Bruxelles

Élections Européennes : stupeur et défaillances

Article publié le 18 février 2014
Article publié le 18 février 2014

Si les élections européennes font l'objet d'un intérêt décroissant, c'est souvent parce que ceux qui sont censés en faire l'écho sont défaillants. Exemple d'une campagne dans le sud-ouest.

Nous n'al­lons pas par­ler ici des re­cords d'ab­sen­téisme sou­vent en­re­gis­trés lors des élec­tions de nos re­pré­sen­tants au Par­le­ment eu­ro­péen. Vi­sons plu­tôt l'un des dé­to­na­teurs du dés­in­té­rêt pour l'Eu­rope des ci­toyens eu­ro­péens : des can­di­dats dé­faillants.

Beau­coup d'entre nous avons voyagé, étu­dié, tra­vaillé et vécu dans un pays membre de l'Union eu­ro­péenne dif­fé­rent de celui où l'on a grandi. Pourquoi alors la gé­né­ra­tion Erasmus, et plus spécifiquement celle issue du Sud-Ouest de la France, ne s'in­té­resse-t-elle pas à la po­li­tique eu­ro­péenne si tant est qu'elle existe ?

L'idée du jeune eu­ro­dé­puté dy­na­mique et proac­tif ne fait pas l'una­ni­mité ici, et pour cause : cette cir­cons­crip­tion compte plus de can­di­dats ex-mi­nistres à la re­cherche d'une pré-re­traite ho­no­rable que de jeunes hommes et femmes po­li­tiques mo­ti­vés et convain­cus par cette idée d'une Eu­rope forte et dy­na­mique.

Seule­ment, cette mé­chante naï­veté nous dé­goûte... Com­ment ex­pli­quer aux élec­teurs qu'ils soient de droite ou de gauche, de l'hy­per­centre ou de l'ex­trême ex­tré­mité qu'ils faut aller choi­sir entre une Mi­chèle Al­liot-Ma­rie à la re­cherche d'une heure de gloire per­due (vous savez, notre an­cienne Garde des sceaux, mi­nistre de la Dé­fense, mi­nistre de l'In­té­rieur et mi­nistre des Af­faires étran­gères et eu­ro­péennes, dé­chue du gou­ver­ne­ment Sar­kozy/Fillon et dé­faite aux élec­tions lé­gis­la­tives de 2012 dans son fief basque), un Louis Aliot vaincu lui aussi aux lé­gis­la­tives de 2012 et à la re­cherche d'un lot de conso­la­tion (pour la pe­tite info c'est l'heu­reux as­sis­tant par­le­men­taire et com­pa­gnon de Ma­rine Le Pen, ne voyez là aucun né­po­tisme bien sûr), un Jean-Luc Mé­len­chon lui aussi an­cien mi­nistre et sé­na­teur dé­fait aux lé­gis­la­tives de 2012 dans la 11ème cir­cons­crip­tion du Pas-de-Ca­lais (c'est à dire dans le dé­par­te­ment fran­çais le plus éloi­gné du Sud-Ouest) néan­moins déjà eu­ro­dé­puté ici dans le Sud, tou­jours prompt à hur­ler son mé­con­ten­te­ment dans les rues pa­ri­siennes mais pour­tant in­ca­pable de prendre la pa­role dans l'hé­mi­cycle stras­bour­geois, c'est à se de­man­der s'il n'a pas ou­blié que sa fonc­tion sup­pose qu'il se dé­place (un peu quand même) à Bruxelles et à Stras­bourg voter, amen­der les pro­po­si­tions de Rè­gle­ment, par­ti­ci­per aux dé­bats, pro­po­ser des rap­ports ; rem­plir son rôle d'eu­ro­dé­puté en fait... Quelques stats pour Mé­len­chon : il n'a par­ti­cipé qu'a 63 % des votes en plé­nière à Stras­bourg et Bruxelles et il n'a ré­digé aucun rap­port en 5 ans mais ras­su­rez-vous il a bel et bien perçu l'in­té­gra­lité des 6 200 € men­suel de sa­laire que sup­pose le poste d'eu­ro­dé­puté... La grande classe.

En­suite il y a le PS... (long sou­pir)... Que dire de ce parti lar­ge­ment ma­jo­ri­taire ici dans le Sud-Ouest qui s'est vu im­po­ser par la di­rec­tion du parti rue Sol­fé­rino en vertu d'un ac­cord PS-PRG, une can­di­date, tête de liste qui-plus-est, issue du Parti Ra­di­cal de Gauche contre l'avis des mi­li­tants PS d'ici... Nous n'avons rien contre cette pauvre Vir­gi­nie Ro­zière, qui semble-il est brillante par ailleurs et re­pré­sente le re­nou­veau et le dy­na­misme eu­ro­péen trop sou­vent ab­sent.

Seule­ment voilà, c'est com­pli­qué d'al­ler ex­pli­quer à Mme Fran­çoise Cas­tex (eu­ro­dé­puté PS qui va se re­pré­sen­ter mais main­te­nant pour le parti Nou­velle Donne) que mal­gré son tra­vail re­mar­quable, no­tam­ment concer­nant le rejet du bud­get eu­ro­péen de l'aus­té­rité, dans la fronde contre les né­go­cia­tions de l'ac­cord de libre échange avec les États-Unis ou en­core et sur­tout dans son ac­ti­visme contre le traité ACTA. Il faut qu'elle se pousse avec le sou­rire et qu'elle ac­cepte les ordres de la di­rec­tion du parti (ras­su­rez vous, le se­cré­taire gé­né­ral du PS, Har­lem Désir, lui sera bel et bien tête de liste en Île-de-France... OUF... Per­sonne du PRG pour lui prendre son siège).

Qu'à cela ne tienne : vo­tons d'abord, in­di­gnons-nous en­suite. En ci­toyens res­pon­sables.