Berlin

La Haute-Silésie, déchirée entre la Pologne, l'Allemagne et ses rêves d'autonomie

Article publié le 20 octobre 2014
Article publié le 20 octobre 2014

Qu'est-ce qu'être différent dans un pays ou plus de 95% de la population est blanche, catholique et appartient à la même éthnie? Avant la seconde guerre mondiale, environ un tiers de la Pologne était constituée de minorités éthniques. Aujourd'hui, la plus importante minorité éthnique vit en Haute Silésie, une région fortement influencée par les culture polonaises et allemandes.

Tout a commencé avec les femmes. Au 18ème siècle, d'importants changements sociaux eurent lieu en Silésie lorsque cette région alors rattachée à la monarchie autrichienne, fut annexée par la Prusse. Deux générations plus tard, les hommes de Haute Silésie perdirent leur rôle de maître de maison. Beaucoup d'hommes quittèrent leurs fermes pour les mines qui dominent le paysage silésien et les femmes prirent alors une place prépondérante dans la communauté. En Haute Silésie, les fils étaient seulement destinés au travail alors que les filles occupaient une position privilégiée grâce aux fortunes familiales investies dans leur éducation et leur dot. Pour la plupart des hommes de Silésie à cette période, la seule distraction consistait à se saôuler et fait intéressant, cela n'a pas engendré de violences domestiques.

Un mouton noir dans la famille polonaise?

La fin de la Seconde Guerre mondiale et l'arrivée du communisme ont libéré les hommes de Silésie du matriarcat. Au même moment, la Silésie a connu une forte immigration en provenance des autres régions du pays et des pays frontaliers de l'est. Les hommes commencèrent à reprocher aux femmes leurs traditions qui auraient menées à l'explosion des violences domestiques dans les familles de Silésie. De ce fait, la Silésie perdit lentement beaucoup de ses traditions dans les années 60 et 70. Ne vous méprenez pas, je suis heureuse que la situation se soit améliorée pour les hommes. Mais désormais, à chaque fois que j'entends évoquer "les traditions familiales", à la télévison nationale polonaise, je me demande ce que cela peut bien vouloir dire! Car les traditions polonaises ne sont pas les mêmes pour tous. A la maison, mon père cuisinait pour les dîners et me servait mon petit-déjeuner avant que j'aille à l'école parce qu'il tavaillait à la maison en freelance. C'était ma mère qui travaillait à plein-temps. La compréhension est difficile à trouver parmi les Polonais.

"Une option allemande cachée", cette phrase célèbre connue de tout le monde, fut prononcée par l'ancien Premier Ministre polonais Jaroslaw Kaczynski qui jouait avec les préjugés anti-allemands de ses compatriotes. Chose intéressante, cela eut des effets positifs inattendus: Lors du recencement officiel de 2011, plus de 800 000 citoyens polonais inscrirent "Silésiens" comme leur nationalité (toujours pas reconnue en Pologne à ce jour). Des rêves d'autonomie dans la région ont récemment été ravivés.

L'histoire silencieuse de la Silésie et de la Poméranie

L'histoire de la première moitié du 20ème siècle de la Silésie est un autre aspect qui la sépare du reste de la Pologne. Pendant la Seconde Guerre mondiale , la Silésie fut annexée par le Troisième Reich et beaucoup d'hommes de Silésie furent enrollés dans la Wermacht. Les jeunes polonais appelés sous les drapeaux n'eurent d'autres choix que de devenir de la chair à canon. C'est une histoire largement incomprise par les autres polonais qui continuent de célébrer le mythe du mouvement de résistance Armia Krajowa et le Soulèvement de Varsovie de 1944. Pendant la campagne présidentielle de 2005, des opposants politiques firent fuiter des informations sur l'ancien Premier Ministre Donald Tusk (2007-2014) dont le grand-père servait dans la Wermacht. Pourtant, c'est difficilement surprenant dans la mesure où Donald Tusk est originaire de Poméranie, une région également dominée par le Troisième Reich. L'histoire difficile de la Silésie et de la Poméranie reste cependant tabou dans nombre de foyers. Lorsque j'eus 18ans, j'ai commencé des recherches généalogiques et découvert l'histoire de ma famille. Parmi d'autres choses, j'ai découvert que deux des frères de ma grand-mère étaient dans la Wermacht. L'un est rentré avec un uniforme polonais, le plus jeune est mort en France. Lorsque l'Armée Rouge arriva en Pologne, mes arrières grands-parents brûlèrent tous les documents relatifs à l'enrôlement de leurs fils par peur des conséquences funestes possibles.

Silésie: La nouvelle tendance

Jusqu'à récemment, les origines  et le dialecte silésiens étaient perçus comme nuls et synonymes de classes sociales défavorisées. Au lycée, j'avais deux amies d'un village voisin qui parlaient avec un fort accent. De même que le reste de ma classe, je me sentais supérieure à elles. Aujourd'hui, plusieurs années plus tard, je les envie presque un peu. Mais lorsque je demande à ma mère pourquoi nous ne parlons pas le silésien à la maison, elle me répond que sous le communisme, ce n'était pas autorisé. Lorsque ma grand-mère vient nous rendre visite, ma mère change immédiatement son accent. En dehors de ces moments là, elle parle polonais couramment. Le dialecte silésien semble toujours bizarre à beaucoup de polonais, mais il est pourtant unique. Qui s'efforçent le plus d'être uniques sinon les riches jeunes gens éduqués des grandes villes?  Grâce au mouvement Hipster, le dialecte silésien autrefois ridiculisé, sort désormais de la clandestinité. Sur le site gryfnie.com (gryfnie veut dire "sympa"), on peut commander d'excentriques tee-shirts, des sacs et même des vêtements pour bébés avec des impressions en silésien et des dessins sympas. Alors que le dialecte revient à la mode, d'autres aspects de la tradition silésienne comme les liens familiaux, l'architecture ( familoki: maisons d'ouvriers), la tradition minière et l'unique sens de l'humour silésien sont lentement oubliés. La domination de la culture polonaise, les mouvements migratoires et le communisme ont fait perdre sa singularité à la Silésie et l'ont forçée à se mélanger au reste de la Pologne.

En silésien les mots krojcok et basztard désignent un hybride, moitié silésien, moitié polonais. Ces mots ont une connotation très négative comme beaucoup d'autres identités trans-frontalières. Le sens est simple: vous êtes de nulle part. Très souvent, je me surprends inconsciemment à employer le dialecte silésien. Ce n'est que lorsque je vois les visages surpris de mes amis que je réalise que quelque chose ne va pas. Passer d'une langue et d'une identité à une autre paraît étrange à beaucoup. Pour moi cela signifie une chose avant tout: je ne suis entièrement ni polonaise ni silésienne.

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