Bruxelles

Conseil européen des 19 et 20 décembre : L’envers du décor

Article publié le 30 décembre 2013
Article publié le 30 décembre 2013

Ces 19 et 20 décembre 2013 se réunissaient pour la dernière fois sous la Présidence Lithuanienne, les 28 chefs d’états pour un sommet européen.

Ces 19 et 20 dé­cembre 2013 se réunis­saient pour la der­nière fois sous la Pré­si­dence Li­thua­nienne, les 28 chefs d’états pour un som­met eu­ro­péen.

Les points à l’ordre du jour étaient :

  • la po­li­tique de sé­cu­rité et de dé­fense com­mune.
  • l'Union éco­no­mique et mo­né­taire et la po­li­tique éco­no­mique et so­ciale;
  • l'élar­gis­se­ment, les mi­gra­tions et l'éner­gie.

Ce­pen­dant ce n’est pas au sein du Conseil qu’il y avait le plus d’ac­tion.

En effet, pour la pre­mière fois une al­liance in­ter­pro­fes­sion­nelle (Al­liance D19-20) ras­sem­blant agri­cul­teurs, syn­di­cats, mou­ve­ments so­ciaux, as­so­cia­tions, tra­vailleurs avec ou sans em­ploi, ou en­core col­lec­tifs fé­mi­nistes a tenté de blo­quer ce ren­dez-vous.

L’al­liance D19-20 s’est consti­tuée en op­po­si­tion à deux trai­tés fon­da­men­taux : le TSCG (Traité pour la sta­bi­lité, la co­or­di­na­tion et la gou­ver­nance) qui im­pose des me­sures d’aus­té­rité par­tout à tra­vers l’Eu­rope et le Traité Trans­at­lan­tique, en ce mo­ment né­go­cié entre la Com­mis­sion Eu­ro­péenne et les Etats-Unis.

Re­tour sur ces deux trai­tés

TSCG : traité im­po­sant une dis­ci­pline bud­gé­taire, no­tam­ment à tra­vers son ar­ticle 3 dis­po­sant de la fa­meuse règle d’or, que les états doivent in­tro­duire dans leurs droits na­tio­naux. Cette règle d’or im­pose un dé­fi­cit struc­tu­rel de 0,5% et non plus 3% ce qui a pour prin­ci­pal consé­quence l’ap­pli­ca­tion de me­sures d’aus­té­rité à tra­vers l’Eu­rope.

Le Traité Trans­at­lan­tique, né­go­cié de­puis juillet 2013,  pré­voit une har­mo­ni­sa­tion de la lé­gis­la­tion en vi­gueur des deux côtés de l’At­lan­tique. Celle-ci devra ré­pondre aux normes du libre-échange éta­blies par et pour les grandes en­tre­prises eu­ro­péennes et amé­ri­caines. Les pays qui ne res­pec­te­raient pas ces normes se­raient alors condam­nés à des sanc­tions com­mer­ciales ou à une ré­pa­ra­tion fi­nan­cière au bé­né­fice des plai­gnants.

L’Al­liance D19/20 dé­nonce prin­ci­pa­le­ment le pro­ces­sus anti-dé­mo­cra­tique qui a été uti­lisé pour la si­gna­ture de l’un et la né­go­cia­tion de l’autre. Selon l’Al­liance « les ci­toyen-ne-s eu­ro­péen-ne-s sont lais­sés de côté, ces textes sont dé­ci­dés sans ob­te­nir leur consen­te­ment, ni leur de­man­der leur avis. »

La pre­mière concré­ti­sa­tion de cette al­liance était de por­ter leurs re­ven­di­ca­tions de­vant le Conseil eu­ro­péen. Leur ob­jec­tif : blo­quer le conseil jus­qu’à ce qu’une dé­lé­ga­tion soit reçue par le pre­mier mi­nistre belge Elio di Rupo et le pré­sident du Conseil Her­man van Rom­puy.

Une mo­bi­li­sa­tion in­édite

La so­ciété ci­vile belge s’em­pare pour la pre­mière fois des ques­tions eu­ro­péennes en vou­lant être les re­pré­sen­tants des peuples sou­mis à l’aus­té­rité en Eu­rope. « Nous vou­lons mon­trer que c’est aussi notre res­pon­sa­bi­lité en tant que so­ciété ci­vile belge de por­ter les re­ven­di­ca­tions des peuples eu­ro­péens. Nous ha­bi­tons ici, ce qui se passe à Bruxelles est notre res­pon­sa­bi­lité aussi. » (Confé­rence de presse de l’Al­liance D19/20, mer­credi 18 dé­cembre)

Ce désir de ras­sem­ble­ment fut re­joint par des or­ga­ni­sa­tions di­verses, por­tant des re­ven­di­ca­tions pré­cises. C’est le cas no­tam­ment de l’or­ga­ni­sa­tion « agir pour la paix », qui mi­lite contre l’in­fluence de l’in­dus­trie de la dé­fense et de la sé­cu­rité sur la po­li­tique eu­ro­péenne, point prin­ci­pal à l’ordre du jour de ce Conseil.

Un ras­sem­ble­ment for­te­ment en­ca­dré

Plus de 2000 ma­ni­fes­tants ont blo­qué cinq car­re­fours prin­ci­paux au­tour du quar­tier eu­ro­péen.

Un im­po­sant dis­po­si­tif de sé­cu­rité a été mis en place en ré­ponse à l’ap­pel de l’Al­liance, ca­mions à eau, four­gons, im­pres­sion­nant nombre de  po­li­ciers ré­qui­si­tion­nés et pré­sence de po­li­cier en civil sans bras­sard. Face à cette force po­li­cière, ceux qui ont tenté de re­joindre le som­met en ont été em­pê­chés par la po­lice. Au total 75 ar­res­ta­tions ad­mi­nis­tra­tives et 3 ar­res­ta­tions ju­di­ciaires ont eu lieu.

Si­lence au Conseil…

Si l’ac­tion n’a pas per­mis le blo­cage du Conseil en tant que tel, elle à in­con­tes­ta­ble­ment dé­clen­ché des ré­ac­tions très vives de la part des au­to­ri­tés qui ont ultra sé­cu­risé le quar­tier eu­ro­péen. L’Al­liance D19-20 conclu cette année eu­ro­péenne du ci­toyen par la vo­lonté de se ré­ap­pro­prier les po­li­tiques eu­ro­péennes  et de sen­si­bi­li­ser un pu­blic de plus en plus large sur leurs consé­quences.

Bien qu’il eu été im­pos­sible de ne pas re­mar­quer ce ras­sem­blement à Bruxelles, il n’en a pas été dit un mot au Conseil.

Laura Le­prêtre et Julia Ma­nuel