Bruxelles

Mobilité réduite : la seule solution pour un transport durable ?

Article publié le 16 juillet 2007
Publié par la communauté
Article publié le 16 juillet 2007
Brussels - By Roel Hoenders Traduction de Jean-Philippe Coupey Nous ne pouvons pas continuer d’ignorer l’impact environnemental de nos déplacements aux quatre coins de l’Europe.

Il est bien connu que conduire une voiture n’affecte pas uniquement la qualité de l’air environnant, mais présente également un impact global du fait des émissions de CO2 qui contribue au réchauffement de la planète et aux changements climatiques. De plus, la construction d’infrastructures pour faire face à l’accroissement de la mobilité (routes et chemins de fer) affecte les paysages et la biodiversité locale.

L’Union Européenne a prévu diverses formes d’action afin de réduire significativement la pression causée par cette mobilité (accrue). Les différentes institutions de l’Union Européenne travaillent activement afin d’établir des propositions visant à influencer le coût des transports en Europe.

Les chefs de gouvernement de l’Union Européenne veulent un système de transports soutenable

Tout d’abord, le récent Sommet Européen était centré sur la nécessaire réforme du fonctionnement des institutions de l’Union Européenne. Cependant, parmi les conclusions de la Présidence sur le cadre institutionnel, le Conseil Européen rappelle l’importance d’un système de transport européen efficace à long terme. Cette annonce a été renforcée en demandant à laCommission l’engagement de parvenir à une évaluation de tous les coûts externes des différents moyens de transport, au plus en juin 2008.

Le principe d’internalisation des coûts (externes) a pour but d’établir un prix au transport qui reflète son coût réel, prenant ainsi (également) en compte les impacts environnementaux causés par chacun d’eux. Cela implique que les coûts de construction (actuellement souvent financés par des subventions), ceux liés à la congestion ainsi que ceux causés aux riverains et à l’environnement local soient inclus dans celui de chaque moyen de transport.

De nombreux exemples existent déjà dans ce domaine, comme les péages aux entrées des centres-villes (à Londres par exemple) ou pour pouvoir traverser un pays pour les étrangers (comme cela existe en Autriche). Cependant, au cours du Sommet de juin 2007, les chefs d’état ont émis le souhait d’adopter une approche plus structurée et harmonisée dans ce domaine.

A long terme, on peut s’attendre à des taxes supplémentaires pour l’utilisation des moyens de transport les plus polluants. Cela va clairement défavoriser la route au profit du rail : reste à savoir dans quelle mesure cela va affecter notre mobilité, en premier lieu son prix.

Les voitures plus propres sont-elles aussi plus chères ?

Peu de temps après le Sommet Européen, les ministres de l’environnement européens ont exprimé leur point de vue sur un autre dossier dont l’impact pourrait être considérable sur les citoyens européens, en l’occurrence la question des émissions des automobiles. Dans son étude de la stratégie de l’Union Européenne pour réduire les émissions de C02 des voitures des particuliers, le Conseil a rappelé l’engagement de l’Union Européenne de réduire les gaz à effet de serre ; bien sûr les émissions des voitures des particuliers y contribuent fortement. Conduire une automobile représente encore pour de nombreux citoyens une liberté -de mouvement en premier lieu-. La libre circulation de personnes au sein de l’Union Européenne est l’une de leurs libertés fondamentales et doit être préservée. Cependant, du fait du probable accroissement du coût des voitures propres, on peut s’interroger sur la capacité de l’ensemble des citoyens de l’Union Européenne à pouvoir encore s’offrir ce luxe dans le futur.

Le Conseil a reconnu cette situation en demandant qu’une évaluation détaillée des impacts accompagnant toute nouvelle proposition soit également soucieuse de l’équité sociale et œuvre pour le développement durable.

Le trading des émissions des avions signe-t-elle la fin des vols low cost?

Un autre problème abordé au cours du conseil de l’environnement concernait le modèle de trading des émissions de l’Union Européenne en général, mais également la proposition de Directive destinée à inclure l’aviation dans l’effort de réduction des gaz à effet de serre.

Evidemment, le Conseil a précisé qu’une telle inclusion ne devrait pas avoir d’impact négatif sur la compétitivité du secteur aérien au sein de l’Union Européenne: on peut espérer qu’il n’y aura pas d’augmentation du prix des billets. La libéralisation du secteur ces dernières années a permis une croissance importante des compagnies low cost, rendant les vols accessibles à tout un chacun. Mais une fois de plus, on ne peut ignorer les impacts environnementaux de l’aviation civile et rester sans réagir. Néanmoins il semble inévitable que les efforts vers une industrie du transport aérien plus respectueuse de l’environnement se traduiront par des coûts accrus. Mais comment parvenir à un compromis dans un contexte de vols vendus à 1 €. Cette volonté de rendre les vols moins polluants réservera-t-elle à nouveau ce moyen de transport à une élite ?

Les règles sur la concurrence établies par l’Union Europénne protègent-elles réellement tous les consommateurs ?

L’expansion des compagnies low cost pourrait également être limitée par des règles de compétition établies par l’Union Européenne.

Dans une récente décision la Commission a interdit à Ryanair de racheter son principal concurrent en Irlande, Air Lingus. La Commission a rappelé que le but de cette décision était de protéger les consommateurs, ce qui paraît étrange pour les nombreux clients de Ryan Air qui bénéficiaient ainsi de ses tarifs attractifs. La Commission a cependant précisé qu’elle n’avait pas d’autre alternative car un tel rachat aurait considérablement réduit le choix pour les consommateurs, et par conséquent diminué la qualité du service et finalement relancé les prix à la hausse.

Ryan Air a avancé le contraire, considérant que la décision de la Commission venait de la pression exercée par le gouvernement irlandais afin d’éviter que la compagnie ‘nationale’ ne soit rachetée. De plus, selon Ryan Air, sa stratégie commerciale, considérée comme agressive par la Commission, aurait également pesé dans cette décision.

Quel que soit le raisonnement tenu, la question des conséquences sur le prix payé par le voyageur reste entière. Les institutions de l’Union Européenne, chargées aussi bien des questions environnementales que des problèmes de compétition économique, devraient donc considérer comment leurs priorités s’accordent avec la liberté de mouvement des individus – à commencer par la menace d’une réduction prochaine de l’accès des individus à la mobilité.

Roel Hoenders