Bruxelles

Cafébabel Bruxelles prend le pouls de la société civile européenne

Article publié le 24 mai 2014
Article publié le 24 mai 2014

Les jour­na­listes de Ca­fe­ba­bel Bruxelles prennent la température de la société civile européenne!

Les jour­na­listes de ca­fe­ba­bel Bruxelles ont par­ti­cipé à deux ren­dez-vous ma­jeurs entre les ins­ti­tu­tions eu­ro­péennes et la so­ciété ci­vile. La clô­ture de l’an­née eu­ro­péenne des ci­toyens à Vil­nius les 12 et 13 dé­cembre 2013 or­ga­ni­sée par la Com­mis­sion eu­ro­péenne et la jour­née eu­ro­péenne de la so­ciété ci­vile le 18 mars 2014 ac­cueillie par le Co­mité éco­no­mique et so­cial eu­ro­péen. A la veille des élec­tions eu­ro­péennes, quel était l’état du dia­logue entre so­ciété ci­vile eu­ro­péenne et Union eu­ro­péenne ? 

A Vil­nius, deux jours pour le bilan de l’an­née eu­ro­péenne du ci­toyen 2013

Plus d’une cen­taine de par­ti­ci­pants toutes ori­gines et or­ga­ni­sa­tions confon­dues ont échangé au­tour de six pa­nels thé­ma­tiques consa­crés au rôle de la so­ciété ci­vile dans la construc­tion des po­li­tiques eu­ro­péennes et au bilan d’une année eu­ro­péenne consa­crée aux ci­toyens.

Constat, ja­mais la so­ciété ci­vile n’a été plus ac­tive et mo­bi­li­sée. Avec la crise, elle a même pris une nou­velle di­men­sion : celle de pal­lier les manques dus aux coupes bud­gé­taires et po­li­tiques d’aus­té­rité à tra­vers l’Eu­rope. C’est à tra­vers le dé­ve­lop­pe­ment d’ou­tils utiles à la par­ti­ci­pa­tion ci­toyenne, de pla­te­formes de e-par­ti­ci­pa­tion, que de nom­breuses or­ga­ni­sa­tions tra­vaillent de façon de plus en plus ho­ri­zon­tales et trans­na­tio­nales, afin d’œu­vrer à pla­cer le ci­toyen au centre du des­tin eu­ro­péen.

Com­ment mo­bi­li­ser les ci­toyens eu­ro­péens n'est plus la vé­ri­table ques­tion. En effet, les dif­fé­rents pro­jets pré­sen­tés lors des dif­fé­rentes ses­sions montrent une vé­ri­table ca­pa­cité de la so­ciété ci­vile à s’or­ga­ni­ser et por­ter ses re­ven­di­ca­tions. Do­ré­na­vant, il s’agit pour l’UE de prendre ef­fi­ca­ce­ment leur par­ti­ci­pa­tion et re­ven­di­ca­tions en compte. Cela né­ces­site une re­mise en ques­tion du fonc­tion­ne­ment ins­ti­tu­tion­nel eu­ro­péen et son adap­ta­tion vers un vé­ri­table dia­logue avec la so­ciété ci­vile eu­ro­péenne. Dans ce contexte, il semble es­sen­tiel de créer ces nou­veaux ou­tils tech­no­lo­giques avec les ci­toyens et non de leur im­po­ser. Les ci­toyens doivent pou­voir s’ex­pri­mer et s’en­ga­ger sur les su­jets de leur choix et non sim­ple­ment être consul­tés de temps en temps par les dé­ci­deurs eu­ro­péens sur des su­jets et dans un cadre im­po­sés. Voir le rap­port ca­fe­ba­bel de la cé­ré­mo­nie de clô­ture de l'an­née eu­ro­péenne du ci­toyen 2013

Ces deux jours de clô­ture ont été mar­qués par la re­mise of­fi­cielle des re­com­man­da­tions de l’Al­liance eu­ro­péenne des ci­toyens par son Pré­sident, Jean-Marc Roi­rant, à la Com­mis­saire Mme Ree­ding (Com­mis­saire eu­ro­péenne à la jus­tice, aux droits fon­da­men­taux et à la ci­toyen­neté. Ces re­com­man­da­tions s’ar­ti­cu­lant au­tour de trois grands thèmes : Ci­toyen­neté eu­ro­péenne ac­tive comme pro­jet de so­ciété, Une dé­mo­cra­tie eu­ro­péenne ou­verte et in­clu­sive et Une dé­mo­cra­tie eu­ro­péenne, trois pi­liers dé­mo­cra­tiques. Ces re­com­man­da­tions ont été for­mu­lées par une al­liance de ci­toyens et d’or­ga­ni­sa­tions à tra­vers l’Eu­rope, l’en­jeu ? Que la Com­mis­sion eu­ro­péenne prenne en compte ces re­com­man­da­tions dans la for­mu­la­tion de ses po­li­tiques et sur­tout, oeu­vrer à une Union eu­ro­péenne plus dé­mo­cra­tique.

A Bruxelles, jour­née consa­crée à la so­ciété ci­vile eu­ro­péenne 

Le 18 Mars der­nier, le co­mité éco­no­mique et so­cial eu­ro­péen (CESE) or­ga­ni­sait la jour­née eu­ro­péenne de la so­ciété ci­vile. Ce fut l’oc­ca­sion, pour l’al­liance de l’an­née eu­ro­péenne du ci­toyen (EYCA), de faire le point sur le bilan de l’an­née 2013 et sur les pers­pec­tives fu­tures de l’im­pli­ca­tion de la so­ciété ci­vile pour la deuxième moi­tié de la stra­té­gie EU2020.  Le CESE qui ac­cueille l’évè­ne­ment par­ti­cipe éga­le­ment au dé­ve­lop­pe­ment du Nou­veau Plan pour l’Eu­rope qui pro­pose cinq ac­tions phares pour conso­li­der une Union eu­ro­péenne éco­no­mique, so­ciale, dé­mo­cra­tique et ci­toyenne.   

A l’ou­ver­ture de cette jour­née, Jean-Marc Roi­rant Pré­sident de l’Al­liance (EYCA) fait le constat du si­lence de Mme Re­ding (Com­mis­saire à la jus­tice, aux droits fon­da­men­taux et à la ci­toyen­neté), à la­quelle il avait of­fi­ciel­le­ment remit les re­com­man­da­tions de l’Al­liance lors de la cé­ré­mo­nie de clô­ture de l’an­née eu­ro­péenne du ci­toyen à Vil­nius.      Néan­moins cette jour­née fut l’oc­ca­sion pour de nom­breux ac­teurs de la so­ciété ci­vile eu­ro­péenne de se re­grou­per au­tours de trois  thèmes prin­ci­paux :

  • Une éco­no­mie pour l’Eu­rope et non une Eu­rope pour l’éco­no­mie

Ce panel fait le constat que la gou­ver­nance de l’Union eu­ro­péenne reste entre les mains de tech­no­crates. Elle n’im­plique pas suf­fi­sam­ment, ou de ma­nière trop in­adé­quate, la so­ciété ci­vile dans le sys­tème dé­ci­sion­nel eu­ro­péen. L’Union éco­no­mique eu­ro­péenne est per­çut comme n’agis­sant pas dans l’in­té­rêt de ses ci­toyens.

  • Une Eu­rope so­ciale pour les ci­toyens

Cet ate­lier est l’oc­ca­sion de ré­pondre à trois ques­tions fon­da­men­tales : 

com­ment construire un vi­sage so­cial à l’Union éco­no­mique ? Com­ment faire le lien entre les me­sures prises au ni­veau eu­ro­péen et les be­soins des ci­toyens et com­ment ré­pondre à l’ur­gence de la crise so­ciale par des ac­tions ra­pides et ef­fi­caces? 

  • Pour une ci­toyen­neté eu­ro­péenne ac­tive

Cette dis­cus­sion, axée au­tour de la ques­tion de l’ef­fi­ca­cité des ou­tils mis en place par les ins­ti­tu­tions eu­ro­péennes, fait le constat que ceux-ci doivent per­mettre l’exer­cice d’une ci­toyen­neté ac­tive et une vé­ri­table prise en compte des re­ven­di­ca­tions des ci­toyens. 

La construc­tion d’un dia­logue du­rable et ef­fi­cace entre les ins­ti­tu­tions et la so­ciété ci­vile eu­ro­péenne est une condi­tion cen­trale à la sor­tie de la crise et de la re­cons­truc­tion de la confiance des ci­toyens en­vers leurs ins­ti­tu­tions. 

Voir les rap­ports de ca­fe­ba­bel bruxelles sur la jour­née eu­ro­péenne de la so­ciété ci­vile

On re­marque que l’on re­trouve le même mes­sage for­mulé trois mois plus tôt à Vil­nius. Il ne s’agit pas d’in­té­res­ser les ci­toyens à l’Eu­rope mais bien de trou­ver le moyen de les écou­ter. Cette jour­née s’est conclue par l’in­ter­ven­tion des trois pré­si­dents de groupe du CESE. Tous trois ont in­sis­tés sur l’ur­gence de la si­tua­tion, à l’aube des élec­tions eu­ro­péennes, de mettre en place les moyens et ou­tils né­ces­saires à un ni­veau eu­ro­péen, à la prise en compte des in­té­rêts et de­mandes des ci­toyens. 

15 mai 2014… on nous de­mande de nous taire

Ces deux ren­contres ont permi des dia­logues construc­tifs mais le constat est que ceux-ci sont fi­na­le­ment peu écou­tés.  En effet l’Union eu­ro­péenne reste en­core mar­quée par une crise dé­mo­cra­tique ma­jeure et la perte de confiance des ci­toyens en­vers ses ins­ti­tu­tions sera sur­ement pal­pable aux élec­tions. La com­plexité des ou­tils dé­mo­cra­tiques mis en place de­puis le Traité de Lis­bonne (no­tam­ment l'ini­tia­tive ci­toyenne eu­ro­péenne) dé­cou­rage ceux qui tentent l’ex­pé­rience. Les ré­ponses don­nées par les ins­ti­tu­tions res­tent trop lentes et in­adap­tées aux be­soins des ci­toyens (monté du chô­mage des jeunes, crise so­ciale…)

Ré­cem­ment les né­go­cia­tions au­tours du Traité trans­at­lan­tique entre les Etats-Unis et l’U.E, sans en consul­ta­ter ou en in­for­mer les ci­toyens, té­moignent d’un nou­veau déni de dé­mo­cra­tie. Les ar­res­ta­tions en masse lors du der­nier ras­sem­ble­ment de l’Al­liance D19/20 le 15 mai der­nier té­moignent que le dia­logue est loin d’être at­teint. En effet, jeudi 15 mai der­nier, l’Al­liance D19/20 (voir ar­ticle de ca­fe­ba­bel CONSEIL EU­RO­PÉEN DES 19 ET 20 DÉ­CEMBRE : L’EN­VERS DU DÉCOR) or­ga­nise un ras­sem­ble­ment afin de ma­ni­fes­ter pa­ci­fi­que­ment contre l’aus­té­rité et le pro­jet de grand mar­ché trans­at­lan­tique dis­cuté à l’Eu­ro­pean Bu­si­ness Sum­mit. Alors qu’au­cune vio­lence et pro­vo­ca­tion  n’avait été faite par les ma­ni­fes­tants, 281 per­sonnes ont été ar­rê­tées (dont par­le­men­taires, lea­der syn­di­caux …)  et dé­te­nues toute la jour­née.

Cet évé­ne­ment montre mal­heu­reu­se­ment, que les ci­toyens ne sont pas prêts à être écou­tés sur ce sujet. Pour­tant, face à ce sujet brû­lant, au­cune ré­ponse n’est ap­por­tée ni par les Etats membres, ni par les grands par­tis po­li­tiques en­ga­gés dans la cam­pagne eu­ro­péenne (ex­cepté le groupe GUE/NGL et le groupes de VERT/ALE) voir l'ar­ticle de ca­fe­ba­bel sur le sujet TTIP, NE MÉ­LEN­CHON PAS TOUT !). C’est donc de fait, sur les épaules de la so­ciété ci­vile eu­ro­péenne, que re­pose le lourd tra­vail d’in­for­ma­tion, de mise en débat et d’éla­bo­ra­tion de moyens de par­ti­ci­pa­tion ci­toyenne au­tour de ce traité.

Si cette so­ciété ci­vile s’or­ga­nise de plus en plus face aux be­soins ur­gents des eu­ro­péens, le cadre ins­ti­tu­tion­nel et les po­li­tiques de l’Union eu­ro­péenne, doivent quant à eux, chan­ger. Il faut la fin du tout mar­ché, la fin de la concur­rence par le mar­ché et ap­puyer les po­li­tiques et les ins­ti­tu­tions eu­ro­péennes sur un sys­tème ca­pable de ré­pondre à la jus­tice so­ciale et au res­pect mu­tuel des peuples.

Lors des deux grands dé­bats qui ont ras­sem­blé les prin­ci­paux can­di­dats à la Pré­si­dence de la Com­mis­sion Eu­ro­péenne (C.E) (voir l'ar­ticle ca­fe­ba­bel sur le sujet: ÉLEC­TIONS EU­RO­PÉENNES : UNE MI­NUTE POUR CONVAINCRE),  les mots clefs «Eu­rope des ci­toyens », « plus dé­mo­cra­tique » sont uti­li­sés par tous les can­di­dats. Le dis­cours est bien rodé. Ce­pen­dant l’en­jeu est main­te­nant de mettre en pra­tique la par­ti­ci­pa­tion ci­toyenne dans le pro­ces­sus dé­ci­sion­nel eu­ro­péen. Car en effet, avec d’une part un manque de confiance dans les ins­ti­tu­tions eu­ro­péennes et na­tio­nales et de l’autre la monté des votes eu­ros­cep­tiques, l’Union eu­ro­péenne est à un tour­nant dé­ci­sif de sa construc­tion. Comme l’a rap­pelé le can­di­dat à la C.E Alexis Tsi­pras en évo­quant les nom­breuses dé­ci­sions eu­ro­péennes prises à huit clos : « Soit l’UE va se dé­mo­cra­ti­ser, écou­ter et ré­pondre aux at­tentes de son peuple, soit c’est la fin d’un des­tin eu­ro­péen com­mun. ».

Les can­di­dats au poste de la pré­si­dence de la Com­mis­sion ont in­sisté «il se­rait com­plè­te­ment an­ti­dé­mo­cra­tique » qu'au­cun d'entre eux ne soit dé­si­gné. Ils as­surent que si cela ar­rive « le Par­le­ment eu­ro­péen ne vo­tera ja­mais en sa fa­veur ». Il est donc l’heure de prendre part au débat en al­lant voter, mais aussi d’agir en conti­nuant à s’or­ga­ni­ser à un ni­veau eu­ro­péen.