Bruxelles

Le sommet de la croissance… et du fédéralisme!

Article publié le 28 juin 2012
Article publié le 28 juin 2012
Par Appolonia BenoistJeudi 28 juin 2012, Bâtiment Justus Lipsius à Bruxelles Ca y est, nous y sommes ! L’agitation est palpable, les journalistes du monde entier sont à Bruxelles pour couvrir le sommet européen dit «de la dernière chance», celui qui réunit toutes les attentes. Mais se transformera-t-il en sommet de toutes les déceptions ?

L’adoption du « pacte pour la croissance et l’emploi », appuyé par le Big Four (France, Allemagne, Italie et Espagne), pourrait être l’une des principales réussites de ces deux jours de négociation marathon. Mais au delà de cela s'ajoute une petite révolution dans les couloirs du sommet: le retour de l'idée de "fédéralisme"! Union politique et budgétaire, gouvernance économique, renforcement du Mécanisme Européen de Stabilité, licence bancaire… Des mots encore tabous il y a encore quelques années, voire quelques mois.

Fédéralisme ne rime plus forcément avec idéalisme.

Eh oui, le discours fédéraliste fait son retour au sein du Conseil Européen, même s'il n'avait jamais été loin. Face à l’ampleur de la crise et à l’échec de la méthode intergouvernementale, les leaders européens commencent à ré-envisager l’idée d’une intégration politique et monétaire accrues. Pour preuve, José Manuel Barroso a récemment parlé d’une Europe à deux vitesses dans laquelle la solidarité serait renforcée entre les pays à la monnaie unique. De son côté, Herman van Rompuy présentera un rapport intitulé "Vers une véritable Union économique et monétaire". Ces probables avancées dans l'intégration européenne résonnent au plus profond des cœurs et esprits des fédéralistes … Parmi eux justement, plusieurs mouvements influents dont le MEP Spinelli Group et l'Union des Fédéralistes Européens, ne ratant pas l'occasion qui se présente à eux, ont profité du sommet pour faire entendre leurs voix. Ils veulent une Europe plus fédérale, et ce, dès maintenant !

Pour reprendre une citation de la toute récente conférence de presse de Martin Schulz, une grande majorité des chefs d’Etat est consciente de la gravité de la situation, à savoir qu'ils n’ont plus le choix et qu'ils ont l'obligation de trouver des solutions concrètes à l’issue de ce sommet. Les propositions de Mario Monti telles que le renforcement du Mécanisme Européen de Stabilité et la licence bancaire seront notamment au cœur du débat.

Et les citoyens européens dans tout ça?

L’urgence de la crise prend malheureusement le pas sur l’une des bases de la démocratie : la consultation du peuple. Ces derniers temps, de nombreuses décisions ayant un impact direct sur les citoyens européens ont été prises de manière unilatérale par la Commission, le Conseil, la BCE… Tout cela manque cruellement de légitimité démocratique et ne cesse d’alimenter les rancœurs anti-européennes. Avec cet énième sommet de la dernière chance, les enjeux sont donc nombreux : réussir à s’accorder à 27 pour (enfin !) trouver des solutions durables à la crise, mais aussi associer le peuple à la réécriture du projet européen en lui expliquant ce qui est entrepris et pourquoi 9a l'est. Car il ne faut pas oublier que cette crise n’est pas seulement financière, elle est aussi démocratique.