Bruxelles

Je suis Charlie, et après? 

Article publié le 27 janvier 2015
Article publié le 27 janvier 2015

Les récents attentats contre Charlie Hebdo et de façon plus large envers les fondements de la démocratie et de la liberté d’expression nous obligent à nous interroger sur la dynamique sociale au sein de notre pays. Sans établir de corrélation directe et sans excuser ces événements tragiques et odieux, nous souhaitons ici poser les bonnes questions. Comment en sommes-nous arrivés là ?  

La France et  l’Europe se sont unies autour des valeurs de la liberté. Cette dynamique doit être un électrochoc intellectuel pour discuter et si besoin redéfinir la construction sociale. La transmission des valeurs communes et économiques, qui ont nourri nos sociétés du 20e siècle, sont-elles aujourd’hui adaptées à nos attentes contemporaines ? Décryptage selon Werner Latournald de Politicus.

Nous sommes tous Charlie ?

Jamais depuis la libération la France n’avait connu un tel rassemblement et une telle solidarité populaire autour d’une même cause. Le numéro 1178 de Charlie Hebdo restera comme un symbole de solidarité et de tolérance à la fois pour la France mais également pour la communauté occidentale internationale. Ce numéro historique de Charlie Hebdo, en rupture de stock dès les premières heures, est celui de la résurrection et du rassemblement laïc. Un engouement d’une telle ampleur est positif mais également critiquable puisqu’il ne se manifeste que dans l’excès. Ainsi, au delà de l’effet d’aubaine et de la revente spéculative sur Internet, que restera t-il une fois l’effet de « mode » passé ? N’est ce pas une occasion unique de prendre le recul nécessaire pour redéfinir ensemble nos priorités républicaines ?

Parallèlement le monde musulman avec à sa tête le Pakistan, l’Iran et l’Afghanistan, a eu des réactions virulentes envers le journal satirique. En effet, la justice turque a interdit la une du numéro 1178. Ces mouvements contestataires qui sont bien réels, mais disparates selon la zone géographique, confirment que la ligne éditoriale de Charlie Hebdo est source de clivages et peut parfois choquer. Ainsi, l’enjeu de ce siècle comme le suggère le philosophe controversé Tariq Ramadan, est de proposer une lecture de l’islam compatible aux sociétés laïques et démocratiques à la lumière des défis contemporains.

Des mesures sécuritaires mais encore ?

Ce drame sera l’occasion d’assister au renforcement de la cellule anti-terroriste. À mesure que les mesures sécuritaires seront rehaussées, la liberté sera restreinte. Quel paradoxe qu’un rassemblement pour la liberté ait pour conséquence la restriction de celle-ci… À ce propos, la ligue des droits de l’Homme nous alertait récemment sur les risques liés au durcissement des conditions législatives :

« Le peuple de France est descendu dans la rue pour dire non au terrorisme et défendre les libertés. L’un et l’autre… C’est un mensonge de prétendre que les dramatiques événements que nous venons de vivre seraient la conséquence d’une insuffisance législative. »

Mais cela règle t-il le problème ou le masque-t-il ? En effet, le fait que des enfants de la République se retournent contre elle n’a t-il rien de plus à nous enseigner? Il est impensable qu’aujourd’hui encore, avec le système fiscal que nous avons, nous ne puissions réduire durablement l’extrême pauvreté sociale. La politique française actuelle bloquée dans ses codes et structures institutionnelles datant du 20e siècle ne répond plus aux attentes démocratiques contemporaines. Encore une fois, il n’est pas question d’excuser ces causes perdues de la République qui se sont tournées vers le terrorisme. En revanche il serait intéressant de savoir quand ceux-ci se sont perdus. À quel moment le lien a-t-il été rompu ?

Si l’emploi n’est pas une variable d’intégration sociale alors le débat croissance/terrorisme n’a pas lieu d’être. En revanche, si l’on souhaite faire en sorte que ce drame, que certains appellent « le 9/11 français », puisse nous faire grandir en tant que Nation, la question mérite d’être posée. La construction d’un  « plus jamais ça » passe par un diagnostic complet de notre moule sociétal républicain. Cette dynamique doit être constituée à un niveau supranational reflétant les valeurs démocratiques et de développement souhaitée par l’UE et qui peuvent constituer un bloc conditionnel sur lequel construire. Nous pouvons ainsi établir le socle d’un peuple non pas d’une nation, mais surtout d’une Europe, qui vient de trouver un dénominateur commun suffisamment solide pour bâtir. Bâtir et améliorer ce que les deux guerres mondiales nous ont appris à défendre : le rejet de la tyrannie et la défense de la liberté. L’ensemble du Monde occidental s’est rassemblé pour partager notre peine et supporter cette cause, ces valeurs. Son ensemble ? Sauf M.  Obama.

Être né en France, c’est une responsabilité si vous souhaitez réussir dans quelques domaines que ce soit; cuisine, littérature, art, mode, sport, etc. les plus grands ont déjà inscrit leurs noms. En revanche cette responsabilité, une fois acceptée, nous forcera toujours à nous dépasser. Nous nous inscrivons dans les pas de ceux qui ont fait de la France un pays si respecté et observé à travers les yeux du monde.

« Nous sommes les ambassadeurs de cette Histoire, de cette pensée qui a fait de nous un peuple respecté de tous. Parce que Voltaire, Montesquieu, Rousseau, ont pris le temps de réfléchir à notre avenir. Comme nous réfléchissons à celui de nos proches en nous réunissant autour de cette cause. »

Le rassemblement du 11 janvier, le plus grand depuis la libération, nous a rappelé pourquoi nous pouvions être fiers d’être français. Lassana Bathily, le héros musulman de la prise d’otage de l’Hyper Cacher de la Porte de Vincennes, est le symbole d’une France solidaire, laïque et libre. De nombreuses initiatives citoyennes ont vu le jour pour qu’il obtienne la nationalité française ainsi que la légion d’honneur. Aujourd’hui, la France suscite une attention extraordinaire. Cette attention pour savoir comment la plus vieille civilisation démocratique va se sortir de cette impasse. Va t-elle profiter de cette occasion pour briller ? Nous pouvons affirmer notre statut de nation démocratique, et ce pour l’éternité. Alors s’il est dur d’assumer ce statut de français, croyez bien qu’il est encore plus dur d’assumer le statut démocratique d'européen. L’affirmation des valeurs de laïcité et de démocratie doit passer par un niveau permettant d’asseoir géopolitiquement une pensée européenne à l’échelle du monde.

Cette réflexion n’a pas la prétention d’établir une quelconque vérité, simplement de poser des questions qui peuvent nous aider à vivre ensemble dans un pays qui nous appartient tous. Une fois cette interrogation satisfaite, projetons-nous dans la société de demain que nous allons bâtir à la force de la volonté. Je suis Charlie restera longtemps dans nos livres d’histoire et nous pourrons tous dire que cette histoire est la nôtre. Cette communion émotionnelle nationale, européenne, mondiale autour de ce qui est de plus cher à nos yeux : le droit de penser librement. Le ciment d’une société doit prendre en compte la variable économique et la capacité d’intégration par l’emploi. Aujourd’hui, avec ou sans diplôme, les perspectives sont infimes sans exode pour les Européens les plus chanceux (cf. « L’emploi des jeunes on en parle? » ).

La France doit redevenir ce que le monde entier attend de nous. Nous avons l’opportunité de refonder notre société sur des grands axes tels que l’emploi, le progrès, la liberté, et la démocratie. Le chômage des jeunes est l’un des plus grands maux de nos sociétés contemporaines. Politicus vous présente à point nommé sa première initiative citoyenne : l’ OPCV.