Bruxelles

« La Pride, c’est plus qu’une simple fête ! »

Article publié le 8 mai 2015
Article publié le 8 mai 2015

La Pride belge fête ses 20 ans et elle le fait en grande pompe ! Durant deux semaines, du 1 au 16 mai, plus d’une centaine d’activités se succèderont lors du festival qui se conclura par la Pride Parade. Nous avons interviewé Alan De Bruyne, un des organisateurs de la Pride, afin de découvrir ce qui se cache derrière ce grand événement. 

Selon le rapport annuel de l’ILGA-Europe, la Belgique est le deuxième pays le plus respectueux d’Europe en matière de droits et d’égalité de la communauté LGBT (lesbiennes, gays, bisexuels et transsexuels). D’autres pays sont à la traîne et certains droits doivent encore être réclamés et d’autres défendus. Ne serait-ce que la semaine dernière, la Cour de justice de l’Union européenne a autorisé les États membres à interdire le don de sang des homosexuels. Il reste donc encore du chemin à parcourir, mais en mai, Bruxelles sera habillée aux couleurs de l’arc-en-ciel ! Alan De Bruyne nous explique tout le travail qu’il y a derrière cette fête et nous détaille les différents problèmes auxquels il a fait face ainsi que les principales revendications du mouvement cette année.

Cafebabel : Deux semaines pleines d’événements, dont des ateliers, projections, conférences, concerts ou encore de l’art mural, du théâtre et la Pride Parade. Combien de personnes travaillent à l’organisation de la Pride et comment ont-elles réussi à établir un tel programme ?

Alan De Bruyne : Nous sommes une équipe de trois personnes et cela représente une année de travail. Toutefois, la préparation de la Pride se base surtout sur le réseau : il faut connecter des groupes, des personnes, des organisations. Plus d’une centaine d’activités sont programmées mais la plupart seront organisées par d’autres organisations. Notre rôle est d’essayer de les connecter et ainsi de créer une grande plate-forme. Si nous devions compter toutes les associations et organisations avec lesquelles nous travaillons, nous arriverions facilement à 200. En ce qui concerne la parade, nous travaillons également avec VisitBrussels, qui se chargera de la sécurité et de la logistique. Ensuite, il faut évidemment prendre en compte l’ensemble des volontaires présents ce jour-là et qui sont indispensables. Donc nous serons environ de 200. 

Cafebabel : Tout ce travail sera finalement récompensé par un grand nombre de visiteurs. En 2014, 100.000 personnes ont participé à la Pride Parade. Vous vous attendez de nouveau à un tel chiffre ? Quel impact a la parade sur le public ? 

Alan : L’année dernière, nous n’arrivions pas à y croire. Il y a cinq ans, nous étions 20.000 personnes. C’est une évolution incroyable ! C’est vrai que le temps doit y être pour quelque chose, car il faisait aussi beau qu’en été et les gens ont apprécié se balader dans la rue par un temps pareil. Pour rigoler, je dis parfois que « Dieu doit être gay » car nous avons toujours du beau temps lors de la parade ! En tout cas, nous espérons attirer autant de monde cette année. Je pense que la raison de cette augmentation aussi rapide de la fréquentation est que les gens qui ont des préjugés et qui ont besoin d’une raison ou d’un coup de pouce d’un ami pour assister à l’événement finissent par le faire et changent leur manière de penser. Tout simplement car c’est amusant et que l’ambiance est agréable et accueillante ! Mais c’est clair que s’il pleut, ça sera moins drôle...

Cafebabel : Quel est le principal problème auquel vous faites face ? 

Alan : Même si ce n’est peut-être pas la réponse espérée, la plus grande difficulté de l’organisation de cet événement est le fait qu’il ait lieu au cœur de la ville. Il faut vraiment penser à tout ! La communauté LGBT est aussi diversifiée que la société elle-même. Nous travaillons avec tout le spectre de la société. Des familles, la communauté LGBT, des hommes politiques, des voisins, des commerçants, des organisations partenaires… Il est difficile de satisfaire tout le monde car chacun voit cet événement comme 'sa' Pride. C’est comme ça que ça se passe, mais parfois cela crée des problèmes. Par exemple, il arrive que la communauté gay ne s’identifie pas aux travestis. Pourtant, eux aussi font partie de notre communauté et ils ont été parmi les premiers à sortir dans les rues pour réclamer leurs droits. 

Cafebabel : Que pensez-vous des médias et de la représentation qu’ils donnent de la communauté LGBT ? 

Alan : Je pense que la situation s’est bien améliorée. Il y a quelques années, on pouvait uniquement trouver des images de la Pride montrant une fête folle, pleines de clichés. Évidemment, il y a un moment où l’on fait la fête. La Pride est non seulement une fête, mais c’est également la plus grande manifestation de la communauté LGBT. Au cours des dernières années, on a pu voir des interviews avec des parents ou des enfants de la Pride participant à différentes activités, et pas uniquement la fête. Ainsi, un enfant peut se retrouver chez lui et voir la Pride à la télévision. Cela peut lui donner l’occasion d’en parler avec ses parents et de leur exprimer ses doutes. 

Cafebabel : Pensez-vous qu’en Belgique et en Europe, la société est consciente de la différence entre orientation sexuelle, identité de genre et expression sexuelle ? Ainsi que les réalités auxquelles ces concepts différents font référence ? (Pour plus de précision, consultez ici)

Alan : Nous avons parcouru un long chemin. Aujourd’hui, les gays et les lesbiennes sont largement acceptés à condition qu’ils se comportent normalement, c’est-à-dire selon les standards « classiques ». Cependant, il y a encore beaucoup de travail de conscientisation et d’acceptation à réaliser au niveau de l’identité de genre. C’est la raison pour laquelle nous avons décidé de dédier une journée complète à ce thème, le « Gender Pride ». Ces préjugés existent au sein même de la communauté LGBT !

Au niveau européen, regardez ce qu’il se passe en France (manifestations contre le mariage entre deux personnes du même sexe et l’adoption pour ce genre de couples). Un ami à moi a deux mères. Il a pleuré de peine lorsqu’il a vu ces revendications en France. Lors de ces manifestations, des gens exprimaient lors opposition aux couples homosexuels et au fait qu’ils puissent adopter des enfants. En fait, ces gens criaient des slogans contre les mères de mon ami !

Cafebabel : Comment peut-on changer les conceptions par rapport à ce qui est « normal » pour un homme ou une femme ? 

Alan : Nous avons besoin de personnes qui montrent l’exemple. Par exemple, il est difficile d’admettre publiquement son homosexualité dans le monde du football. Je connais certains joueurs gays et seulement quelques uns l’ont annoncé publiquement une fois leur carrière professionnelle terminée. Cette situation ne transmet de message positif pour le reste de joueurs encore en activité. Nous avons besoin de personnes courageuses qui puissent inspirer les autres. 

Cafebabel : Dans votre manifeste, vous demandez au gouvernement de revoir le plan interfédéral contre l’homophobie, la lesbophobie et la transphobie qui a pris fin en 2014. Vous déclarez que « le gouvernement doit faire les changements nécessaires pour mener à bien les actions promises ». S’agit-il d’un problème de budget ou de mise en œuvre ? 

Alan : Je dirais les deux. Il est important de tenir compte du fait que ce plan a été mis en place par l’ancien gouvernement. Mais il est évident que si l’on ne dispose pas de suffisamment d’argent pour le mettre en application de manière efficace, tout cela reste inutile et ce plan ne restera qu’un ensemble de bonnes intentions. Nous réclamons par exemple une modification de la loi belge sur la transsexualité. Aujourd’hui, si une personne souhaite changer son registre d’identité, elle doit encore se soumettre à une évaluation psychologique et médicale. 

Cafebabel : Un autre point central de ce manifeste concerne malheureusement les agressions verbales et physiques. Selon une étude réalisée en 2014 par l’Université d’Anvers, 90% des membres de la communauté LGBT en ont souffert au cours de leur vie. En Belgique, les responsables uniquement sanctionnés par des amendes qui varient entre 50 et 250€ s’ils sont mariés. Comment peut-on améliorer cette situation ? 

Alan : Toutes les formes d’agression sont condamnables. Malheureusement, je n’ai pas la réponse à cette question. Si je l’avais, je gagnerais le prix Nobel de paix ! J’ai moi-même subi une agression l’an passé après la parade lorsque j’étais dans la rue avec mon partenaire. La police patrouillait près de l’endroit où nous nous trouvions et ils ont pu arrêter les agresseurs. Mais aujourd’hui, un an après l’incident, il ne s’est toujours rien passé. La justice est trop lente et envoie un mauvais message à ce genre de personnes. Le plan Interfédéral est précisément un outil destiné à remédier à cette situation.