Bruxelles

En Marche avec Anglade : l’échappée belge

Article publié le 2 juin 2017
Article publié le 2 juin 2017

Pieyre-Alexandre Anglade est l’exemple parfait de ce que la vague Macron essaye de faire exister sur la scène politique française : la jeunesse europhile. Chef de cabinet au parlement européen, il a reçu l’investiture de La République En Marche pour la 4ème circonscription des français de l’étranger aux législatives. Portrait d’un candidat pour qui tout est allé vite. Très vite.

« J’étais juste à côté, on tractait sur le marché. » Pieyre-Alexandre Anglade enchaîne beaucoup en ce moment. Le candidat de la République En Marche dans la circonscription du Benelux a beaucoup à faire. La Belgique vote pour le premier tour des législatives ce weekend et lui, doit convaincre. Pas trop non plus. À Bruxelles, Emmanuel Macron a caracolé en tête du premier (38,8%) et du deuxième tour de la dernière présidentielle (89,6%). Mais Pieyre-Alexandre Anglais n’est pas Emmanuel Macron. « Juste un mec normal. Mais j’ai des idées pour mon pays », dit-il.

Coup de chaud

Le jeune homme de 30 ans commence par celles qui font recette, en soignant d’abord les apparences. Pieyre-Alexandre Anglade arrive sur la terrasse d’un petit café du quartier bobo de Flagey, en jean-chemise-baskets. Il est blond, rasé de près et affiche certains traits propres à Macron lui-même. Le candidat colle parfaitement avec ce l’on imagine du mouvement : jeune, citadin, international. Mais bien plus que son apparence, c’est sa simple présence sur la liste des législatives qui représente l’esprit du parti : « Je suis l’incarnation vivante de la confiance d’Emmanuel Macron en ceux qui s’investissent pour son projet, affirme-t-il. Si j’ai été investi, c’est par choix, pas par hasard. Je me suis trouvé parmi une vingtaine de candidat dont le député sortant. Et c’est moi qui ai été choisi. » Après tout, l’investiture d’ « un mec normal » répond bien aux principes de la future probable majorité présidentielle. La République en marche l’avait promis, elle le fait. Pour les législatives qui ont lieu en France les 11 et 18 juin prochains, une grande part de leurs candidats devront être issus de cette fameuse « société civile ». Dit autrement, des gens sans grande expérience politique comme la nouvelle ministre de la Culture, Françoise Nyssen ou Laura Flessel, nommée à la Jeunesse et aux Sports.

Anglade lui, a fait le grand saut en 2015. Assistant parlementaire depuis 5 ans, il se décide à rentrer dans l’arène politique en écrivant une lettre directement adressé à Emmanuel Macron, alors ministre de l’Économie. L’objet ? Livrer son regard sur la situation politique en France. « La recomposition politique en cours dans toute l’Europe et traduite par l’émergence de mouvements aux extrêmes de l’échiquier politique n’épargnera pas la France », écrit-il. Une vision choc à laquelle  le nouveau président de la République ne répondra pas tout de suite, mais qui « l’intéresse ». Pour preuve, lorsque Macron démissionne du gouvernement pour fonder son mouvement, il le nomme à la direction du comité local de Bruxelles. Seule consigne : le comité n’a pas vocation à devenir le think tank européen d’En Marche!. En clair, on ne demande pas aux professionnels de l’Union européenne, de produire de notes d’expertise. « Mais sinon, j’étais libre de le structurer comme je voulais », assure l’intéressé. Les citoyens et leurs attentes sont censés être au cœur de toutes les discussions. Sauf qu’au départ, les discussions résonnent dans le vide, faute de soutiens. Organisé au bar du Quartier Léopold, dans l’antre européenne de Bruxelles, le premier rassemblement de Pieyre-Alexandre Anglade fait un presque un flop. « On devait être trente ou quarante à peine et il faisait une chaleur à crever », se souvient-il. Mais le jeune candidat a trop donné pour se laisser abattre par un coup de chaud. Il persévère et commence à profiter de la dynamique qu’imprime le chef en France. « Aujourd’hui, il y a plus de 3 000 adhérents à En Marche ! en Belgique », assure-t-il.

Macron, Glasgow et Zizou

Sa marche à lui semble presque accidentelle. Rien ni personne ne le destinait à l’Assemblée Nationale. Malgré sa dégaine de premier de la classe, le « PA » adolescent était franchement moyen à l’école. Titulaire d’un bac général obtenu de justesse « avec 10,2 de moyenne », le jeune étudiant part en licence d’histoire à la Sorbonne, la seule matière pour laquelle il développe un peu d’intérêt. Conscient du poids de l’institution dans laquelle il a « la chance d’étudier », il s’implique de plus en plus. Son année d’Erasmus à Glasgow forge son caractère aussi bien que son anglais et Anglade enchaîne mine de rien sur des relations internationales et un Master 2 affaires européennes à l’IEP de Strasbourg. Le reste roule tout seul. Engagé en 2010 auprès de l’eurodéputée du Modem, Nathalie Griesbeck, il dirige ensuite pendant 2 ans l’équipe du Tchèque Pavel Telička (ALDE), l’un des 14 vice-présidents du Parlement européen. Dans l’hémicycle, il commence à se faire connaître. Suffisamment pour qu’un de ses collègues puisse filer la métaphore sportive en référence au Spartak Zizou, son équipe de foot au Parlement : « Il est technique, rapide et sous ses airs bon enfant, avait un côté teigne. Ça lui correspond bien dans son parcours politique, il va sans doute se prendre des coups au départ mais il saura rapidement les rendre ».

Mais au-delà de la force du destin et de ses airs de jeune premier, comment Pieyre-Alexandre Anglade compte-il prolonger le projet d’Emmanuel Macron ? En faisant ce qu’il appris à faire. Le jeune candidat compte bien importer les bonnes pratiques du Parlement bruxelleois à Paris, « extrêmement en avance par rapport à l’Assemblée nationale ». « Au PE, les députés sont là, affirme-t-il. Donc je serai un député présent et un député dont le mandat sera la seule activité. » Autre arme secrète : « La culture du compromis, née du fait qu’il n’y a pas de majortié absolue au Parlement européen » et qu’il compte bien diffuser au sein de l’hémicycle français. Une pratique qui pourrait aussi s’avérer utile dans un contexte de reconstruction des équilibres politiques.

Côté programme, le projet du candidat Anglade est limpide. Il s’agit de reproduire ce qui fait marcher En Marche!. « Réseaux citoyens », ateliers, débats publics, rencontres... l’idée est de faire remonter au député les attentes du terrain. Comme le faisait le candidat Macron, Anglade expose davantage une vision, de futures méthodes de travail qu’un éventail détaillé de promesses de campagne. Néanmoins, l’aspirant député a quelques marottes : le soutien aux familles avec des personnes en situation de handicap, la simplification des démarches administratives, notamment en ce qui concerne « la portabilité des droits » - un vrai problème pour les expatriés retraités - et la coopération entre la France et le Benelux en matière de sûreté nucléaire et de lutte contre le terrorisme.

« C’est quand on croit que c’est fait qu’on se plante »

S’il hésite encore sur le choix des commissions parlementaires à préferer, Anglade est sûr d’une chose : il ne sera pas « un député comme les autres ». Sa « circo » regroupant presque l’ensemble des institutions européennes de Bruxelles à Luxembourg, pas de doute qu’il y développera son filon européen. Ce qui confère à son fauteuil de député un poids non-négligeable. Viennent s’ajouter à cela son appartenance à la majorité présidentielle, son activisme dans le comité En Marche de Bruxelles ainsi que ses accointances avec deux des dix-huit ministres du gouvernement. « Pas plus tard que ce matin, j’ai reçu un texto de Sylvie Goulard, confie-t-il. Le gouvernement écoutera ma voix . Ou en tout cas j’aurai de nombreux canaux pour la faire entendre. »

Si le microcosme bruxellois se réjouit de la possible victoire « d’un des leurs », d’un connaisseur de la « bulle européenne », de ses institutions, de ses règles et de ses enjeux, pour le chef de file « rien n’est acquis ». Les derniers sondages, quant à eux, claironnent : Anglade est donné largement en tête avec 42% des voix. Au deuxième tour, il pourrait bien se retrouver contre un acolyte du Parlement européen, Sophie Rauzser, jeune conseillère politique pour la France Insoumise en deuxième position selon une consultationvec 19 % d’intentions de vote. Mais Anglade reste prudent: « Rien n’est gagné aujourd’hui. C’est quand on croit que c’est fait qu’on se plante ».

Passé en un seul petit mois d’inconnu juvénile à favori sérieux des législatives, Pieyre-Alexandre Anglade repartira avec au moins un chose de cette campagne éclair : « Il y a de place pour les jeunes gens dynamiques et tournés vers l’avenir et le monde extérieur. Cette place il faut la prendre, il faut se la faire mais elle existe ». À voir si le siège tendu de velours rouge de l'Assemblée qui l'attend n'est pas un mirage.