Bruxelles

La politique étrangère de l’UE sacrifiée?

Article publié le 19 octobre 2012
Article publié le 19 octobre 2012
Par Jeanne Heuré (en direct du Sommet) Photo par Milena Milic Nous attendions de la part des chefs d’Etats qu’ils avancent sur le dossier de la Syrie, du Mali, de la Chine et de l’Iran. À l’issue du sommet européen, qu’en est-il ?

Encore et toujours de l’économie

Le deuxième jour du sommet, au lieu de se concentrer sur les questions de politique étrangère, les Etats membres de l’Union ont décidé d’évoquer le sujet initialement prévu à l’agenda pour le premier jour : l’évaluation du Pacte pour la croissance et l’emploi adopté en juin 2012. Si les chefs d’Etat et de gouvernement n’ont fait que corroborer le rapport qui avait été diffusé par la Commission européenne la veille de la réunion européenne, ils ont pourtant accordé une importante partie de leurs négociations à ces questions d’ordre économique, ainsi qu’à la mise en place de la taxe financière. Ce sommet n’était pas un sommet de la dernière heure, c’était une réunion constructive entre les décideurs politiques mais elle n’a pas permis de discerner la position stratégique de l’Union européenne sur les questions de politique étrangère.

L’UE ou l’art d’adresser les tensions internationales par la parole.

L’actualité internationale est brûlante. Le conflit en Syrie continue de peser sur les débats intergouvernementaux, au point que l’OTAN a été mobilisée en session extraordinaire au nom de l’article 4 prévoyant la solidarité des Etats membres en cas d’attaque, suite aux récents incidents avec la Turquie. Au Mali demeure un danger majeur pour ses populations civiles et la stabilité régionale. L’Iran nourrit toujours autant d’inquiétude. La Chine attend une réponse quant à sa reconnaissance comme une économie de marché sur la scène du commerce international et aimerait la levée de l’embargo contre la vente d’armes. Au moment où le prix Nobel de la paix est attribué à l’Union européenne, une seule question nous taraude donc : quelle est la position de l’UE sur l’échiquier stratégique international ? Peu de réponses pertinentes émanent du sommet européen. Concernant la Syrie, l’Union des 27 est unanime, certes, mais ‘unanimité’ rime ici avec ‘superficialité’. Seules les grandes déclarations font consensus, aucune idée nouvelle n’est apportée. Tout comme pour la Syrie, la question malienne semble dépendre du Conseil de sécurité de l’ONU : dans ce cas, il faut attendre une seconde résolution pour intervenir sur place. La discussion sur la Chine entre les décideurs politiques a ignoré les points de litige politique et économique pour simplement promouvoir le rééquilibre des échanges commerciaux et des investissements mutuels. Quant à l’Iran, rien à signaler.

Et la politique étrangère de l’UE dans tout ça ?

L’Union européenne est-elle cantonnée à un rôle discursif ? Il est évident que la politique étrangère n’est pas le point fort européen. Comme cela a souvent été mentionné, ce volet est un sujet sensible pour lequel les Etats n’ont pas encore accepté de déléguer de fortes compétences à l’échelle supranationale. L’unanimité est de rigueur dès lors qu’il s’agit de prendre une décision contraignante et ces dernières sont limitées par l’étroitesse de la marge de manœuvre européenne qui n’a pas de force régionale et peine à aboutir à des positions communes. Pourtant, le second pillier de l’Union ne cesse de se développer depuis plusieurs années. L’accord de Saint-Malo entre la France et la Grande-Bretagne visant à établir une capacité d’intervention autonome de l’OTAN ou, plus simplement, la création de la fonction de Haute représentante pour les affaires étrangères et la politique de sécurité de l’Union européenne sont des indicateurs de renforcement de la politique étrangère européenne. Pourquoi les chefs d’Etat et de gouvernement se sont-ils alors montrés si distants vis-à-vis des enjeux qui menacent l’ordre international ? Durant ce sommet, la question de la sortie de la crise a été d’une importance primordiale et a empiété sur l’agenda des questions d’ordre « étranger ». Parce que l’avenir de l’intégration européenne dépend de la résolution de la crise actuelle, la question de la visibilité de l’UE sur la scène mondiale en tant qu’acteur majeur des relations internationales a été mise de côté, et même sacrifiée, au profit de la question de l’économie interne. Affaire à suivre.