Berlin

Beyond the Curtain : Du côté tchèque

Article publié le 14 octobre 2014
Article publié le 14 octobre 2014

En 1989, Miroslav et Jana Maxová avaient respectivement 33 et 28 ans. Ce couple marié vit aujourd'hui, comme à l'époque, à Kutná Hora, ville tchèque de petite taille située à 60 km au sud-est de Prague. Miroslav est ingénieur tandis que Jana est institutrice. Comment ont-ils vécu l'ouverture du rideau de fer ? (Propos traduits par Klára)

Cafébabel : Vous souvenez vous d'où vous étiez le jour de la chute du mur de Berlin?

Miroslav : Non, pas vraiment. J'imagine que j'étais au travail, et ensuite j'ai probabement travaillé sur le chantier de construction de notre maison.

Jana : Non, je ne me souviens pas non plus. Je sais seulement que j'étais enceinte de 8 mois, j'étais donc en congé maternité.

Cafébabel : Pensiez-vous que c'était un évènement majeur ou une chose parmi d'autres?

Miroslav : Je pensais que c'était un évènement un peu particulier. Depuis ma naissance, je vivais de l'autre côté du mur et je ne connaissais pas les pays de l'Ouest. Il n'y avait pas d'informations à ce sujet. Les gens qui ont essayé de traverser le mur ont été tués et étaient vus comme des déserteurs. Lors de la chute du mur, je voulais savoir ce qui se passait en Allemagne de l'Est. Je n'avais pas beaucoup d'informations, je savais seulement que certains Est-Allemands essayaient d'aller en Allemagne de l'Ouest dans le but de trouver une protection.

Jana : Pour ma part, je n'ai pas prêté beaucoup d'importance à cet évènement. Je pensais que c'était un évènement marginal. Vous savez, j'ai grandi dans un pays communiste et je ne pensais pas que le communisme était une mauvaise chose. Pour ma famille et moi, la chute du mur représentait plus une menace que la liberté parce que les pays de l'Europe de l'Ouest étaient nos ennemis. De plus, nous craignions que la réunification allemande fasse de l'Allemagne un pays très puissant et dangereux pour le reste du monde. Mon père et mon beau-père étaient membres du Parti communiste. Mon beau-père pensait vraiment que le communisme était une bonne chose car ce sont eux qui ont libéré notre pays pendant la Seconde guerre mondiale, lors de laquelle il a été obligé de travailler pour le régime nazi, puisqu'il vivait dans le Protectorat de Bohême-Moravie (protectorat allemand semi-indépendant réunissant la Bohême, la Moravie et la Silésie tchèques, ndlr).

Cafébabel : Quelles ont été les conséquences de la chute du mur dans votre pays ?

Miroslav :  Nous n'avons pas remarqué de grande différence. Pour nous ce n'était pas un évènement majeur. Il n'y a aucun doute qu'il s'agissait d'un grand changement mais ici, en Tchéquie, nous ne l'avons pas ressenti. La chute du mur s'est passée juste quelques jours avant la Révolution de Velours (révolution pacifique qui conduisit à la chute du Parti communiste tchécoslovaque, ndlr). Dès le 9 novembre 1989, nous avons pu assister aux premières manifestations contre le régime communiste en Tchécoslovaquie. Mais dans la majorité des cas, ces manifestations se déroulaient à Prague ou dans les grandes villes, donc en dehors de la ville où j'habitais avec ma famille.

En ce qui concerne l'ambiance au travail, je me souviens que les personnes anti-communistes sont devenues plus agressives et me faisaient parfois peur dans leurs propos. Elles n'arrêtaient pas de répéter que tous les communistes allaient être exécutés. Malheureusement, il s'agissait de gens que je connaissais depuis longtemps. Je ne comprenais pas pourquoi ils étaient si aggressifs. À mon travail, l'ambiance avait toujours été très bonne et il n'y avait pas de rivalité de la part des communistes. Personnellement, j'ai été au Parti communiste pendant 6 mois. Je n'ai jamais été un communiste acharné comme mon père pouvait l'être par exemple, mais j'étais obligé d'y entrer pour plusieurs raisons. Tout d'abord, je ne voulais pas perdre mon travail, ensuite je voulais m'assurer que mes enfants n'aient pas de problème et qu'ils puissent faire les études de leur choix. La dernière raison était que je voulais être au courant de ce qui se passait dans mon travail, puisque seuls les employés qui étaient au Parti pouvaient participer aux réunions.

Cafébabel: Et vous, Jana ? Comment la chute du mur a-t-elle influencée votre vie ? 

Jana : La chute du mur a permis la diffusion de la propagande de Václav Havel, qui était vu par ma famille comme quelqu'un de peu crédible car il était contre le communisme et avait fait de nombreux séjours en prison. À part cela, je n'ai pas remarqué grande chose. Toutes les manifestations et tous les évènements se sont déroulés à Prague. Etant donné que j'habitais à Kutná Hora, cette révolution ne m'a pas touchée directement. Nous n'avions pas beaucoup d´informations. Un mois plus tard, en décembre, les médias diffusaient un peu plus d'informations, mais je ne comprenais pas bien ce que cette révolution représentait. Un peu plus tard, des acteurs, chanteurs et personnes connues ont fait des meeting dans les villes pour expliquer à la population ce qui se passait à Prague et ce que cela signifiait. Je n'ai vu les conséquences de cette révolution ou de la chute du mur que plus tard, avec le changement de nom des rues ou la suppression des statues communistes par exemple, mais c'est surtout après la dissolution de la Tchécoslovaquie que j'en ai pris conscience. En ce qui concerne les conséquences immédiates, je me souviens juste que mon père, qui travaillait dans un service affilié au Comité de planification tchécoslovaque, a perdu son travail et a été obligé de prendre sa retraite plus tôt, puisque ce service a été supprimé après la chute du mur.

Cafébabel : Quelles ont été les répercussions directes et indirectes sur le quotidien des gens ?

Miroslav : Moi, j'ai surtout été très surpris qu'un événement de cette envergure soit possible. Toute ma vie, j'ai vécu dans un pays communiste et j´étais persuadé que les pays de l'Ouest étaient nos ennemis. C'est ce qu'ils nous apprenaient à l'ecole. Mais je ne pense pas être un très bon exemple. Je n'ai ni lutté contre le communisme ni été un communiste anarché. J'étais un peu neutre. Le communisme n'a fait de mal ni à moi, ni à ma famille, donc je n'ai que des bons souvenirs.

Jana : Je n'étais pas au Parti communiste donc il n'y a pas vraiment eu de répercussions sur ma vie. En plus, nous n'habitions pas à Prague et à Kutná Hora, tout fonctionnait comme avant. Même si les frontières se sont ouvertes, nous ne pouvions pas voyager parce que nous n'en avions pas les moyens. En plus, mon mari était préoccupé par la construction de notre maison et moi, je m'occupais de nos trois enfants. Ma mère a commencé à voyager cinq ans après la chute de mur.

Cafébabel : Partagez-vous la chute du mur de Berlin comme symbole de la chute du rideau de fer, ou associez-vous la chute du rideau de fer avec un autre évènement?

Miroslav : Oui, avec l'ouverture des frontières et le changement de mode de vie.

Jana : Oui, avec l'élection du nouveau président, Václav Havel (président tchécoslovaque de 1989 à 1992 et président de la République tchèque de 1993 à 2003, ndlr).

Cafébabel : Aujourd'hui, le rideau de fer existe-t-il toujours dans les têtes des gens ?

Miroslav : Non, je ne pense pas.

Jana : Oui, à mon avis, il y a toujours un rideau imaginaire surtout dans les pays de l'Ouest qui associe souvent la République Tchèque à la Russie ou à la Yougoslavie, dont on a pourtant jamais fait partie !

Cafébabel : Et alors, c'était mieux avant ou maintenant?

Miroslav : Cela dépend du point de vue. En ce qui concerne les conditions de vie, je crois que c'était mieux avant. Nous étions sûrs d'avoir du travail, l'éducation était gratuite et de bonne qualité, tout comme le service de santé. Aujourd'hui, la vie est plus difficile, chaotique et stressante. L'Etat ne nous soutient plus autant qu'avant. Jana : C'est très difficle à dire. Chaque époque a ses avantages et ses inconvénients. Je peux juste dire que beaucoup de démocratie n'est pas très bien non plus, surtout pour les jeunes qui n'ont pas conscience des limites. Ils ne connaissent pas la politesse, la responsabilité, ils mènent souvent une vie de bohème et ne sont pas sérieux. Il est aussi vrai que lors de l'époque communiste, il n'y avait pas de chômage. Tout le monde travaillait et il n'y avait pas de gens à la rue. C´est peut-être pourquoi la génération de ma mère souhaite revenir au communisme. 

Beyond the Curtain : et le rideau sur l'Europe est tombé

Il y a vingt-cinq ans, le rideau de fer tombait. Il y a dix ans, huit États post-communistes devenaient membres de l'Union européenne. Mais que savons-nous de nos voisins ? Contactez-nous à berlin[at]cafebabel.com pour rejoindre notre équipe de journalistes.