Bruxelles

Histoire semi-sérieuse des referendums oubliés

Article publié le 6 octobre 2017
Article publié le 6 octobre 2017

Les gens se plaignent toujours  qu’« on » ne les consulte pas assez. Mais peut-être y a-t-il une bonne raison à cela ?

Le référendum catalan nous aura rappelé qu'exprimer son opinion en 2017, même dans une démocratie européenne, peut très mal finir. En ordonnant aux forces armées d'intervenir ce dimanche 1er octobre, le Premier Ministre Mariano Rajoy aura payé au référendum catalan un aller simple pour les livres d'histoire.

D’autres referendums sont en revanche tombés dans l'oubli, car contrairement à ton pote sévèrement imbibé de samedi dernier, la démocratie directe à ses limites.

Alcool interdit au-delà du Mur

Au début du 20ème siècle déjà, les islandais étaient hyper conscients des problématiques de santé publique. En 1908, ils ont été appelés aux urnes, afin de régler la question de l’alcool. Interdiction pure et simple des importations : pour ou contre ? Mais après quelques années de vaches maigres et de protectionnisme farouche, le peuple "au-delà du Mur" est finalement revenu à lui-même, et un nouveau référendum infirmait le premier. Pour l'anecdote, l'Espagne a joué un rôle majeur dans ce retournement de situation : réagissant à une chute des exportations de vin vers l'Islande, le gouvernement a boycotté les diplomates islandais, jusqu'à ce que le pays craque et légalise enfin le vin.

Le côté obscur de la route

En 1955, un référendum organisé en Suède s'est opposé à la proposition faisant passer le sens de circulation du côté droit de la route (jusque-là, on conduisait à gauche sur les routes suédoises, ndlr). Le referendum a fait un flop avec une participation à 53,2% et la proposition a été refusée par 15,5% des votants. Huit ans plus tard pourtant, sous la pression du Conseil de l'Europe et du Conseil nordique, le Parlement a fini par approuver le projet de loi. En Suède, on conduit donc officiellement à droite depuis le 3 septembre 1967, jour qui marquait le début d’un joyeux bordel sur les routes.

Nom d'une pipe

Avec la réorganisation de la carte administrative en France, une question importante, voire cruciale s'est posée : comment la nouvelle région qui venait de naitre au Nord de Barcelone allait-elle s’appeler? Issue de la fusion des régions Languedoc-Roussillon et Midi-Pyrénées, l'entité administrative toute neuve dut se choisir un nom et les habitants furent immédiatement appelés à donner leur avis. Par chance, c’est l’appellation historique d"Occitanie" qui a remporté l’adhésion populaire, et "Languedoc-Roussillon-Midi-Pyrénées-On-Adore-Les-Noms-A-Rallonge" n'a pas été retenu. Au grand soulagement des agents administratifs de la région. Elle est où Jeanne ?

Qui veut prendre la place du Prince de Serboga ?

Le petit village de Serboga, sur la côte italienne, tout proche de la frontière française, revendiquait son indépendance depuis 1963. A la mort du prince Giorgio Ier, son successeur le prince Marcello Ier a été mis au défi par un simple roturier, Mark Dezzani, qui se proposait de devenir le nouveau seigneur local. Meilleure façon de régler la dispute ? Vous l’avez deviné. En avril 2017, les 315 habitants du hameau ont été appelés aux urnes. Taux de participation : 90%. Votes en faveur du prince Marcello Ier : 75%. Taux d’utilité : 2%.

Last call for alcool

Le 9 mars 1949, les néo-zélandais durent se prononcer sur une question d’une importance capitale. Quid des horaires dans les bars d'hôtels : devaient-ils continuer à fermer à 18h, ou devait-on leur permettre de servir jusqu’à 22h? Bizarrement, le changement a été refusé par 75,5% des votants. Mais cette décision n'a pas duré : en 1967, un nouveau référendum est venu infirmer le précédent, permettant aux hôtels de servir les brandy de ces messieurs, même après la tombée de la nuit. Et cette fois, l'Espagne n'y était pour rien.

Les gondoles à Venise

En 2014, des groupes nationalistes vénitiens ont organisé un référendum d'indépendance en ligne, qui rencontra un franc succès. Bien sûr, les autorités avaient condamné cette procédure contraire à la constitution, mais le vote a quand même conduit à l'instauration "imaginaire" de la Troisième République venitienne. Spoiler : ça n'a pas super bien marché. Mais l'histoire ne s’arrête pas là : le 22 octobre prochain, les citoyens vénitiens seront à nouveau appelés à se prononcer sur l'autonomie de leur région. Bon, ce second référendum aura quand même perdu un peu de son panache. Même en cas de victoire, ne comptez pas sur l'arrivée d'un nouveau Doge au Palazzo Ducale.

Les champions

Les Suisses sont incontestablement les champions du monde toutes catégories de la démocratie directe. Des citoyens s'inquiètent des effets négatifs de l'urbanisation ? Référendum. Les  mosquées et leurs minarets troublent le paisible paysage (et les esprits conservateurs) du bon peuple de Suisse? Et allez, ça part en vote. Dernier cas de référendumite aïgue : l'extension de la période de congés annuels de 4 à 6 semaines. Pour tous. Pour avoir plus de vacances. Faire la fête et aller à la plage, tout ça, tout ça. Insoutenable suspens sur le résultat du vote, donc.