Berlin

Le langage de l'amour

Article publié le 22 mai 2008
Publié par la communauté
Article publié le 22 mai 2008
Par Anna Patton (traduction : Sébastien Vannier) « C’est là que tout a commencé. Sur un malentendu. Quand tu dis „invité“, je comprends que tu veux me dire que je peux rester chez toi.
Une semaine plus tard, je devais quitter l’appartement de mon propriétaire chinois », La politesse anglaise (en disant inconsciemment « sois mon invité » ) a été à l’origine de tensions dans la relation avec une jeune fille chinoise dans le roman de Xiaolu Guo „ Mini – dictionnaire anglo-chinois pour amoureux“. Cette scène est typique d’une relation composée de malentendus et de mauvaise communication.

Si quelqu’un peut dire qu’il s’y connaît dans le flirt avec quelqu’un d’une autre langue maternelle, c’est bien nous, la génération Erasmus. Aujourd’hui, alors que nous pensons être meilleur dans la maîtrise des langues étrangères, certaines choses ne peuvent tout simplement pas être traduites.

Les dégâts peuvent être sérieux, je ne le sais que trop bien. Quand un Français intéressé m’a dit : « tu as de petits yeux », j’ai été tellement choquée que j’ai bien failli lui en mettre une sur son gros nez. Mais en fait, je me suis aperçu qu’il ne faisait pas de commentaires sur des parties de mon corps atrophiées. « Avoir de petits yeux » en français veut simplement dire : « avoir l’air fatigué ». Le temps que je m’en rende compte, il était déjà trop tard. Mon ami irlandais, Eddie, épris de sa nouvelle chica colombienne, lui a récemment dit au téléphone combien il voudrait la tenir dans ses bras. Malheureusement, son espagnol n’est pas au top et ce qu’il a finalement dit était : « Je voudrais te mettre enceinte ». Il lui a fallu un peu de temps pour la convaincre que, non, promis, il ne voulait pas aussi urgemment un enfant.

Parfois, les barrières de la langue font leur apparition avant même qu’on puisse avoir été mis au courant. Une amie hollandaise s’approche d’un anglais dans un bar pour lui demander une cigarette, rien de plus normal. Ne sachant pas le mot anglais pour une roulée, elle a utilisé le mot hollandais à la place. Evidemment il est presque tombé de sa chaise lorsqu’elle a demandé : « Est-ce que tu veux tirer un coup » (Si a shag veut dire tabac à rouler, to shag est donc un plus direct !)

J’ai l’impression qu’il y a quelques phrases qui existent juste pour piéger les amoureux naïfs et les Français sont sûrement les champions quand il s’agit de créer honte et humiliation à cause de leur langue. Comment les étrangers sont-ils censés savoir qu’il y a une différence entre « un baiser » (un nom innocent) et « baiser » (un verbe beaucoup moins innocent), Il y a ensuite tous ces sous-entendus qui vous rattrapent : plus jamais, je ne ferai mention de mon animal de compagnie félin féminin en public.

Evidemment la barrière de la langue n’est pas seulement douloureuse, elle rend également les choses intéressantes. Un accent sexy et une touche d’exotisme peuvent transformer n’importe quel looser en Don Juan. Et avec tous ces nouveaux mots à apprendre, cela fait beaucoup de sujets de conversation. Le fait de ne pas partager la même langue oblige également à se restreindre à des choses simples : pas de méga-analyse, pas non plus LA discussion sur l’avenir de la relation (est-ce pour cela que les hommes sont toujours en quête de filles étrangères ?). D’un autre côté, si il faut toujours au moins une minute pour formuler une phrase, on peut se demander à quel point la relation pourra etre spontanée. Faire des blagues est tout à fait vain. Quant à essayer de négocier, ce n’est pas la peine d’y penser. Le jour où tu arriveras à crier sur quelqu’un dans une langue étrangère tout en lui lançant des assiettes en pleine figure, tu seras bilingue depuis très longtemps.

Finalement, comme nous le savons tous désormais, hommes et femmes, habitants de différentes planètes – de différents pays en tout cas - ne parlent pas la même langue. Avec tout cela accumulé contre eux, n’est-ce pas un miracle que certains couples hétérosexuels et binationaux s’en sortent quand même ?