lan­tique (TTIP) entre les États-Unis et l’UE fait cou­ler beau­coup d’encre. Café Babel Bruxelles a or­ga­nisé une confé­rence sur le par­te­na­riat trans­at­lan­tique le 17 juin der­nier : TTIP : a lot spe­cu­la­tion ?

Étaient pré­sents : Pas­coe Sa­bido du Cor­po­rate Eu­rope Ob­ser­va­tory (lobby qui pro­meut la trans­pa­rence dans les ins­ti­tu­tions eu­ro­péennes) ; la Com­mis­sion eu­ro­péenne re­pré­sen­tée par un ad­mi­nis­tra­teur et Phi­lippe Lam­berts, eu­ro­dé­puté belge du Groupe des Verts / Al­liance libre eu­ro­péenne (ALE). Ce der­nier n’a pas cessé de dé­mon­ter tous les ar­gu­ments en fa­veur du TTIP. Voici une pe­tite sé­lec­tion des ci­ta­tions qui re­pré­sentent les points im­por­tants du dé­puté eu­ro­péen vert :

« À qui pro­fite le crime ? »

Phil­lipe Lam­berts es­time que les or­ga­ni­sa­tions de la so­ciété ci­vile sont sous-re­pré­sen­tées dans les dis­cus­sions sur le traité trans­at­lan­tique avec la Com­mis­sion. « Qui fait du lobby de la ma­nière la plus éner­gique en fa­veur du TTIP ? », s’est de­mandé le co-pré­sident du groupe des Verts/ALE lors de la confé­rence. Il dé­plore l’ab­sence presque to­tale des syn­di­cats, des as­so­cia­tions de pro­tec­tion des droits de l'Homme et des PME à la table des dis­cus­sions. « C'est Bu­si­ness Eu­rope et son équi­va­lent à la Chambre amé­ri­caine de com­merce, ce sont donc les mi­lieux d'af­faires », a-t-il ré­pondu. Bu­si­ness Eu­rope re­pré­sente les in­té­rêts du grand pa­tro­nat eu­ro­péen.

L’in­fo­gra­phie de Cor­po­rate Eu­rope Ob­ser­va­tory fait écho aux pro­pos de l’eu­ro­dé­puté belge. Parmi les 560 groupes de pres­sion que la Com­mis­sion a ren­con­trés lors de consul­ta­tions, de dé­bats et de réunions à huit clos, seule­ment 26 font par­tie des or­ga­ni­sa­tions qui re­pré­sentent l’in­té­rêt pu­blic.

« Quel­qu'un qui vous es­pionne matin, midi et soir est-il un par­te­naire ? »

Ré­agis­sant aux dé­cla­ra­tions du re­pré­sen­tant de la Com­mis­sion, Phi­lippe Lam­berts a cri­ti­qué les actes d’es­pion­nage menés par les au­to­ri­tés amé­ri­caines. Il a éga­le­ment dé­claré que « ré­vé­ler [les prises de po­si­tion des né­go­cia­teurs] est un crime d'État aux États-Unis. En Chine, s'ex­pri­mer pu­bli­que­ment aussi… Et alors on consi­dère qu'on doit ac­cep­ter les normes des États-Unis ou de la Chine en Eu­rope ? »

Pour Phi­lippe Lam­berts, ce n’est pas la peine de né­go­cier dans ces condi­tions. Il a aussi rap­pelé que, même sans le TTIP, les échanges com­mer­ciaux avec les États-Unis re­pré­sen­taient deux mil­liards d’eu­ros par jour. En outre, il craint que les grosses en­tre­prises in­ter­na­tio­nales ne soient pri­vi­lé­giées dans le cadre du TTIP. « Dès l'ins­tant où vous per­met­tez à la taille du mar­ché de dé­pas­ser la taille d'une ju­ri­dic­tion dé­mo­cra­tique, vous don­nez de facto le pou­voir aux en­tre­prises trans­na­tio­nales », a-t-il pour­suivi.

« L'UE c'est le couple qui va à une par­touze échan­giste »

Phi­lippe Lam­berts re­doute un ni­vel­le­ment par le bas des normes eu­ro­péennes si les di­ri­geants des deux côtés de l’At­lan­tique signent un ac­cord com­mer­cial. Il re­grette éga­le­ment que les par­te­naires n’ap­pliquent pas les mêmes prin­cipes, no­tam­ment en ma­tière de dif­fu­sion de l’in­for­ma­tion. « L'UE c'est le couple qui va à une par­touze en di­sant "on est com­plè­te­ment échan­giste". Le couple chi­nois et le couple amé­ri­cain qui vont à la même par­touze veulent bien pro­fi­ter du voi­sin, mais ne veulent pas le lais­ser pro­fi­ter de lui. »

« L'Eu­rope c'est donc le seul couple qui va à la par­touze en étant libre échan­giste. Il y en a qui se font ni­quer plus vo­lon­tiers que d'autres, fran­che­ment il y a un pro­blème », a-t-il conclu.