Bruxelles

Le lobbying européen: un univers opaque en manque de régulation

Article publié le 23 novembre 2012
Article publié le 23 novembre 2012
Par Pauline Maroy La conférence a d’abord débuté par une projection du documentaire « The Brussels Business », de Matthieu Liétaert et Friedrich Moserqui offrant une première approche du phénomène du lobbying.
Dans le documentaire il est avancé que les institutions européennes sont devenues aujourd'hui la source d'environ 80% des lois affectant la vie quotidienne de plus de 500 millions d’Européens. Le film soulève la question suivante: qui dirige l’Union Européenne ? Il remet en question le rôle grandissant des acteurs privés, c’est-à-dire les lobbies dans la création et l’écriture des lois européennes. Il y aurait 15 000 lobbyistes dans le quartier européen tentant d’influencer les décisions prises à Bruxelles. Ils agissent pour le compte de multinationales, du secteur automobile, de banques, etc. Le film interroge la légitimité du système actuel : est-il encore démocratique ?

Matthieu Liétaert, l’un des réalisateurs du documentaire mais aussi Docteur en science-politique, était présent ce soir-là. Il a appuyé ce propos en ajoutant qu’il existe un déséquilibre entre les groupes d’intérêts établis à Bruxelles: «75 % des intérêts défendus sont commerciaux. Seulement 10 % des intérêts sont défendus par des ONG et 5 % par des syndicats. Dans un vrai débat démocratique, il y a un problème. »

Suite à la projection du documentaire, l’intervenante Amandine Crespy, professeure à l’Institut d’Etudes Européennes de l’ULB, a voulu replacer le rôle des lobbies au sein d’une vision plus large:

Quand on regarde le film, on en vient à penser que le pouvoir des lobbies serait très important dans l’UE. Mais en fait, le modèle du lobbying est fort utilisé, notamment aussi aux USA. » Et elle pose la question : « Est-ce très différent au niveau national ? Non, par exemple, voyez l’influence du patronat en Belgique.

A quoi servent les lobbies ?

Autour de la table, était présent , lobbyiste à l'. Il explique son job: , porte-parole du député européen PS Marc Tarabella, a abondé dans ce sens : Emmanuel Foulon a donné l’exemple du qui représentait une menace pour la liberté d’expression en ligne. Le parlement européen a voté contre ce traité en juillet dernier, grâce à l’initiative d’un groupe d’intérêt citoyen qui a réussi à influencer la décision. L’influence de ce genre de groupes d’intérêt est donc aussi possible.

Pascal KerneisEuropean Services forum

L’essentiel de mon travail n’est pas de faire pression. Ma tâche est d’informer mes membres inquiets de la nouvelle loi européenne, pour qu’ils sachent comment ils vont gérer leur entreprise, ce qu’ils vont devoir changer». Quant aux rapports entre les élus et les lobbies, il signale que « les députés ont besoin de faire appel à nous pour connaître un sujet et avoir de l’information venant d’experts.

Emmanuel Foulon

Un lobby est un vecteur, une source d’information pour les parlementaires, durant les différentes phases de la création de la loi comme l’écriture et les votes. Le lobby donne les avantages et les désavantages. Il permet aux élus d’avoir différents avis sur un sujet». Un groupe de pression n’est donc, selon lui, à la base pas mauvais et ferait avancer les choses.

traité anti-contrefaçon ACTA

Mais pour Amandine Crespy, une telle mobilisation publique n’est souvent pas le cas car il y a un manque d’intérêt de la part des médias nationaux pour les questions européennes : « (commerciaux NDLR)

Tant qu’on ne parle pas d’Europe, la mainmise des groupes d’intérêts sur les lois est plus facile ».

Selon Emmanuel Foulon, «  ». Par exemple : des lobbies offrent des cadeaux ou proposent des pots de vin aux élus. « Mais il note que ».

le problème, c’est que le nom du lobby a été sali par des lobbies qui ne sont pas intègresSi les hommes et femmes politiques sont intègres et prônent l’intérêt général, tout ira bien. » « les lobbies devraient travailler dans la transparence

Cette tendance apparaît clairement au cours de la conférence chez plusieurs interlocuteurs. Pour Matthieu Liétaert, il faut plus de règles: « ».

Le lobbying existera toujours mais il faut le réguler. Il est soumis à trop peu de règles 

Pour Yorgos Vassalos, membre du , si l’idéal serait d’ «et d’  », il a une de comment avoir un système régulé et plus transparent. Premièrement, en instaurant un registre obligatoire pour les lobbys dotés d’un budget. Il serait accessible en ligne au public. Ensuite, en publiant une liste des réunions qui ont eu lieu entre les lobbies et les fonctionnaires de la Commission européenne. Finalement, en créant un équilibre entre les différents types d’intérêts présents lors des groupes de travail : ceux des entreprises privées et ceux défendant des intérêts publics (ONG, syndicat).

Corporate Europe Observatoryen finir avec l’Europe des lobbies » « arrêter la course néo-libérale prônée par ceux-ciidée très claire

Pour ce qui est du , il en existe bien unMais les lobbies s’y enregistrent de manière volontaire. Emmanuel Foulon souligne que «  ». Pascal Kerneis, lui, revendique le fait que European Service forum soit enregistré dans ce répertoire: «  ».

registre des lobbies. 75% des lobbys n’y sont pasJ’ai toujours essayé d’être le plus transparent possible. Nous n’avons rien à cacher

Ce qu’on peut aussi retenir de cette conférence, en plus de la nécessité d’une plus grande régulation, c’est un portrait assez pessimiste de l’Europe actuelle : Les médias nationaux s’en désintéressent, ils préfèrent se concentrer sur l'actualité du pays. Par ailleurs les élections européennes sont de moins en moins populaires. Et Pascal Kerneis de constater que: «  », avant d’ajouter : « . » A bon entendeur…

L’Europe, c’est un projet fantastique mais il n’y a plus assez de gens qui y croient.Il faut la défendre