Berlin

Berlinale : Une ouverture bien étrange

Article publié le 7 février 2014
Article publié le 7 février 2014

Entre le scan­dale au­tour de l'agres­sion sexuelle pré­su­mée de Woody Allen sur sa fille et le dèces ré­cent de Phi­lip Sey­mour Hoff­man, l'ou­ver­ture de la Ber­li­nale s'est dé­rou­lée dans un cli­mat par­ti­cu­lier. Chro­nique d'une confé­rence de presse étrange.   

James Scha­mus, le pré­sident du jury, est un pro­duc­teur, scé­na­riste, dis­tri­bu­teur et cher­cheur ex­cep­tion­nel­le­ment pro­duc­tif. Le fes­ti­val en­tend cer­tai­ne­ment pro­fi­ter de sa ca­pa­cité à res­ter en équi­libre entre films com­mer­ciaux ( « hol­ly­woodiens ») et ci­néma d'art et essai. Cet équi­libre est exac­te­ment ce qui ca­rac­té­rise le pro­gramme de la Ber­li­nale de­puis des an­nées. Mis à part sa contri­bu­tion à de nom­breux films re­con­nus (Loin du pa­ra­dis, Eter­nal sun­shine of a Spot­less Mind, Lost in Trans­la­tion, Har­vey Milk, Dal­las Buyers Club, Tout va bien ! The kids are all right), Scha­mus a pro­duit plu­sieurs films de Ang Lee et co-écrit le scé­na­rio de Tigre et Dra­gon, du même Ang lee.

Un fes­ti­val sino-cen­tré ?

Il semble éga­le­ment éprou­ver un  pro­fond in­té­rêt pour la Chine.​ De­puis peu, la Chine fait les gros titres avec son désir de boos­ter ses ex­por­ta­tions cultu­relles et de concur­ren­cer la force tran­quille que la culture com­mer­ciale amé­ri­caine exerce au ni­veau mon­dial de­puis un mo­ment. « Le ci­néma chi­nois se mon­dia­lise », té­moigne Tony Leung, ac­teur et réa­li­sa­teur chi­nois. « Les films chi­nois se­ront de plus en plus pré­sents dans les fes­ti­vals. »

Un jou­na­liste était pré­oc­cupé par la place de la Ber­li­nale dans un monde où le ci­néma en tant qu'ex­pé­rience par­ta­gée est sur le dé­clin. « Le ci­néma en tant qu'ex­pé­rience n'est pas sur le dé­clin si vous vous ren­dez dans des pays comme la Chine, où il se construit 7 écrans de ci­néma par jour. Et ces écrans sont des­ti­nés à une au­dience de plus en plus jeune. »

En fai­sant ré­fé­rence à la mort de Phi­lip Sey­mour Hoff­man, un re­por­ter de Reu­ters a de­mandé si oui ou non la pro­fes­sion d'ac­teur de­ve­nait de plus en plus toxique. Scha­mus a ré­pon­du en riant : « peut-être. Mais pas aussi dan­ge­reuse que cer­taines formes de jour­na­lisme, telle que celle que vous ex­er­cez par exemple.»

À l'aise dans son rôle de pré­sident du jury, Scha­mus a ré­pondu lui-même à chaque ques­tion qui n'était pas adres­sée à un membre spé­ci­fique. La moi­tié des jurés sont des ac­teurs et je pré­fé­re­rais de loin en­tendre qui que ce soit d'autre ré­pondre à cette ques­tion.

Hoff­man, Allen et les risques de l'in­dus­trie du ci­néma

In­vo­quant les ré­cents pro­blèmes de Woody Allen,  un jour­na­liste a de­mandé au jury jus­qu'à quel point « les consi­dé­ra­tions éthiques et mo­rales » in­fluent sur leur prise de dé­ci­sion. « Je pense que les dé­ci­sions mo­rales et éthiques ont dèjà été prises par le co­mité de sé­lec­tion », a ré­pondu, de façon di­plo­ma­tique, Scha­mus. 

Cette année, la contri­bu­tion de Mi­chel Gon­dry au fes­ti­val est double. Il est à la fois membre du jury et par­ti­ci­pant à la sec­tion Pa­no­rama avec son do­cu­men­taire sur Noam Chom­sky Is the Man Who Is Tall Happy ?. Le réa­li­sa­teur du film à suc­cès (Eter­nal Sun­shine of a Spot­less Mind (2004) entre autres, ndlr) - pour le­quel il reçut un oscar - a néan­moins fait une im­pres­sion humble et confuse. « Chris­toph, lui, a deux Oscar, c'est ex­trê­me­ment rare », a t-il dé­claré.

Waltz le char­meur de ses dames, dis­crètes

Chris­toph Waltz jus­te­ment, in­du­bi­ta­ble­ment la star du jury, a agit comme tel. Élo­quent, drôle, presque élu­sif, et lé­gère­ment ar­ro­gant tout en res­tant char­mant. Lors­qu'il lui a été de­mandé com­ment il comp­tait s'y prendre pour juger la per­for­mance des autres, il a ré­pon­du « qu'il n'existe pas de prin­cipes de bases selon les­quels est éva­lué un film. » Quant aux dif­fé­rences entre le fes­ti­val de Cannes et la Ber­li­nale, il ajoute: « l'une des dif­fé­rence ma­jeure est le manque de plage à Ber­lin. Et même si la Ber­li­nale tente d'ins­tau­rer des stan­dards plus au­da­cieux que Cannes, la nour­ri­ture est, pa­rait-il, tou­jours meilleure en France. »

Chaque année de­puis 2011, c'est une tra­di­tion pour la Ber­li­nale d'in­vi­ter des Ira­niens à faire par­tie du jury. C'était à l'ori­gine une ré­ac­tion en sou­tien aux in­fruc­tueuses ma­ni­fes­ta­tions de 2009-2010 en Iran, qui de­puis se sont trans­formées en une prise de po­si­tion contre le ré­gime ira­nien qui li­mite la li­berté d'ex­pres­sion ci­né­ma­to­gra­phique.

La quelque peu ti­mide Mitra Fa­rhani (née en 1975) a dû dé­fendre sa place, pre­nant ces dis­tances par rap­port à l'im­pres­sion d'un jour­na­liste selon la­quelle sa par­ti­ci­pa­tion au jury n'est rien d'autre qu'une op­por­tu­nité de car­rière pour une jeune réa­li­sa­trice comme elle : « je suis assez âgée pour juger les films des autres ».

D'autres membres fé­mi­nins du jury comme Greta Ger­wigTrine Dy­rholmBar­bara Broc­coli ont été peu ba­vardes. Et moi, je de­vrai pro­ba­ble­ment m'ar­rê­ter ici.

La Ber­li­nale, le fes­ti­val in­ter­na­tio­nale du film de Ber­lin du 06 au 16 fé­vrier 2014.

Re­trou­vez tous les ar­ticles sur la Ber­li­nale sur le ba­bel­blog of­fi­ciel de Ber­lin ici.