Berlin

Berlin : après la colère

Article publié le 21 décembre 2016
Article publié le 21 décembre 2016

Quatre jeunes femmes qui ont fait de Berlin leur ville d'adoption, sont consternées après l'attentat perpétré sur un marché de Noël le 19 décembre, qui a coûté la vie à 12 personnes et fait des dizaines de blessés. 

Pia

« La Gedächtniskirche est le symbole le plus fort de Berlin : contre la guerre et les destructions, pour la paix et la liberté. C'est avec le marché de Noël à ses pieds que j'y associe des souvenirs d'enfance. C'est là-bas que je suis montée pour la première fois sur un manège et sur une grande roue et que j'ai regardé de là-haut, toute émerveillée, les lumières de la ville. Je suis triste et consternée face à tous ces morts et à cette attaque sur ma ville libre de Berlin. »

Amélie

« Berlin, Berlin, une ville qui m'accueille, m'héberge, s'ouvre à moi. Berlin me donne son amour, remplit ses rues d'amitiés solides et durables. Une ville qui envoie des feux d'artifice dans le ciel nocturne pour fêter la joie immense que nous ressentons de pouvoir être là. Dans tous ces quartiers où règne sauvagement la joie de vivre. Berlin est une ville à taille humaine. On ne fait pas uniquement référence à sa superficie, mais à la manière dont les Berlinois vivent tous ensemble : le multiculturalisme à Kreuzberg, la chaleur des marchés de Noël, un matin rosé sur l'Oberbaumbrücke, un soleil d'hiver sur la Hermanstraße, la gouaille des serveuses de bars, la liberté des fêtards, la gentillesse des gérants d'épiceries de nuit qui accueillent nos amis quand nous ne sommes pas là. On peut aller chercher les clés là-bas ? Oui oui, tout à fait. Vous êtes tous les bienvenus ici, que ce soit pour un week-end, pour un mois, pour quatre ans et demi. Berlinois, Turcs, Iraniens, Français, Afghans, Pakistanais, Chinois, Éthiopiens, Norvégiens, Indiens, Australiens, Coréens - vous êtes tous chez vous ici. Prost, ma belle Berlin ! Je te bois comme je t'aime, je te célèbre comme je célèbre la vie. »

Christiane

« Hier soir, j'étais avec mes collègues à notre fête de Noël dans le quartier de Wedding. Sur le chemin du retour, on pouvait déjà lire la première annonce de décès. Quand je suis arrivée à la maison, je n'ai d'abord voulu rien dire. Mon copain n'était encore au courant de rien et je ne me sentais pas le coeur à dire : "T'as entendu ce qu'il s'est passé ?" J'ai simplement voulu trouver un peu de calme avant que ne s'abatte sur nous la folie médiatique. Ce qui arrivé ensuite, bien sûr. Ainsi va la vie en 2016 : consulter des chaînes d'info de Grande-Bretagne, du Portugal et d'Allemagne, envoyer de temps en temps des messages Facebook et Whatsapp aux amis dans le monde entier. Certains ont même appelé et ça a fait du bien d'entendre leurs voix depuis la France, l'Italie, la Colombie et le Portugal et de parler de choses et d'autres. Il faudrait qu'on s'appelle plus souvent, sans attendre la prochaine information choquante. »

Julia

« Depuis cinq heures ce matin, j'écoute la radio, j'actualise régulièrement mon fil d'actualité, je regarde Twitter et Facebook. Et ma consternation a fait place à la colère. Je ne peux pas croire que cet attentat soit réellement arrivé. Je ne veux pas le croire. J'ai soudain besoin de bouger et je ne peux m'empêcher de sortir de la maison pour faire le tour du block d'immeubles. Mais je n'arrive pas à me débarrasser facilement de cette colère. Cet état de colère ne s'arrête jamais. Pour le moment, je ne veux pas que ça s'arrête - surtout parce que je ne sais pas ce qui viendra après la colère. »