Bruxelles

« Dans les faits, il y a des rapports de force »

Article publié le 3 avril 2014
Article publié le 3 avril 2014

A l'occasion du sommet UE-Afrique, CaféBabel a rencontré Hilaire Soulama, conseiller diplomatique de la présidence du Burkina Faso. Il décrit une relation ambigüe avec l'Europe, où les intérêts comptent un peu plus que les idéaux.

ca­fé­ba­bel : Les re­la­tions entre l'Union eu­ro­péenne et le Bur­kina Faso sont-elles par­fai­te­ment éga­li­taires, ou re­lèvent-elles aussi du rap­port de force ?

Hilaire Soulama : Les dis­cours et les textes of­fi­ciels font de plus en plus ré­fé­rence à cette éga­lité entre pays eu­ro­péens et afri­cains. Dans les faits, comme dans toute né­go­cia­tion in­ter­na­tio­nale, il y a des rap­ports de forces. Ainsi, si les pays eu­ro­péens nous versent des Fonds eu­ro­péen de dé­ve­lop­pe­ment, c'est uni­que­ment en im­po­sant des condi­tions [en ma­tière de res­pect des droits de l'homme, no­tam­ment, ndlr].

ca­fé­ba­bel : L'UE et-elle un par­te­naire im­por­tant, pour le Bur­kina Faso ?

Hilaire Soulama : Pour le Bur­kina Faso comme pour l'Afrique, c'est un par­te­naire très im­por­tant sur les plans éco­no­mique et po­li­tique. Au point de vue éco­no­mique, l'UE nous ap­porte beau­coup, par les échanges com­mer­ciaux et par le Fonds eu­ro­péen de dé­ve­lop­pe­ment [658 mil­lions d'eu­ros de 2007 à 2013, ndlr]. Elle pos­sède aussi des tech­no­lo­gies et une ex­pé­rience qui nous in­té­ressent.

Sur le plan po­li­tique, nous par­ta­geons une exi­gence de paix et de sta­bi­lité dans la ré­gion afri­caine. Cela se voit à tra­vers les opé­ra­tions de main­tien de la paix en­ga­gées par l'UE au Mali et en Cen­tra­frique.

ca­fé­ba­bel : Y'a-t-il des points de di­ver­gence, au ni­veau di­plo­ma­tique ?

Hilaire Soulama : Oui, bien sûr. Le ré­chauf­fe­ment cli­ma­tique en est un. L'Afrique est vic­time de ce bou­le­ver­se­ment, dont elle n'est pas res­pon­sable. Et nous trou­vons que les pays eu­ro­péens ne s'in­ves­tissent pas suf­fi­sam­ment dans la lutte contre ce phé­no­mène.

ca­fé­ba­bel : Vous par­lez beau­coup de ce que l'Eu­rope peut faire pour l'Afrique. Mais qu'est-ce que l'Afrique peut ap­por­ter à l'Eu­rope ?

Hilaire Soulama : L'UE est pleine crise éco­no­mique, elle a donc be­soin du mar­ché afri­cain et des ma­tières pre­mières de ce conti­nent. Elle a été très pré­sente chez nous, puis nous a dé­lais­sée pour d'autres par­te­naires, no­tam­ment en Eu­rope de l'Est. Entre-temps, d'autres pays, comme la Chine ou l'Inde, sont venus in­ves­tir chez nous, et l'UE aura du mal à les sup­plan­ter.

ca­fé­ba­bel : En ma­tière de dé­mo­cra­tie et de droits de l'homme, l'UE est-elle un mo­dèle pour le Bur­kina ? [son pré­sident ac­tuel, Blaise Com­paoré, est ar­rivé au pou­voir en 1987, suite à un coup d'Etat. Il a été réélu quatre fois dans des condi­tions contes­tées, ndlr]

Hilaire Soulama : L'Eu­rope est un mo­dèle, au sens où elle a voulu pro­cla­mer et réa­li­ser très tôt les idéaux de la dé­mo­cra­tie et des droits de l'homme. Pour le reste, ce n'est que mon opi­nion, mais je pense que les pays eu­ro­péens ne sont pas for­cé­ment exem­plaires. De plus, je trove que leurs cri­tiques à l'égard des pays afri­cains sont très ci­blées : ils font des re­proches à cer­tains pays, mais ne disent rien à ceux dont les ma­tières pre­mières les in­té­ressent.

Tous pro­pos re­cueillis par Jean Comte, à Bruxelles.