Bruxelles

Jouer dans la rue : casser la voie

Article publié le 4 octobre 2017
Article publié le 4 octobre 2017

Daniela Iezzi se définit par ses choix. Cet jeune italienne a commencé à jouer de la musique dans les rues de Berlin avant de voyager dans toute l'Europe pour répandre l'amour. Cette expérience lui a appris à sortir de la dépression et à donner du plaisir. Interview.

Cafébabel : Depuis combien de temps joues-tu dans la rue ?

Daniela Iezzi : J’ai commencé il y a seulement trois ans lorsque j’étais à Berlin, j'avais alors 36 ans. L’année d’avant, j’avais mis fin à une relation toxique qui a duré 8 ans. Jusqu'alors, j'avais mené ce que l’on pourrait appeler une vie normale – pour un musicien du moins : j’enseignais la musique dans une école depuis 14 ans et je chantais avec quelques groupes. Au départ, j’avais prévu d’aller à Berlin  avec une amie pour deux semaines après ma rupture. Mais entre-temps elle a trouvé un job à Londres, j'ai donc décidé d'y aller seule. J'ai pris mon sac à dos et j'ai dormi dans une auberge de jeunesse pour la première fois de ma vie.

Cafébabel : Qu'est-ce qui t'a donné envie de chanter dans la rue ?

Daniela Iezzi : À Berlin, il est incroyable de voir autant de musiciens jouer dans la rue. Par à un heureux hasard, j’ai rencontré Ricardo Moretti, un artiste de rue italien célèbre pour son projet Tribal Need. Il m’a raconté combien sa vie avait changé dans les 15-20 dernières années, depuis qu’il a commencé à jouer dans les rues. C’est à ce moment-là que je me suis dit : « Je veux vivre cette vie. Je veux voyager et être libre, avoir la possibilité de rencontrer des gens qui peuvent m’aider à faire évoluer ma musique ». Lui, m’a dit : « Si tu as un projet en rapport avec la musique, c’est la façon la plus simple de le faire connaitre. Achète une batterie de voiture, un onduleur, un haut-parleur et c’est parti ! ». Je suis donc rentrée à Rome, et j'ai tout achetéJ'ai ensuite décidé de revenir à Berlin l’année suivante pour essayer de jouer dans la rue. Quand je suis revenue, les premiers mois ont été difficiles, mais je n'ai pas abandonné. Je ne parlais pas anglais, donc j'ai dû apprendre à m'exprimer.

Cafébabel : De quoi parle ton projet, Meccanismi ?

Daniela Iezzi : Meccanismi est un projet plein de sentiments personnels. Il a beaucoup changé au fil des années. J’ai effectué une première version en 2011. Avec l’aide d’un ingénieur du son, Andrea Mazzuco, nous avons enregistré et mixé 10 chansons, sur une période de deux ans et demi. Le tout dans mon petit appartement de 14m2 à Rome. J'ai décidé de faire cet album pour moi parce que j'avais besoin d'exprimer ma fragilité, mes faiblesses, sans aucune peur. Je voulais me mettre à nu - littéralement parlant ! Cet album a servi de décharge émotionnelle, pour moi mais aussi pour les autres. Nous sommes tous des êtres vivants avec des mécanismes psychologiques similaires. Ce n'est pas un secret, mais c'est mieux si on intéragit avec d'autres personnes, si on demande de l'aide quand on en a besoin. J'ai décidé d'écrire 10 chansons à propos de cela.

Cafébabel : Comment le projet est né et a évolué ?

Daniela Iezzi : J'ai créé la première version en 2011 après une longue période de thérapie et une longue carrière en tant que chanteuse et professeure. Le premier album a été enregistré avec mes claviers, ma guitare et d’autres petits instruments. Au départ, je me suis retrouvée bloqué sur le projet, puis j'ai rencontré Ricardo Moretti à Berlin. C'est le moment où cela m'a frappé. Jouer dans la rue me permettait de diffuser ma musique et d'être indépendante. C'est aussi comme ça que Mecannismi a complètement changé. J’ai réarrangé huit chansons de l’album original, seulement avec le looper et j’ai commencé à jouer dans la rue à Berlin. Les gens étaient attirés par ma musique et j’ai senti qu’il était possible que le truc prenne de l'ampleur, tout en sachant qu’il fallait y aller pas à pas. L'année dernière, après avoir chanté dans les rues de Berlin pendant 5 mois, j'ai décidé de partir faire le tour de l'Europe.

Cafébabel : Quels sont les moments du voyage qui t'ont le plus marqué ? 

Daniela Iezzi : Quand tu voyages, tu fais face à différentes situations. Plein de pensées te traversent et tu peux apprendre beaucoup de chaque personne et de chaque situation. J’ai eu de très belles expériences à Cologne, parce qu’en tant que musicien de rue, tu peux vraiment être plus concentré là-bas. La police n'intervient jamais, elle t'explique juste quelques règles : tu peux jouer tous les jours mais tu dois simplement t'arrêter toute les demi-heures et changer d’endroit. Tandis qu'à Berlin par exemple vous prenez souvent des risques parce que la performance de rue n'est pas bien encadrée.

J'ai connu une autre belle expérience à Ljubljana, où un homme nous a accueillis (Daniela et son conjoint Jonathan voyagent ensemble, ndlr) dans sa maison en centre ville pendant cinq jours. Et gratuitement ! Simplement parce qu’il avait écouté notre musique, et m’avait un peu questionné sur le projet. Quand je lui ai expliqué l’aspect psychologique, il a vraiment été touché. J’en suis venue à la conclusion que parfois les gens vous offre de bonnes choses parce qu’ils ressentent une sorte de connexion. Ils sentent que tu es honnête dans ta manière de vivre. 

Cafébabel : Quels conseils donnerais-tu à quelqu'un qui voudrait commencer à jouer dans la rue ?

Daniela Iezzi : Je lui dirais : « Fonce ! ». Il découvrirait de nombreuses choses, d'abord sur lui-même mais aussi sur tous ceux qui l'entourent. C'est la seule façon de reconsidérer sa vie aujourd'hui. Parfois, tu penses que ta vie est horrible, mais tu ne vois pas souvent ce qui se passe à l’extérieur. J’ai rencontré des gens avec de vrais problèmes, mais je pense à eux tous les jours parce qu’ils m’ont appris quelque chose. C’est la meilleure partie de ce travail. 

Cafébabel : Quels sont tes rêves pour le futur ?

Daniela Iezzi : Je fais d'ores et déjà ce que j'ai envie de faire. J'ai réalisé mes rêves. Il y a quatre ans, jamais je n'aurais imaginé devenir ce genre de femme qui voyage partout avec son chariot de 50kilos ! J’étais dans un tout autre état d’esprit complétement différent, j'étais enseignante à l’école de musique et j’avais une vie normale.

L'idée, c'est de continuer mon projet. Je veux me procurer davantage de matériel et bosser encore plus dur sur le son jusqu'à ce qu'il reflète parfaitement ce que j'ai en tête. Cet hiver, je veux travailler sur de nouveaux morceaux et diffuser mon projet. J'aimerais aussi avoir la possibilité de trouver un producteur qui pourrait faire connaître ma musique dans le monde entier.

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