Bruxelles

L’Ukraine est « au bord de la guerre civile ».

Article publié le 6 février 2014
Article publié le 6 février 2014

Le pré­sident ukrai­nien fait ma­chine ar­rière. Les lois au­to­ri­taires ont été an­nu­lées mardi 28 jan­vier. Le pre­mier mi­nistre a « dé­mis­sionné » sur ordre. Peut-on croire à un prin­temps ukrai­nien ? L’op­po­si­tion en doute, pour elle seule la dé­mis­sion du pré­sident peut conclure ce mou­ve­ment de ré­volte. 

Après l ‘as­sas­si­nat de cinq ma­ni­fes­tants la se­maine der­nière, le pré­sident ukrai­nien a fait ma­chine ar­rière. La pres­sion de la rue  a payé, mais pour com­bien de temps ?  En effet les re­cu­lades du pré­sident peuvent ap­pa­raître comme n’étant qu’un moyen pour lui de  ga­gner du temps. Leo­nid Kravt­chouk, le pre­mier pré­sident de l'Ukraine in­dé­pen­dante (1991-1994), a es­timé, mer­credi 29 jan­vier, que le pays était « au bord de la guerre ci­vile ».

Une op­po­si­tion in­quié­tante

                Trois par­ties po­li­tique se re­ven­diquent d’op­po­si­tion et sont les in­ter­lo­cu­teurs « pri­vi­lé­giés » du pré­sident Ia­nou­le­vitch. Le parti Oudar est peut être le plus proche des ma­ni­fes­tants. Son lea­der le boxeur Vi­tali Klit­schko se rend ré­gu­liè­re­ment sur les bar­ri­cades où ont lieu les af­fron­te­ments. Le parti de l’an­cienne pre­mier mi­nistre Iou­lia Ti­mo­chenko, est re­pré­senté par un des ses proches col­la­bo­ra­teurs : Ar­seni Iat­se­niouk. Celui ci est dcrié car selon les ma­ni­fes­tants il ne sou­tient pas assez la cause de Iula Ti­mo­chenko ; de plus il a dé­claré « prêt à prendre ses res­pon­sa­bi­li­tés », avant de se re­prendre et d'ex­pli­quer qu'il ne croyait pas le pré­sident. Enfin  le di­ri­geant du parti ul­tra­na­tio­na­liste Svo­boda, Oleg Tia­gni­bok, est dé­passé par la ra­di­ca­li­sa­tion d'une grande par­tie des ma­ni­fes­tants et n’est plus consi­déré comme un in­ter­lo­cu­teur va­lable.

Plus in­quie­tant sont les groupes ex­tremes qui gros­si­sient chaque jour.   L’un, Pra­viy Sek­tor (« Sec­teur droite »), est une al­liance de groupes d'ex­trême droite na­tio­na­listes ; l'autre, Spilna Sprava (« Cause com­mune »), aux contours plus flous, se veut une éma­na­tion de la so­ciété ci­vile mi­li­tant pour un « pou­voir re­de­vable aux ci­toyens ».     Leur com­po­si­tion est assez hé­té­ro­clite mais l’ul­tra pa­trio­tisme est le ci­ment qui lie ses membres. Ils sont re­joints par de plus en plus d’ukrai­neien dé­gouté de­vant les ater­moi­ment de l’op­po­si­tion « tra­di­tion­nel ». Il n’et pas dit que nous, eu­ro­peens, dus­sions etre  ras­su­rer par l’al­ter­na­tive ukrai­niene.

C’est pour res­ter dans la course que l’op­po­si­tion par­le­men­taire a re­fusé de voter les lois d’am­nis­tie qu’avait pro­posé le pre­sident. Elles se­ront vo­tées à 232 voix sur 416 suf­frages ex­pri­més. L’op­po­si­tion s’of­fusque des condi­tions qui y sont liées. Il était no­tem­ment ques­tion d’am­nis­tie pour les po­li­ciers et de li­be­ra­tion du Mai­dan. S’ils avaient voté ces lois le par­le­men­taire de l’op­po­si­tion au­rait de­fi­ni­te­ve­ment cou­pés les ponts avec la rue.    

L’Ue se fait at­tendre

                C’est à l’Union eu­roo­péene de jouer les mé­dia­teurs. Comme le dit le mi­nistre po­lo­nais des af­faires etran­geres « Nous de­vons en­cou­ra­ger l'op­po­si­tion et le gou­ver­ne­ment à se par­ler ».  Her­man Van Rom­puy en vi­site à Var­so­vie,  a condamné sé­vè­re­ment, sa­medi 25 jan­vier, « la bru­ta­lité des au­to­ri­tés contre des ma­ni­fes­tants en grande ma­jo­rité pa­ci­fiques »« Per­sonne ne peut em­pê­cher le peuple ukrai­nien de voir ses rêves se réa­li­ser un jour », il a par ailleurs rap­pellé que « notre porte reste ou­verte », et que donc l’ac­cord d’as­so­cia­tion pro­posé par bruxelles au pre­sident ukrai­nien est tou­jours va­lable.  

Le mi­nistre po­lo­nais des af­faires étran­gères, Ra­dos­law Si­korski illustre bien l’am­bi­va­lence de la po­si­tion de l’Eu­rope. Dans un en­tre­tien donne au jour­nal le monde il dé­clare « Je n'ai pas à com­men­ter ce genre de dé­cla­ra­tion (a pro­pos des de­mandes de de­mis­sion du pre­sident). M. Ia­nou­ko­vitch est un pré­sident dé­mo­cra­ti­que­ment élu qui a né­go­cié avec nous un ac­cord d'as­so­cia­tion avec l'Union eu­ro­péenne (UE) qu'il a dé­cidé, de façon sur­pre­nante, de ne pas si­gner ». Mais si la siu­ta­tion dé­gé­nere il admet que : « Les di­ri­geants ukrai­niens savent de quels ins­tru­ments nous dis­po­sons. Il ne s'agit pas seule­ment de sanc­tions por­tant sur les visas ou les avoirs, mais aussi des sanc­tions com­mer­ciales.  Si l'Ukraine choi­sis­sait le mau­vais scé­na­rio. »

Selon toute vrai­sem­blance, la crise éco­no­mique liée à la ré­vo­lu­tion que tra­verse ac­tuel­le­ment le pays, pré­ci­pi­tera l’is­sue de la crise. Le pré­sident ne pourra tenir sans avoir les moyens de payer les fonc­tion­naires et les sol­dats. L’aide que peut ap­por­ter l’eu­rope ou le FMI se­ront sou­mises à des condi­tions que Ia­nou­ko­vitch ne pourra re­fu­ser. Ca­the­rine Ash­ton est à Kiev le 5 fe­vrier pour ren­con­trer les di­vers pro­ta­go­nistes de la crise, en es­pé­rant qu’elle se montre à la hau­teur de la tâche.