Bruxelles

Gaz de schiste en Europe : une bombe à retardement dans l’arrière-cour de l’Union Européenne

Article publié le 1 juin 2011
Article publié le 1 juin 2011
Par Thomas Mougey, traduit par Nelly Collet Quelle est cette « chose » si mystérieuse et pourtant si puissante ?« Le gaz de schiste change la donne » comme l’a prédit Dieter Helm, économiste à l’université d’Oxford, durant une conférence sur les avantages du gaz de schiste pour l’Europe organisée par la Pologne le 6 mai.
Selon Helm, le gaz de schiste redéfinira notre façon de concevoir les marchés de l’énergie, le changement climatique et l’avenir géostratégique du monde.

Pour expliquer les choses simplement, le gaz de schiste est identique au gaz naturel. Toutefois, contrairement au gaz conventionnel, le gaz de schiste se situe à une grande profondeur sous l’écorce terrestre et est emprisonné dans des roches de schiste. Afin de l’extraire, il faut d’abord briser la roche dans laquelle le gaz est emprisonné en y injectant d’énormes quantités d’eau, de sable et de produits chimiques. Une foi libéré, le gaz peut remonter à la surface. Tandis qu’il s’installe progressivement sur le devant de la scène dans l’espace public européen, le gaz de schiste a déjà « » le marché mondial du gaz. Grâce à l’exploitation du gaz de schiste, les Etats-Unis, grands consommateurs d’énergie, sont passés du statut d’importateur d’énergie en masse à exportateur important de gaz. Ce changement historique a généré une baisse constante sans précédent des prix du gaz dans le monde.

révolutionné

Les promesses du gaz de schiste

Tenant compte de ces éléments la prophétie mystique de Dieter Helm devient une prévision tangible et réaliste. Sur ce front innovateur, l’Europe a un rôle important à jouer, puisqu’elle est dotée de ressources considérables dans ses sols. Alors que l’Europe se tâte, la Pologne, elle, a déjà un plan. Ainsi, comme l’a fermement déclaré , , « ».

Mikolaj Dowgielewiczsecrétaire d’état du ministère des affaires étrangères polonaisle gouvernement [polonais] accorde pleinement son soutien aux activités du secteur du gaz de schiste afin de respecter nos engagements découlant du changement énergétique et climatique

Comme l’ont exprimé unanimement les autorités polonaises et les entreprises pétrolières nationales, le projet polonais pour le gaz de schiste se concrétise. En effet, les forages de prospection sont en court et les entreprises pétrolières ont acquis les capacités technologiques nécessaires à l’exploitation. Tout se met rapidement en place, comme l’a démontré le vice-président du groupe pétrolier , , qui a fièrement déclaré que « ». Le gaz de schiste n’est pas simplement une opportunité économique. , président du groupe de réflexion , estime que « é ». En effet, l’exploitation du gaz de schiste pourrait libérer l’UE de la problématique du gaz russe et des prix toujours plus élevés du pétrole arabe. Selon les experts, le gaz de schiste représente l’outil qui permettra à l’UE de réaffirmer sa sécurité énergétique et de faire baisser les prix tout en permettant leur stabilisation.

PGiNGM. Karabula d’ici environ un an, la Pologne pourra, nous l’espérons, fournir pour la première fois le marché en gaz de schistePawel SwiebodademosEUROPAcette roche incarne le futur d’un leadership européen renforc

Au cœur de cette sombre période marquée par la crise économique et l’agitation politique mondiale, l’optimisme qu’apporte le gaz de schiste pourrait séduire tout-un-chacun, du consommateur particulier d’énergie aux décideurs politiques. Néanmoins, l’impact écologique du gaz de schiste est un inconvénient qui pourrait les faire réfléchir à deux fois.

La face cachée du gaz

Mis de côté par l’industrie, qui les perçoit comme étant des problèmes que l’ont peut aisément résoudre, les risques environnementaux liés par le gaz de schiste ont provoqués de vives critiques au sein de la société civile. Dans le cadre de la crise du changement climatique, certains contestent l’exploitation d’une autre ressource à forte teneur en carbone car cela représenterait un obstacle au développement à grande échelle d’énergies vertes. D’autre part, les experts s’inquiètent du risque environnemental local provoqué par la toxicité des liquides d’extraction. Le mélange d’eau et de produits chimiques injecté dans le sous-sol n’est récupéré que partiellement, déposant des quantités considérables de liquides toxiques qui pollueront les nappes phréatiques, réserves en eau potable. Jusqu’à présent, l’UE a explicitement écarté le gaz de schiste de son programme. La Commission Européenne ne laisse pas seulement l’avenir du gaz de schiste entre les mains des pays membres, elle n’est pas près d’intégrer le gaz de schiste dans ses décisions politiques comme le déplorent Dowgielewicz, Swieboda et Helm. Cependant, le débat sur le gaz de schiste ne tardera pas a faire son apparition sur la table ronde de l’Union Européenne car Dowgielewicz a confirmé publiquement que « [le gouvernement polonais] ».

voit le gaz de schiste comme un projet européen commun qui sera une priorité pour la présidence polonaise de l’UE

Agitation politique

Le gaz de schiste ne changera pas simplement la donne au sein du marché européen du gaz, il deviendra la prochaine question politique et diplomatique à la mode. Appuyer ou résister à l’exploitation du gaz de schiste modifiera la politique européenne en ce qui concerne l’énergie et le changement climatique. Puisque la Pologne est déterminée à imposer le projet du gaz de schiste comme étant la nouvelle pierre angulaire des décisions politiques de l’UE en terme d’énergie et de changement climatique, il est aisément possible de prévoir une nouvelle période de turbulence pour l’Union Européenne dès le 1er juillet.