Bruxelles

« C’est plus d’Europe ou c’est le suicide de l’Europe »

Article publié le 11 novembre 2014
Article publié le 11 novembre 2014

Invités au Bozar à l’occasion des Journées de Bruxelles, Martin Schulz, Jacques Attali et George Soros ont pu débattre sur le sort de l’Union européenne. Malgré son impopularité croissante, les trois intervenants réclament encore plus d’Europe.

La percée de l’extrême droite et le taux de participation extrêmement bas des dernières élections européennes étaient dans toutes les têtes à ces Journées de Bruxelles du 6 et 7 novembre. Organisée par « L'Obs », « Le Soir » et « De Standaard », cette série de conférences ouverte à tous accueillait, cette année encore, des invités de renom pour débattre de sujets d'actualité européenne. Lors de la conférence « la tragédie de l'Union européenne », le président du Parlement européen, Martin Schulz, l’économiste Jacques Attali et le financier milliardaire George Soros ont déploré la perte de confiance en l'Europe. Eux défendent fermement cette Union européenne et réclament même encore plus d’Europe. Jacques Attali résume d'ailleurs sa position en déclarant : « c’est plus d’Europe, ou c’est le suicide de l’Europe ».

« Les chefs d’État sont responsables »     

Pour Martin Schulz, l’impopularité de l’Union européenne est à imputer aux chefs de gouvernement des États membres. « Les solutions sont nationalisées, les problèmes européanisés », résume-t-il. Pour lui, lorsque l’UE apporte du positif, les États se l’approprient. Par contre, lorsque ce qu’elle apporte est impopulaire, ils présentent cela comme une directive de la « dictature bruxelloise » contre laquelle ils n’ont rien pu faire.  Sous les applaudissements d'un public approbateur, Martin Schulz clame que « les chefs d’État sont responsables. Si seulement ils pouvaient dire publiquement ce qu’ils disent à huis-clos… ».

« Certains préfèrent le repli sur soi, ça c’est catastrophique »

Martin Schulz met aussi en garde contre la volonté de jouer cavalier seul. « Notre sort c’est l’Europe. En Allemagne certains préfèrent le repli sur soi, ça c’est catastrophique. » Pour lui, comme pour Jacques Attali, la place centrale de son pays ainsi que sa puissance lui confère une grande responsabilité. Elle doit utiliser sa force pour aider la périphérie plus faible au lieu de profiter de cette faiblesse pour s’imposer. Il précise d'ailleurs qu' « à chaque fois que l’Allemagne a préféré ce choix là, cela a abouti à des désastres ».

Russie, une véritable menace?

Dans le contexte actuel de relations très tendues avec le Kremlin, le débat sur le sort de l’UE ne pouvait se faire sans évoquer l’éventuelle menace russe. Sur ce point, le désaccord est total. D’un côté George Soros affirme que Poutine est une « menace existentielle », et de l’autre Schulz et Attali soulignent la nécessité de garder une ouverture. Pour Soros, il faut lutter avec force contre la Russie, qui d’après lui, est encore plus dangereuse qu’à l’époque de l’URSS. Face à lui, Jacques Attali réplique que « quand elle est encerclée, la Russie réagit », avant d'ajouter : « la Russie n’est pas l’Allemagne d’Hitler, mais elle peut le devenir. Si on l’isole, elle le deviendra. » Le message est passé.