Berlin

Pas la bienvenue ? Simran Sodhi est menacée d'expulsion

Article publié le 21 mai 2014
Article publié le 21 mai 2014

Sim­ran Sodhi parle l'allemand couramment, aide les immigrés dans leur vie quotidienne et se sent chez elle à Berlin. Pourtant, elle est sur le point d'être expulsée, sans raison apparente - hormis quelques points obscurs de la Loi portant sur le séjour des étrangers. Est-ce que seuls les étrangers touchant un salaire supérieur à la moyenne sont les bienvenus en Allemagne ? 

La der­nière lettre a été en­voyée le 5 mai par le bu­reau de l'im­mi­gra­tion. Sim­ran Sodhi a jus­qu'au 31 mai pour quit­ter l'Al­le­magne. La rai­son ? Son tra­vail n'est pas in­dis­pen­sable à la com­mu­nauté, elle gagne trop peu et est ap­pa­rem­ment sur­qua­li­fiée. "Quand j'ai lu cette lettre, j'ai com­plè­te­ment pa­ni­qué. Je ne sa­vais pas ce qu'il fal­lait que je fasse. Plier ba­gage im­mé­dia­te­ment ?" dit la jeune femme. Pour le mo­ment, elle n'a pas com­mencé à faire ses va­lises.

Sodhi est ar­ri­vée à Ber­lin en 2009 pour suivre un Mas­ter d'eth­no­lo­gie eu­ro­péenne à l'Uni­ver­sité Hum­boldt. Elle s'est fait des amis, et aime beau­coup la vie ici. La jeune femme de 27 ans tra­vaille de­puis jan­vier en tant que guide d'in­té­gra­tion pour l'as­so­cia­tion of­fen­siv'91 e.V. dans le quar­tier du Trep­tow-Köpenik. Là-bas, elle as­siste des im­mi­grés dans leur quo­ti­dien : elle les aide à trou­ver un ap­par­te­ment ou un tra­vail, les ac­com­pagne dans leurs dé­marches of­fi­cielles, et elle conseille, de même qu'elle tra­duit, pour ré­soudre no­tam­ment des pro­blèmes de dis­cri­mi­na­tion. Le pro­gramme met­tant en place les guides d'in­té­gra­tion a vu le jour l'an der­nier grâce au sé­na­teur Dilek Kolat (SPD) ; il fi­nance dé­sor­mais 60 postes à Ber­lin.

D'après la Loi por­tant sur le sé­jour des étran­gers en Al­le­magne, le per­mis de ré­si­dence ex­pire 18 mois après l'ob­ten­tion d'un di­plôme uni­ver­si­taire. A moins bien sûr que votre sa­laire ne soit celui d'un pro­fes­seur d'uni­ver­sité. Cela re­pré­sente en­vi­ron 3000 euros par mois ; Sim­ran Sodhi ne gagne pas au­tant. Pour­tant, elle sub­vient à ses be­soins avec ce qu'elle gagne. Tou­te­fois, selon les au­to­ri­tés, la jeune femme d'ori­gine in­dienne est sur­qua­li­fiée pour son tra­vail.  Dans une lettre ou­verte, de nom­breux scien­ti­fiques et étu­diants en eth­no­lo­gie eu­ro­péenne, en so­cio­lo­gie et en sciences de l'im­mi­gra­tion contestent la lé­gi­ti­mité d'une telle me­sure ; les po­li­tiques d'in­té­gra­tion sont l'un des prin­ci­paux défis. Dans les éta­blis­se­ments d'en­sei­gne­ment su­pé­rieur, les étu­diants sont for­més pour être prêts à exer­cer des mé­tiers. Et selon les étu­diants, le mé­tier de guide d'in­té­gra­tion fait par­tie de ces mé­tiers. 

Sim­ran Sodhi fait dé­fi­ni­ti­ve­ment par­tie de l'élite édu­quée : un di­plôme re­mar­quable en poche, et une maî­trise fluide de l'al­le­mand, de l'an­glais, de l'hindi et de l'urdu. Et pour­tant, les au­to­ri­tés sou­haitent l'ex­pul­ser. Et ce en dépit du fait que la Loi por­tant sur le sé­jour des étran­gers en Al­le­magne per­met une cer­taine marge de ma­noeuvre lorsque "l'ac­ti­vité pro­duit un bien pu­blic, par­ti­cu­liè­re­ment lors­qu'elle concerne la po­li­tique ré­gio­nale, l'éco­no­mie ou le mar­ché du tra­vail."  Mais ces in­té­rêts ne semblent pas évi­dents du point de vue du bu­reau de l'im­mi­gra­tion. 

Des politiques d'intégration en contradiction avec la réalité

"C'est une si­tua­tion ab­surde : Sim­ran tra­vaille pour un pro­jet fi­nancé par des fonds pu­blics et mi­lite pour le bien pu­blic. Et ça ne re­pré­sente pas une ac­ti­vité d'in­té­rêt gé­né­ral ?" de­mande Chris­ti­na An­to­na­kos-Wal­lace de with WINGS and ROOTs. Le pro­jet, qui mi­lite pour un nou­veau dis­cours concer­nant l'im­mi­gra­tion en Al­le­magne et aux Etats-Unis, a lancé une pé­ti­tion en ligne sa­medi der­nier. "Bien sûr, nous étions sur­pris que Sim­ran soit en passe d'être ex­pul­sée, mais en soi ce n'est pas une nou­veauté. C'est sim­ple­ment un pro­blème struc­tu­rel", ajoute An­to­na­kos-Wal­lace. L'an­nonce de l'ex­pul­sion de la jeune femme a pro­vo­qué un sen­ti­ment gé­né­ral de dé­goût.  Après tout, les étu­diants, les hommes po­li­tiques et les ci­toyens s'ac­cordent tous à dire que l'ac­ti­vité de Sim­ran est d'in­té­rêt gé­né­ral. 

A part les étu­diants, des hommes po­li­tiques tels que Gre­gor Gysi (Die Linke), Oli­ver  Igel (Be­zirks­bür­ger­meis­ter Trep­tow-Kö­pe­nick), Ska Kel­ler (Eu­ro­pean Green Party, Bünd­nis 90/Die Grü­nen) et Ga­brie­le Gün Tank (In­te­gra­ti­ons­be­auf­trag­te Ber­lin, Tem­pel­hof -Schö­ne­berg) cri­tiquent éga­le­ment cette ex­pul­sion dans une lettre ou­verte. De plus, jeudi soir, 31 000 per­sonnes avaient déjà signé une pé­ti­tion sur chan­ge.​org, qui de­mande que Sodhi puisse res­ter à Ber­lin. Même le Sé­na­teur de l'In­té­rieur, Frank Hen­kel (CDU), s'est im­pli­qué dans le débat et a de­mandé au bu­reau de l'im­mi­gra­tion de ré­étu­dier le cas de Sim­ran Sodhi. Selon lui, il est très im­por­tant de trou­ver une so­lu­tion pour la jeune femme. La ville de Ber­lin elle-même doit dé­battre pour sa­voir si les guides d'in­té­gra­tion de­vront per­ce­voir un sa­laire à l'ave­nir.

Si vous aussi, vous consi­dé­rez scan­da­leuse et in­juste l'ex­pul­sion de Sim­ran Sodhi, vous pou­vez si­gner la pé­ti­tion de "with WINGS and ROOTs"  iciwith WINGS and ROOTs­with WINGS and ROOTs